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CHAPITRE II

Du Tremblement mnémonique.

« L'homme seul, dit Gratiolet, a le privilège de cette parole libre et créatrice qui, donnant un corps à ses pensées les plus abstraites, le fait agir et vivre au-delà de lui-même dans le monde extérieur ; mais il parle encore un autre langage qui lui.est commun avec tous lesanimaux. Celangage commun, universel, est celui de la physionomie. »

Il existe, en effet, des rapports étroits entre l’impression et l’expression et nous laissons tout naturellement percer sur notre visage, par des modifica-tions de notre physionomie, les sentiments qui nous agitent intérieurement. N'est-1il pas habituel de voir la peur ou la terreur, la honte, la colère, la haine, le dédain, la joie, l’étonnement, etc., se refléter sur le visage des personnes qui éprouvent ces sentiments ? Ces faits sont d’ailleurs bien connus de tous les physionomistes, des magistrats en particulier, qui, au cours de leurs interrogatoires et dans les confrontations, attachent une grande importance aux modifications du faciès de l’inculpé. Ces changements de la mimique, sous l'influence d’impressions différentes, sont tellement naturels qu'il faut aux diplomates

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SD Tee une sorte d'éducation très longue et très pénible, pour ne plus les laisser paraitre. Et d’ailleurs, ne considérons-nous pas leur disposition comme pathologique, chez un certain nombre de malades : paralytiques généraux, parkinsoniens et alcooliques dont la physionomie ne réagit plus aux impressions et qui exprime l’hébétude et l'indifférence la plus complète. Non seulement les impressions transmises aux centres nerveux et y déterminant l’éclosion de sentiments variables, se traduisent, grâce à un réflexe particulier, par la production au niveau de la face et du corps tout entier, de mouvements d'expression et d’attitudes également variables ; mais encore ces mêmes modifications de la physionomie faciale ou générale du corps humain s’observent sous l'influence des efforts de l'intelligence ou de la mémoire. Certaines personnes resteront presque impassibles et le travail de l'intelligence ne se manifestera chezelles que par un mouvement des traits à peine perceptible pour un œil exercé. Chez d’autres au contraire, le travail de la pensée se lira facilement sur le visage : des traits tendus, les paupières grandes ouvertes, le regard fixe, la bouche entr'ouverte, la respiration presque suspendue, indiqueront l'attention et l'effort; le plissement du front, les paupières à demi-fermées et mobiles, le regard perdu, signifieront la réflexion ou la recherche. Ces modifications de la mimique sous l'influence des efforts de la pensée, sont bien connues.

. De tous temps, les peintres, les graveurs et les sculp-

teurs les ont exprimées dans leurs compositions et souvent d'une manière saisissante, si bien qu'un

En re artiste qui ne le ferait pas, n’atteindra jamais aux secrets les plus élevés de son art. Les poètes eux-mêmes les ont décrites, et c’est ainsi que Victor Hugo écrivait quelque part dans les Feuilles d'Automne :

Et l’on peut distinguer bien des choses passées, Dans ces plis de mon front que creusent mes pensées.

Mais chez un grand nombre, le travail intellectuel ne se manifestera pas seulement par des modifications de la mimique; on pourra assister chez eux à des mouvements du corps tout entier. Tel, par exemple,

cet orateur, qui arrêté dans son discours par un

nom ou par un fait qu'il n’a plus présent à la mémoire, frappe inconsciemment la tribune de son poing ou le sol de son pied. Tel encore, ce candidat à un examen qui, cherchant un détail qui lui échappe momentanément, traduit son effort par des mouvements inconscients de ses doigts. Qui d’entre nous, n'a souvenance d’avoir vu fréquemment des personnes de notre entourage présenter, à l’occasion de la recherche d’un souvenir, des ties de la face (tremblements) plus où moins bizarres? Il est, en particulier, des musiciens qui ne peuvent jouer de mémoire, sans aussitôt grimacer spasmodiquement. Enfin, c’est une notion bien connue que l'effort de la pensée exerce une certaine influence, mais essentiellement variable, sur les mouvements organiques, sur ceux du cœur, en particulier !

Et cependant, toutes ces personnes, cet orateur, ce candidat, ces musiciens Sont sains esprit et de

corps ; ils n'ont aucune tare héréditaire, ce sont des sUJels normaux.

Mais si au lieu d'observer ces sujets absolument sains, on examine d’autres individus ne présentant pas, à la vérité, d'affection nerveuse caractérisée, mais plus ou moins névropathes par hérédité ou par tempérament, il est fréquent d'observer une réaction plus marquée de l'effort de la mémoire sur l’organisme. Quand, au cours d’une conversation par exemple, ces individus sont arrêtés par un mot ou par un nom qu'ils ne trouvent pas, la recherche de ce mot ou de nom détermine chez eux, la production d’un sentiment tout particulier d'angoisse qui se peint sur leur physionomie. Ce phénomène, qui a été désigné sous le nom de recherche angoissante du mot ou du nom, s’accompagne de pâleur de la face et d’agitation de tout le corps, parfois très marquée. D’autre part, il est souvent suivi d’inhibition intellectuelle complète, de sorte que le malade ne retrouve plus le fil de ses idées et demeure hébété pendant quelques instants. Ces sujets ont consciensce de leur état, ils sont unanimes à le reconnaître ; mais ils se déclarent tous impuissants à chasser de leur esprit cette angoisse qui les obsède. L'intensité de cette angoisse varie avec les différents malades et chez le même avec les circonstances extérieures. Elle cesse dès que le mot ou le nom cherché est trouvé, c'est-à-dire dès que l'effort de la mémoire a pris fin. Quant à l'agitation qui accompagne cette recherche angoissante, rien n’est plus variable. On peut, en effet, observer tous les degrés, depuis des mouvements extrêmement

réduits et presque imperceptibles, jusqu’à des mouvements d'intensité et d'amplitude considérables, simulant une sorte de crise d’épilepsie larvée.

Mais allons plus loin et voyons ce qui se passe chez certains malades présentant une affection nerveuse franchement caractérisée. Chez eux, l'effort physique, s’il est suffisamment intense ou suffisamment prolongé, pourra se manifester par des ties spéciaux, par des mouvements spasmodiques où même par des crises convulsives. C’est ainsi que nous avons pu observer, à la clinique des maladies mentales, une malade épileptique, qui à l’occasion d’un effort prolongé de sa mémoire était prise d’une crise d’épilepsie absolument caractéristique. Un hystérique pourrait également, sous la même influence, présenter une crise d'hystérie. Mais chose remarquable, parfois l'effort psychique, au lieu de se manifester extérieurement chez ces névropathes, par des tics automatiques, des mouvements spasmodiques ou des crises convulsives, se traduira par des phénomènes bien différents. Dans l'esprit de tels malades, sous l’influence de l'effort psychique surgiront des idées fixes, qui les tourmenteront et dont ils ne pourront pas se débarrasser. Ces idées fixes qui sé substituent à la notion cherchée sont l'équivalent des mouvements automatiques et convulsifs que nous signalions chez les autres malades, et rendent l’état du malade bien plus pénible.

Il est certain, en effet, que ces deux phénomènes : idée fixe et mouvement involontaire, ne sont pas très éloignés l’un de l’autre comme point de départ,

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