‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 82 sur 104 · V. La Chaire française au moyen âge, 2^ édition, p · texte numérisé non relu

V. La Chaire française au moyen âge, 2^ édition, p

2. Bien que cet acte soit étranger au sujet traité ici, je ne résiste pas à l'envie d'en mettre la traduction sous les yeux du lecteur. « Au nom de la sainte et indivisible Trinité. Ainsi soit-il. — Louis, par la grâce de DiEU, roi de France. — Sachent tous, présents et à venir, que, comme du temps de nos prédécesseurs une pieuse libéralité a établi et fait observer jusqu'à ce jour la coutume de distribuer en aumônes , pendant la durée du carême, sur la cassette du roi la somme de 2, 119 livres parisis (soit, en valeur absolue, 52,975 fr. de notre monnaie, et, en valeur relative, 265,000 fr. environ, joli denier pour une aumône supplémentaire), plus 63 muids de blé (le muids valait à

Pendant tout le carême, le peuple du moyen âge se presse chaque jour autour de la chaire sacrée et se repaît des enseignements pratiques qui lui sont distribués partout avec non moins de prodigalité. Bientôt arrive le dimanche de Pâques- Fleuries, avant-coureur du triomphe pascal, avec sa longue procession qui va chercher au dehors les premiers rayons du printemps et qui, à Paris, va stationner dans le verger du roi à la porte du Palais. Puis, durant tqute Va grande seniaine.X^ foule entoure la croix; elle ne se lasse pas d'écouter avec amour les interminables passions, en prose ou en vers, lues ou déclamées, et l'explication des cérémonies, qui sont alors de véritables scènes liturgiques, l^t j'endi absolu ou grand jeudi lui réserve un spectacle touchant : les grands seigneurs, le souverain luimême abaissent la majesté de leur rang jusqu'à laver les pieds des pauvres et à les traiter à leur table ; et, chose bien significative, ce trait d'humilité, qui choquerait la délicatesse de notre époque égalitaire, ne fait que relever davantage la royauté aux yeux de ses sujets : plus le prince honore les petits, plus il

peu près loo boisseaux) et 60 milliers de hareng=,qui sont répartis par les mains de l'aumônier et des baillis du roi entre les monastères pauvres, les maisons-DiEU, les léproseries et les autres établissements ou individus réduits à l'indigence ; comme, en vertu d'une autre coutume, l'aumône quotidienne faite par notre aumônier aux pauvres du menu peuple a été élevée, pour le temps du caiême et en l'honneur de cette sainte quarantaine, à 100 sous parisis par jour (environ 650 fr.) : Nous, pour l'amour du souverain Dispensateur de qui nous tenons tous nos biens, et en vue du salut de notre âme et des âmes du roi Louis, notre père, d'illustre mémoire, de la reine Blanche, notre mère, et de nos autres ancêtres, voulons, statuons et ordonnons que les dites aumônes, tant en argent qu'en nature, soient désormais fidèlement et inviolablement acquittées chaque année par les rois de France nos successeurs, sans diminution, sans contestation, sur le trésor personnel du roi, transformant cet usage en obligation perpétuelle pour nos héritiers. — Nous voulons que ces lettres soient gardées par le maître et les frères de l'Hôtel- DlEU de Paris dans leur propre maison, afin qu'elles soient montrées, au besoin, à notre successeur et aux autres rois de France. Et pour la peme qu'ils auront de garder avec le plus grand soin ces présentée, nous donnons et concédons au même établissement et aux pauvres qui y seront, dix livres parisis de revenu annuel, à prendre au Temple, à Paris, sur le trésor royal, au commencement du carême, afin de leur procurer des amandes et d'autres denrées sèches pour leur nourriture durant cette sainte période. Et, pour que notre décision demeure ferme et stable à jamais, nous avons fait munir cet acte de la garantie de notre sceau et de notre monogramme royal. Fait à Paris, l'an de l'Incarnation de N.-S. 1260, au mois de septembre, la 34° année de notre règne. » (Trésor des Chartes, Arch. Nat., J 365 .)

est honoré. Aujourd'hui les puissants flattent la multitude, ce qui est tout différent, et ils s'en font mépriser.

