‹ Le trésor de BoscorealeChapitre 118 sur 149 · Pétrom:, S«h/rico?>, XXXIV · texte numérisé non relu

Pétrom:, S«h/rico?>, XXXIV

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convives que le trépas les attend ; il faut donc avant tout employer joyeusement les heures trop courtes de la vie, « benefacere sibi » ou « benefacere »*. L'inscription, tracée sur une fresque de Pompéi, au-dessus de buveurs couronnés de roses, dit très nettement : « Facitis vobis suaviter » 2 !

Les reliefs des gobelets en terre cuite d'Heudebou ville et d'Arezzo rapprochés de ceux des gobelets d'argent de Boscoreale le répètent avec la plus grande clarté. Ces derniers reliefs ont une saveur particulière à cause du grand nombre de squelettes réunis, à cause des inscriptions qui les accompagnent et surtout parce que plusieurs de ces squelettes sont porteurs des noms les plus illustres de l'antiquité grecque. La composition en reçoit un très vif intérêt. La préoccupation de mêler les squelettes des grands hommes à ceux des hommes ordinaires ne semble pas pouvoir être le produit d'une autre idée que celle de l'égalité de tous devant la mort. 11 paraît difficile d'expliquer autrement cette promiscuité voulue. Ceux qui ont régné sur les lettres et sur les arts, ceux qui ont été considérés comme les maîtres de la sagesse humaine, partagent et subissent le sort commun de tous les hommes.

On a prétendu que les reliefs de nos gobelets représentaient une danse de squelettes (Totentanz). L'expression est loin d'être juste; aucun détail ne donne le droit de s'arrêter cà une pareille idée. Les acteurs principaux ne se livrent pas à la danse, cela est évident; ils ont tous une tenue absolument irréprochable. Même les petits squelettes du second plan, qui animent la composition en jouant de la lyre, en battant des mains, ne peuvent pas être considérés comme des danseurs : ils ont des inclinaisons de hanche, des mouvements de tête, en rapport avec le rythme de la musique; mais leurs pieds ne quittent pas la terre. Celui qui est surmonté du mot Tsp^iç a seul une jambe reportée un peu en arrière et ne touchant le sol du même côté que

l. E. Le Blant, D'une acception épicurienne du verbe « benefacoro », dans Rev. arch., n. s., XXIX (1875), p. 358 à 361.

■2. Mau, Scavidi Pompei, dans Bull, de If lns/.y 1885, p. 246.

par l'extrémité du pied, mais ce n'est pas là, à proprement parler, un mouvement de danse. Ces petits squelettes apparaissent surtout dans les premières scènes, dites des squelettes anonymes. Un joueur de flûte est cependant placé près de Ménandre et un autre à côté d'Euripide. Sophocle n'a devant lui qu'un serviteur qui lui présente un grand masque tragique; un autre serviteur remplit le même office auprès d'Euripide. Ces deux dernières scènes sont très simples, ce qui ne nuit pas à l'air véritable de grandeur dont elles sont empreintes.

L'auteur de ces compositions a eu, en effet, le talent de trouver pour chacun des principaux acteurs un geste sobre, juste, sans exagération, tout à fait approprié à son caractère et à son rôle; bien plus, il a su donner à tous ces crânes des physionomies variées, expressives et même très vivantes, s'il est permis d'employer ce mot en parlant de nos images funèbres. Sur le premier gobelet les crânes des squelettes anonymes sont tellement endommagés qu'on ne peut plus guère examiner que les mouvements du corps. Le joueur de lyre anonyme qui figure à côté de Moschion est très remarquable à ce point de vue particulier : son instrument est serré entre sa poitrine, son bras gauche et son menton ; l'un des montants est même fortement appuyé contre sa joue. Le dos arrondi, tout le torse incliné en avant1, il porte ses regards vers Moschion en exécutant sa mélodie avec une fougue véritable. C'est le seul des grands squelettes dont la jambe gauche soit un peu repliée et dont le pied du même côté ne pose pas à plat sur le sol, car il ne touche la terre que du bout des doigts, mais sa jambe droite est rigide. Ce n'est pas là non plus un mouvement de danse; c'est une conséquence du mouvement contorsionné de sa personne, de la passion qu'il apporte dans son jeu. Sophocle et son serviteur sont très détériorés, maison peut encore reconnaître la pose très noble du grand tragique. La scène suivante heureusement est mieux conservée :

t. Cette pose est presque identique pour un des petits squelettes jouant de la lyre et placé au-dessous do la torche de Ménandre; elle a d'ailleurs beaucoup de rapports aussi avec la pose du petit joueur de flûte qui lui tourne le dos. C'esl In manière de représenter un musicien entraîné par son jeu.

