‹ Le trésor de BoscorealeChapitre 115 sur 149 · Satyricon, CXXXVII · texte numérisé non relu

Satyricon, CXXXVII

\. Proverbia Alexandrinorum, n. XGVI, dans les Pseudoplutarchea. • i. Ed. Wœlffun, Publilii Syri sententiœ, p. 97, v. 458.

6. Le motif du squelette tenant une bourse se retrouve sur le vase d'ileudebouville. — On peut dire que les fouilles faites au pied du Vésuve ont fourni souvent des exemples vécus du squelette tenant une bourse. C'est toujours à côté d'un ou de plusieurs squelettes que l'argent et les bijoux précieux se retrouvent à Pompéi (voir le chap. suivant). Un de ces exemples remonte à plus de cent cinquante ans. Dans un des premiers écrits publiés sur Herculanum, dû au marquis de l'Hôpital, envoyé extraordinaire de France, on lit : « Il y a toute apparence qu'il périt bien peu de monde dans Herculea, attendu qu'on y trouve

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entouré de bandelettes, on lit le mot \6ioLi. Cet objet allongé ne peut être qu'un rouleau de papyrus sur lequel sont probablement inscrites les maximes fondamentales, nécessaires à connaître pour mener une vie heureuse1. <( Quis enim vestrum non edidicit Epicuri xufuaç Sd?aç, id est quasi maxime ratas, quia gravissimae sint ad béate vivendum breviter enuntiatae sententiœ2. » Les deux crânes représentent deux victimes de la destinée commune, deux hommes qui avaient cherché le bonheur dans la richesse ou dans la mise en pratique des doctrines philosophiques. La mort ne les a pas épargnés; leur sort ne présente maintenant aucune différence.

Tel est le décor initial qui se répète sur chaque gobelet, et en avant duquel se déroulent les deux compositions. Les trois squelettes anonymes ouvrent ensuite la marche : sur le premier vase le squelette du milieu se couronne de fleurs et se livre au plaisir ; sur le second ce même squelette est représenté inanimé, étendu à terre; ses camarades lui rendent les honneurs funèbres. L'un des compagnons tient une bourse accompagnée du motOOdvoi. Sans doute on doit comprendre que l'argent fait naître la jalousie : le riche a ses tourments ; il voit surgir autour de lui des envieux3. Le geste du porteur de la bourse indique vraiment qu'il veut dissimuler son argent. Le second compagnon exa-

forl rarement des squelettes : on y en découvrit un il y a quatre ou cinq ans, qui étoit couché sur un escalier, tenant dans sa main une bourse qu'on pouvait aisément distinguer par le moule qu'elle avoit laissé dans l'espèce de ciment dont elle était enveloppée, et qui contenoit des Médailles dont cette bourse était remplie, mais le squelette avoit si peu de consistance qu'il ne fut pas possible de le retirer. » Mémoire sur la ville souterraine découverte au pied du mont Vésuve, 1748, édition de Paris (par Moussinot), p. 50.

1 . Les Aô;a-. des philosophes sont rappelées dans l'inscription d'Oenoanda, Heberdey- Kalinka, Die philosophische Inschrift von Oinoanda, dans Bull, decorr. hellén., XXI (1897), p. 346 à 443. Epicure a particulièrement affectionné le mot Ad;*', dans les titres de ses traités philosophiques.

2. Cicéron, De finibus bonorum et malorum, II, 7; De natura deorum, I, 30. Les Kupîai dô;a'. d'Epicure nous ont été conservées par Diogène de Laerte, De clarorum philosophorum vitis, X, 138; cf. H. Usener, Epicurea, p. 70-81.

3. Le mot <t>9(jvo; désigne aussi la fascination, la funeste influence du mauvais œil et tous les maux qui en découlent, cf. P. Perdrizet, Inscription chrétienne de Dokimion, dans Bull, de corr. hellén., XXIV (1900), p. 291 à 299; voir aussi E. Le Blant, 7.50 inscripliniiy, n. 217.

mine attentivement un crâne qu'il tient dans la main ; c'est déjà la scène célèbre du cimetière dans Hamlet, comme le prouve l'inscription sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure.

