‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 78 sur 104 · I. LSibl. nat., ms. 16481, no · texte numérisé non relu

I. LSibl. nat., ms. 16481, no

Le caniclin était pourtant un tissu assez commun , et saint Louis n'en portait mcme que par humilité. Mais le blâme de Joinville vise principalement ce fait, que maître Robert était vêtu plus richement que ses père et mère, qui étaient des vilains ; et c'est là un détail caractéristique : il nous montre qua cette époque les différentes castes n'avaient déjà plus d'habillement spécial et fixe ; les inférieurs se permettaient quelquefois de s'habiller mieux que leurs pères et aussi bien que leurs supérieurs. Quelques gentilshommes, quelques représentants du vieux régime, tels que le bon sénéchal, trouvaient encore une pareille prétention exorbitante ; mais enfin elle était tolérée par l'usage, et l'on doit certainement voir là un nouveau signe de la tendance générale, qui se faisait jour dans la législation et dans les mœurs, vers l'abaissement des barrières sociales. Joinville, du reste, n'était pas plus partisan des progrès du luxe chez les chevaliers ; il rappelait avec une noble franchise au roi Philippe le Hardi la simplicité de son père, à propos des cottes d'armes brodées adoptées sous son règne par les gentilshommes. « Sachez, lui disait-il, qu'à la croisade, là où je fus, je ne vis jamais de cotte brodée, ni sur le dos du roi ni sur aucun autre. — Eh bien ! moi, lui répondit Philippe, j'ai tels atours brodés à mes armes, qui m'ont coûté huit cents livres de parisis. — Vous auriez mieux fait, répliqua imperturbablement le vieux chevalier, d'employer ces huit cents livres en aumônes, et de faire faire vos atours en bon cendal renforcé de vos armes, comme le faisait monseigneur votre père (i). »

Mais la recherche qui s'introduit dans l'habillement des hommes n'est rien auprès du luxe qui éclate dans les toilettes féminines. L'élégance des bourgeoises de la capitale fait, à cette époque, des progrès singuliers. Malheureusement l'on ne saurait dire que ces progrès aient été favorables, soit à l'art, soit

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