‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 86 sur 104 · I. V. plus haut, p. 105 et suiv · texte numérisé non relu

I. V. plus haut, p. 105 et suiv

Après ce que ki liturgie appelle \c propre du fenps, vient le propre des saiufs, c'est-à-dire la série des fêtes en l'hcmneur des bienheureux. Ces anniversaires sont surtout l'objet de dehnonstrations et de réjouissances locales. Cependant le treizième siècle voit s'établir à peu près partout la fête générale du 1^'' novembre. On commence à prêcher, ce jour-là, des sermons s/ir fous les saints ; mais souvent encore on célèbre, au lieu de cette solennité collective, la mémoire particulière des apôtres Simon et Jude, honorés précédemment à pareille date. En effet, la Toussaint, instituée par Boniface IV, au septième siècle, sous le titre de fête de Notre-Dame-aux-Martyrs, puis changée par Grégoire IV, au neuvième, en fête de la Vierge et de tous les saints, avait été primitivement placée à la fin de mai : c'est ce dernier pontife qui la reporta au premier jour de novembre, parce que, paraît-il, on ne pouvait, avant les récoltes, rassembler dans la ville de Rome des provisions suffisantes pour la masse des pèlerins que cette fête y attirait.

Les fidèles défunts ont leur commémoration en même temps que les bienheureux, ou du moins le lendemain. Cet autre anniversaire commun, fondé seulement depuis le onzième siècle par Odilon de Cluny, prend, au treizième, le nom poétique de « fête des âmes ». En outre, une commémoration spéciale pour tous les papes et cardinaux décédés est établie par Alexandre IV, vers 1261, et fixée au 5 septembre. Le culte des morts, on le voit, n'est pas d'hier : chacun rend alors à ceux c|ui lui sont chers les quatre devoirs pieux mentionnés quelque part dans saint Thomas, les obsèques, les prières, les aumônes et l'offrande du saint sacrifice à leur intention. Je ne parle pas ici des anniversaires personnels, qui sont institués partout en nombre considérable, et suivis de reincnibrauces ou d'agapes commémoratives. Dans toutes ces circonstances, la pompe des services funèbres était poussée très loin, comme on en peut juger par les miniatures des livres d'heures.

Parmi les fêtes particulières établies au treizième siècle en l'honneur des saints, il faut en citer deux qui devinrent très vite populaires : celle de saint François d'Assise , instituée presque aussitôt après sa mort, et celle de saint Louis de France, qui, mieux encore, était traité de bienheureux de son vivant même ; car, un jour, des pèlerins arméniens vinrent demander au sire de Joinville, en Syrie, la faveur de contempler un moment le « saint roi », et le bon sénéchal, en transmettant cette demande à son maître, qui en rit de bon cœur, ajouta : « Sire, je ne désire pas de sitôt baiser vos reliques (i). » Mais il y avait une fête ancienne qui se célébrait alors plus joyeusement que les nouvelles, et qui pouvait passer pour la vraie fête nationale du peuple français : c'était celle de son apôtre saint Martin. On me permettra, sans doute, de remettre sous les yeux du lecteur le tableau des réjouissances publiques ramenées tous les ans par cette solennité unique en son genre, ne fût-ce que pour les opposer à celles qui les ont supplantées depuis.

« La veille de l'anniversaire , tout s'anime déjà. Le clergé se dispose à passer la nuit dans l'église ; il veille jusqu'à l'aurore, jeûnant, priant, psalmodiant, et, dans la basilique du saint, plusieurs chœurs, plusieurs collèges de chanoines se succèdent sans interruption, de façon à rappeler la laus pereiinis des anciens jours. Les fidèles se joignent aux prêtres ; mais ils n'ont pas tous la même constance, et, comme dans la veillée de Noël, ils mêlent à cette pieuse pratique des jeux, des réunions profanes, des bombances, qui parfois vont un peu trop loin. C'est pourquoi certains synodes prohibent ces vigiles, ou du moins leurs abus ; mais ils sont impuissants, et le pape Urbain VIII échouera lui-même en essayant de déraciner la coutume antique : ne faut-il pas faire provision de forces pour chanter

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