Près des torches que tiennent Moschion et Ménandre le mot Zojy] apparaît deux fois. La lumière que ces poètes ont répandue sur les manifestations les plus intimes de la pensée humaine est comparée ici à la vie ; ils ont dévoilé les secrets de l'amour qui est le grand mobile de la vie1. Les masques féminins qu'ils tiennent en mains2 représentent les héroïnes des pièces dans lesquelles ils ont mis à nu le cœur humain en étudiant particulièrement les mœurs et le caractère des femmes de leur temps.

D'autres légendes, plaisir, petite âme, fleur, drame satirique, aspic, se comprennent d'elles-mêmes -rapprochées de l'objet ou des figures qu'elles accompagnent.

A côté de ces petites légendes explicatives on trouve des sentences ou des maximes en rapport étroit avec la composition ; elles renferment le véritable développement de l'idée qui domine la représentation. Il y en a quatre sur le dernier gobelet; il y en avait sans doute autant sur le second où la quatrième sentence est restée cachée sous une épaisse croûte d'oxyde. - Jouis pendant que tu es en vie, car le lendemain est incertain; — Réjouis-toi pendant que tu es en vie ; — La volupté est le bien suprême ; — Sois gai tant que tu es en vie.

Voilà des maximes courantes d'une philosophie très facile qui ne demandent pas chacune une explication séparée. Ces invitations à profiter joyeusement de la vie se retrouvent dans la littérature antique contemporaine et aussi dans les documents épigraphiques, tantôt inscrites sur des vases à boire, tantôt gravées sur les tombeaux, comme

I. Les mots ZQH ou VITA, inscrits sur les gemmes el sur les bagues sonl des paroles d'amour que les amants emploient en s'adressant à leurs maîtresses, E. Le Blant, 750 inscriptions, n. 7, 38, 39, 40, 157; cf. le ZoW, xal tyuxq de Juvénal, Sat., VI, 194.

2. Cf. le curieux et très fin relief du Latran, représentant un poète assis devant une lable chargée de deux masques, tandis qu'il en examine lui-même un troisième placé dans sa main gauche, Th. Schreibem, Die hellenistichen Relie fbilder, taf. LXXX1V. Un a proposé d'y reconnaître Ménandiv

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si le défunt voulait engager lui-même ceux qui sont encore sur la terre à ne négliger aucune jouissance1. Sur les pierres gravées elles apparaissent sous une forme beaucoup plus abrégée à cause de l'exiguïté de la surface; elles y sont inscrites à côté de squelettes, de crânes, de vases à boire, de couronnes, de papillons, etc.2. Courtes et concises, ces petites phrases sont empruntées au répertoire de la morale en vogue; elles ont bien l'allure de maximes courantes.

Faut-il les ranger parmi les maximes que les épicuriens du temps de Cicéron apprenaient par cœur et qui, sous une forme brève, passaient pour renfermer l'essence des doctrines fondamentales du maître3? Les historiens de la philosophie ont seuls qualité pour éclaircir cette question délicate. Qu'il nous suffise de dire que ces maximes sont épicuriennes dans le sens que nous donnons couramment à ce mot. L'intention de les attribuer ici à Épicure est hors de doute, car le To téXoç q&ovrç, qui en est l'expression la plus parfaite, a été inscrit à côté du squelette représentant ce philosophe. La phrase qui revient si souvent dans Cicéron à propos de la doctrine d'Epicure, « voluptas summum bonum », traduit exactement la même pensée.

A toutes les époques la volupté a eu de nombreux fidèles; le désir de jouir de la vie correspond à un besoin naturel et permanent de l'humanité.

Vivre sans volupté c'est vivre sous la terre !

disait Ronsard4, et l'aimable poète développait un peu plus loin, sous une forme charmante, la première de nos maximes :

Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'huy les roses de la vie 5.

1. La comtesse E. Caetam Lovatelli, dans son curieux mémoire, Ui una piccola larva convivale in bronzo, en a réuni de nombreux exemples; voir aussi Thanatos du mémo auteur; cf. Notizie degli scavi, 1897, p. 192.

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