CHAPITRE V
DYSENTÉRIE BALANTIDIENNE
La dysentérie balantidienne est une maladie rare, répandue cependant dans les cinq parties du monde, mais elle ne se manifeste guère que par des cas isolés. L’entérite ne se déclare pas chez tous les gens hébergeant le balantidium.
Aux Philippines, d’après Walker, sur 57 porteurs d'infusoires, {1 seulement présentaient des symp- tômes caractéristiques ; des faits identiques ont été signalés en divers points du monde et en particulier au Brésil (Parana) par César Pinto.
: Quand l'individu ne résiste pas à l’infection, il présente une côlite accompagnée de diarrhée, se compliquant, vers la fin,de symptômes dysentériques.
En clinique,elle se présente sous deux formes principales : 1° sous forme de dysentérie aiguë ; 2° sous forme de diarrhéeavec crise dysentériforme., Comme, jusqu’à présent, aucune expérience de transmission n'avait pu être réussie sur les animaux, certains auteurs ont voulu nier le rôle pathogène de cet infusoire. Par des expériences faites sur des singes et sur le porc, Brumpt a démontré l’inoculation pos-
sible du parasite par la voie rectale et son rôle pa-
UÉ0— thogène indéniable. Le parasite ne se développe pas parce qu’il y a une diarrhée ou côlite, c’est bien lui qui engendrela côlite et généralement la diarrhée l'accompagne.
L’entérite balantidienne est une infection chronique qui peut durer plus de vingt ans. D'après R. Strong, la mort survient dans 28 % des cas.
Pour le diagnostic, il est très facile d'identifier les volumineux balantidium ou leurs kystes de 50 à 60y, qui sont les formations kystiques les plus volumineuses des selles.Quand ils sont nombreux et quand leur disparition, après un traitement efficace, fait disparaître tous les symptômes, on peut aflirmer leur rôle étiologique, mais il ne faut pas oublier que des porteurs sains nombreux peuvent être atteints d’autres affections, parasitaires ou non, du tube digestif. Ces dernières peuvent être aggravées par la présence du balantidium et sont peutêtre le point de départ d’une infection balantidienne vraie survenant ultérieurement. Les porteurs de balantidium présentent parfois des périodes négatives, pendant lesquelles ils n’éliminent pas de parasites.
OBSERVATION I (Résumée)
(Devera, Arch. Esp. des mal. de l'app. disestif, 1926.)
Mme M..., 3oans. Depuis dix mois fatigue, anémie, toutes
les deux liées à une fréquence anormale dés selles, cinq à six
NE par jour, non douloureuses, molles, quelquefois mélangées de sang ; parfois même émission de sang pur.
Examen. — Le malade est maigre, pâle, a bon appétit, langue saburrale. Abdomen non douloureux à la pression, sauf légère sensibilité dans la région hypogastrique, pas de météorisme abdominal.
Examen radioscopique. — Introduction difficile du rectoscope ; à 20 centimètres et à 10 centimètres, nombreuses ulcérations cratériformes et hémorragiques nécroses de la muqueuse dont les débris restent dans le tube.
Examen des selles. — Selle fluide, verdâtre, réaction alcaline intense, odeur putride, nombreux débris de muqueuses; au microscope, balantidium côli et kystes en abondance. Devant ces symptômes on administre du chlorydrate d’émétine, néosalvarsan et du tréparsol. Deux mois après le malade revu, le traitement est bien supporté, amélioration des diarrhées et de l’état général, reprise de poids, disparition de l’asthénie.
Nouvel examen des selles portant sur deux échantillons, confirme l'efficacité du traitement; selles molles, brunes, odeur normale, plus de sang, ni de débris de muqueuses ;
aucun parasite.
Il s’agit d’une dysentérie à balantidium coli, avec une asthéuie générale, rapidement améliorée par un
traitement combiné à l’'émétine au novar et tréparsol.
OBSERVATION II
M. S..., 65 ans.
Le 12 septembre 1925. — Depuis juin dernier, à la suite
= Bo d’un refroidissement, présente une sciatique gauche et un syndrome dysentérique, avec des selles nombreuses, jusqu'à 16 par jour, peu abondantes : avec du sang couleur chocolat ; précédées et accompagnées de coliques, suivies de ténesme.
Durée trois semaines ; puis diminution du nombre des selles 8 à 10 par jour ; mais l’état général va en s’aggravant.
Examen du malade. — Très maigre, anémique, asthénie très prononcée, anorexie alimentaire. Pas de météorisme, très légère sensibilité de la fosse iliaque gauche et de la région hypogastrique sur le trajet du côlon.
Examen rectoscopique. — Pas d'ulcération de la muqueuse recto-sigmoïdienne, mais infiltration sous-muqueuse entraînant une rigidité de l'intestin.
Examen des selles. — Liquides, brunes, odeur putride, réaction alcaline, pas de sang,quelques mucosités, nombreux balantidium coli,
Aussitôt, on administre de l’émétine et néosalvarsan. Le malade revu vingt jours après, aucun résultat, état général toujours inquiétant, selles nombreuses et même résultat microscopique. Le malade est soumis au tréparsol; un mois après, ilest transformé, meilleur état général, appétit revenu, une seule selle par jour.
Un nouvel examen des selles pratiqué ce jour, nous montre des selles normales, sans aucun parasite. Le malade continue le tréparsol. Revu à plusieurs reprises, n’a pré-
senté aucune récidive.
Il s'agit d’une dysenterie à balatidium coli aiguë, où, après échec du traitement par l’émétine et le
novar, le tréparsol a été employé avec succès.
Re RE
Le tréparsol dans la dysentérie balantidienne.
La première observation de M. le D' Devera nous paraît instructive : la nature balantidienne de la dysentérie y est formellement établie par l'examen microscopique et rectoscopique. L'association de l’'émétine et du tréparsol a rapidement enrayé les accidents etles modifications constatées à la rectoscopie aussi un nouvel examen microscopique négatif des selles est le témoignage certain de l’activité du médicament.
L'observation II révèle la nécessité de l’administration du tréparsoi malgré l'échec de l’émétine et du novarsénobenzol ; donc, dans les cas rebelles de dysentérie à balantidium coli où tout traitement (émétine, novar) échoue, il y a intérêt à recourir au tréparsol par voie buccale : un comprimé de 0,50 centigrammes par jour, cinq jours sur sept, pendant un mois. Après le traitement, une cure d'entretien est nécessaire pour empêcher les rechutes.
P. Nazarian 5