Le samedi saint, les offices commémoratifs se font en divers lieux, la nuit, suivant l'ancienne discipline : ils commencent à quatre heures du soir et durent jusqu'au point du jour. Les abus favorisés par les ténèbres firent peu à peu renoncer à cette tradition édifiante. C'est dans cette nuit, sacrée entre toutes, qu'on bénit solennellement le cierge pascal, qu'on l'allume et qu'on y suspend le millésime de l'année nouvelle. Guillaume Durand, le grand liturgiste du treizième siècle, donne d'intéressants détails sur toutes les cérémonies de l'office nocturne, sur la distribution des agnus, sur la bénédiction des fonts, qui jadis ne s'ouvraient aux catéchumènes qu'à cette date et à la veille de la Pentecôte ; et il ajoute que, pour perpétuer la mémoire de ce baptême collectif, on conservait l'usage débaptiser, à cet instant même, quelques enfants suivant le rite accoutumé.

A l'aurore, matines commencent, les matines de la grande fête des chrétiens, i cette solennité des solennités, dit le même auteur, dont tous les dimanches de l'année ne sont, pour ainsi dire, que les octaves ; » et tout ce peuple, qui n'a pas dormi, trouve encore dans sa poitrine des accents sonores pour s'écrier avec enthousiasme : « Le Christ est ressuscité. Alléluia ! » Il dormira plus tard ; ce qu'il demande pour le moment, c'est qu'on ne lui supprime pas un verset des chants sacrés, qu'on ne lui rogne pas une syllabe. Au contraire, il faut qu'on allonge l'office par des interpolations liturgiques, par de nouvelles scènes dramatiques : il n'y en a jamais assez, tant est vif l'amour de la nation catholique pour son Dieu crucifié, et aussi, reconnaissons-le, son amour séculaire pour les spectacles. Malheureusement cette dernière passion est demeurée dans la suite beaucoup plus vivace que la première, et involontairement, à l'aspect de ces grandes réjouissances chrétiennes qui illuminaient la nuit

de Pâques de leur éclat resplendissant, l'esprit du moraliste se reporte attristé vers les fêtes nocturnes d'un tout autre genre (jui les ont supplantées, sans offrir le même caractère d'allégresse publique et spontanée...

Les chanoines, les enfants de chœur, les fidèles, représentent

FiG. 172. — CÉRÉMONIE DU BAPTÊME.

Tableau de Giotto.

ensemble la scène matinale des Maries, leur conversation avec l'ange revêtu d'une blanche robe de lin, l'arrivée de Jean et de Pierre au sépulcre. Et toute l'assistance chante pour terminer : « Nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts ; ô Roi victorieux, aie pitié de nous ! » Cependant le jour est

venu : c'est l'heure de la messe solennelle. Une file de prêtres, accompagnés de jeunes clercs en robe rouge, distribuent lentement et majestueusement la communion. Chacun doit la recevoir dans sa paroisse, et personne ne manque à ce devoir rigoureux. Maurice de Sully, dans son homélie de Pâques, nous montre une multitude d'enfants et d'hommes faits, d'innocents et de pénitents, se nourrissant, après la messe, du pain eucharistique ; les pécheurs impénitents, lorsqu'il y en a, s'approchent comme les autres de la Table sainte ; seulement, nous dit-il, on ne leur donne que les eulogies, ou le pain bénit, « par coverture de l'or pécié, quar, s'il n'aloientà l'autel ensamble o l'autre gent, il seroit aperceu qu'il seroient en pécié dampnable (i), » et l'Église, qui est une mère tendre et indulgente, même pour ses enfants infidèles, veut ménager leur amour-propre, éviter les médisances, prévenir le scandale. Telle est, du moins, la curieuse destination attribuée par l'évêque de Paris au pain bénit, dont l'usage toutefois remonte beaucoup plus haut, car on le constate en France dès le temps de Grégoire de Tours. Quant aux fidèles qui se trouvent sous le coup d'une sentence d'excommunication ou d'interdit, le pasteur donne l'ordre de les faire sortir avant la communion, ainsi que ceux qui n'appartiennent pas à la paroisse. Les parents reçoivent aussi l'avis d'avoir à surveiller leurs enfants pendant toute cette sainte journée et à s'observer eux-mêmes, particulièrement aux repas : car, après tant de fatigues, on se met enfin à table, et tous les bons chrétiens rompent à l'envi un jeûne rigoureusement observé. « Le jour de Pâques, sermon court et dîner long, » dit lui-même l'austère fondateur de la Sorbonne. Mais avant tout, suivant une recommandation de Guillaume Durand, tout ce que l'on mange doit être béni, sous peine d'attirer sur le délinquant la colère céleste. D'autres usages relatifs aux fêtes de Pâques sont encore

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