‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 67 sur 104 · Chapitre Onzième · texte numérisé non relu

Chapitre Onzième

L'ORFEVRERIE.

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Eclat particulier jeté par cet art au treizième siècle. — La corporation des orfèvres de Paris ; sa renommée. — Les châsses et les reliquaires ; leurs différentes formes. — Tombes ornées d'orfèvrerie. — Vases sacrés et objets servant au culte. — Reliures précieuses. — Émaux. — Monnaies. — Sceaux.

Es arts dont le dessin d'ornement forme la base principale ont été généralement le triomphe du [ moyen âge. Autant ses ouvriers étaient d'abord novices dans la reproduction de la nature ou ^^^ de la figure humaine, autant ils se sont montrés, dès le début , gracieux et raffinés dans les mille fantaisies sorties de leur imagination sous forme d'enroulements, de rinceaux , de fleurons, de motifs décoratifs quelconques. En ce genre, ils sont au-dessus de l'éloge : le nombre des amateurs épris de leur style, des industriels qui s'évertuent à l'imiter, en dit assez le mérite. De là le succès particulier de l'architecture rayonnante, qui, ainsi que nous l'avons vu, empruntait son élément essentiel au dessin d'ornement et reproduisait toutes les variations des rayons du compas. De là celui de l'enluminure des manuscrits les plus anciens, envisagée dans sa partie purement décorative. De là, enfin, le rare degré de perfection et de richesse auquel s'éleva , durant la même période, l'art de l'orfèvrerie, cette autre architecture, qui joue avec le métal comme les constructeurs d'églises avec la pierre , ou, si l'on aime mieux, cette sculpture de l'or et de l'argent, dont le fini dépasse toutes les œuvres du. ciseau. Le treizième

siècle est la belle époque pour l'art de l'orfèvre comme pour celui de l'architecte, comme pour celui du sculpteur d'ornement, parce qu'alors le caractère du dessin de fig-ure n'est plus assez primitif pour déparer l'ouvrage et combattre le bon effet de l'ensemble.

Les orfèvres de Paris formaient une corporation renommée et très nombreuse : le livre des taxes de la ville n'en compte pas moins de ii6 en 1292. Ils se faisaient remarquer par un goût naturel qui transformait leur métier en art véritable , et par un esprit de corps qui assurait la conservation de leurs traditions. Et pourtant, ce métier était, au contraire des autres, ouvert gratuitement à quiconque était capable de l'exercer. «Il est à Paris orfèvre qui veut et qui faire le set, dit le recueil d'Etienne Boileau , pour [vu] qu'il œvre ad us et az coustumes du mestier (i). » Il est vrai que les coutumes en question corrigeaient en quelque manière cette grande facilité ; elles obligeaient l'artiste à n'employer que l'or et l'argent du meilleur titre, et tant de conscience dans l'exercice d'une profession où il était aisé de tromper le public, fut sans doute pour quelque chose dans la réputation des orfèvres parisiens.

Mais leur succès, comme celui de la plupart de leurs confrères, tenait surtout à leur étonnante habileté, habileté d'autant plus digne de notre admiration que leurs moyens d'action , leurs instruments de travail, étaient bien inférieurs à ceux de leurs successeurs. « Les orfèvres du moyen âge, dit Viollet-le- Duc , ne possédaient pas les ressources qui nous sont connues aujourd'hui. Pour fondre, ils n'avaient que le charbon et des soufflets qui remplaçaient nos chalumeaux perfectionnés. Cette pauvreté de moyens n'était pas un obstacle pour eux, puisque nous voyons une grande quantité de pièces d'orfèvrerie des douzième et treizième siècles, et même antérieures à cette

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