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Zénon, droit et rigide, a un regard dur et plein de colère; le geste énergique avec lequel il désigne Épicure n'a pas besoin de légende pour être compris. L'aspect d'Épicure est tout à fait différent; sa physionomie, car l'artiste a su en donner une différente à chacun de ces squelettes, respire la vulgarité même ; l'empressement qu'il met à s'incliner pour saisir le gâteau dont les petits cochons (je crois bien quil y en a deux l'un contre l'autre) paraissent si désireux d'avoir leur part, fait contraste avec la tenue hautaine de son adversaire. Les poses des squelettes du second gobelet amènent les mêmes observations. Celui qui répand une libation sur un cadavre opère avec une attitude de dévotion fort touchante qui doit être sincère ; l'intention ironique n'apparaît que dans la légende explicative. Ménandre et Archiloque n'ont pas souffert : Ménandre montre de la main gauche le masque d'une de ses héroïnes à la physionomie effrontée : avec sa torche allumée1 il a jeté une vive lumière sur les mœurs des femmes de son temps; sur ce masque à la bouche entr'ouverte, aux yeux mauvais, il semble étudier les passions malsaines qui agitent le cœur féminin et scruter la perversité de certaines natures. L'attitude de Ménandre est très correcte. Archiloque, moins contorsionné que le musicien du premier gobelet, a aussi une tenue fort digne. Euripide, dont on ne peut voir la physionomie, fait un geste d'une grande noblesse ; le superbe masque tragique qu'un serviteur soulève devant lui est d'une conservation admirable. Pour les deux derniers philosophes, les crânes ont disparu; les reliefs, en cet endroit, sont maintenant couverts d'une croûte si épaisse qu'il est impossible de saisir le moindre détail.

Peu de contrées de l'Italie ont subi plus complètement que la

1. La torche que tient Ménandre esl élevée et allumée; celle que porte Moschion est baissée et non allumée. Les deux masques de femmes ont une physionomie absolument différente : j'insiste de nouveau sur ce détail. Le masque que tient Ménandre est intact ; il a un visage bouffi et un aspect vulgaire; des tresses de cheveux tombent de chaque côté de la figure. L'autre, celui que tient Moschion et qui est en partie brisé, a une physionomie douce et agréable; la chevelure est ondulée et des boucles, frisant naturellement, tombent à droite et ;i gauche. C'est au-dessus de chacune des deux torches que se lit le mot ZHH.

Campanie l'influence de la civilisation hellénique. Elle se manifeste nettement sur les monuments que le sol fécond de Pompéi et des environs nous livre tous les jours. Les hommes riches et distingués qui habitaient ces riantes contrées, se faisaient une gloire de recueillir dans leurs bibliothèques les ouvrages des philosophes et des grands écrivains de la Grèce 1 ; ils en multipliaient les images dans leurs demeures où nous les retrouvons non seulement à l'état ordinaire de bustes et de statues, mais aussi fixées sur des objets mobiliers de tout genre. Homère déifié apparaît sur un gobelet d'argent trouvé à Herculanum -, une peinture de Pompéi met sous nos yeux une légende qui le concerne 3. Des scènes empruntées aux tragédies d'Euripide décorent les murs des maisons1; sur une mosaïque de Torre Annunziata, Platon et les plus grands philosophes sont réunis et discutent entre eux à l'ombre des arbres sous les murailles d'une ville '. Épicure était partout à la mode : « Vultus Epicuri per cubicula gestant ac circumferunt secum 6. » Non seulement son image occupait dans certaines maisons une place d'honneur, mais elle brillait au doigt de ses disciples; on la retrouvait sur les vases à boire en usage pendant les repas7.

Quelques-unes de ces manifestations avaient un côté assez exagéré qui ne pouvait manquer d'égayer certains esprits ou d'en irriter d'autres. On constate dans la littérature contemporaine l'écho de cet état d'àme. Peut-on s'étonner qu'un artiste, sans doute sceptique et

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