IIS I
L'entrée du réservoir à vin, comme, je l'ai déjà dit, était fermée par une épaisse trappe en bois, de forme rectangulaire. L'ouverture mesure 0m,90 sur 0ai,60. Un peu audessous de cette ouverture, le puits de descente perd sa forme rectangulaire pour s'arrondir d'un côté, tandis que, du côté opposé, il communique par une baie de Om,90 de large avec une citerne voûtée. En plan, le puits forme donc comme une sorte d'abside accolée à la citerne (fig. 4).
Grâce à l'obligeance de M. V. de Prisco, je suis descendu dans cette citerne le 6 novembre 1896, et je puis en donner une description exacte. Le puits de descente a un peu plus de 2 mètres de profondeur ; au fond, il se termine par une petite cuvette où se réunissaient les dernières gouttes du vin, ce qui permettait de les recueillir facilement quand on voulait vider ou nettoyer le réservoir. La citerne est couverte par une voûte en berceau; comme le puits, elle est entièrement cimentée à l'intérieur et les enduits
2 41 Fig.
1. En parcourant les rapports publiés par Fioreixi, Pompeianarum antiquitatum hisloria, 1860 à 1874, M vol. i n-8, passim et en particulier II, 160, 211, 212, 218, 416, etc., on constate que, dans les fouilles de Pompéi, chaque fois que l'on rencontre un squelette, on est presque certain de trouver à ses côtés des objets en métal précieux, des monnaies d'or ou d'argent en plus ou moins grande quantité, et des ciels. Malheureusement cette publication, capitale pour l'histoire des découvertes faites à Pompéi, est restée inachevée et l'absence de tables y rend les recherches très laborieuses.
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sont encore très bien conservés. Sa hauteur est de 2 mètres ; on s'y tient debout parfaitement à l'aise. Sa forme (fig. 4) est celle d'un rectangle dont la longueur (AC ou DE) est de 2m,40, dont la largeur (AD ou CE) est de lm,34. Entre B et C, le mur est remplacé par un linteau qui soutient la voûte et sous lequel on passe pour entrer dans la citerne ou pour en sortir. Du milieu de ce linteau jusqu'à la paroi opposée du puits, la largeur est de 0m,67. Deux tuyaux de plomb,
encore en place près de l'angle E et dont la position en projection est indiquée sur le croquis, (fig. 4), par des points noirs , amenaient dans la citerne le vin nouveau arrivant des pressoirs supérieurs. Sur le plan de la villa (fig 1 ) , le parcours de ces tuyaux (;) est tracé au pointillé.
L'un d'eux, celui qui aboutit sur le côté DE, vient du pressoir de droite et débouche dans le haut du mur de la citerne juste au-dessous de la voûte; l'autre traverse la voûte elle-même et amène le vin du pressoir de gauche.
Extérieurement on distingue dans un coin du pressoir de droite un trou béant, de forme rectangulaire, placé entre la grande porte des pressoirs et une porte plus petite donnant sur le passage voisin (0); ce trou est ombragé par un mur contre lequel les égouttures du vin ont laissé des traces (fig. 5). La trappe en bois n'existe plus, mais une feuillure de 0'",45, visible sur un des côtés longs de l'encadrement en pierre, indique le bord sur lequel la trappe s'abaissait. Une vue de ce petit coin, que je dois à M. V. de Prisco, permet de reconnaître ces
détails. Une fois le vin nouveau arrivé dans la citerne, il s'agissait de le faire passer dans les amphores du cellier voisin. Pour faciliter l'opération, on avait établi une communication entre le réservoir et le cellier. Une petite niche pratiquée dans le mur du pressoir, au-dessus de l'endroit où les traces de vin sont apparentes, renfermait une sorte d'entonnoir, placé à l'origine des conduits. Là le vin nouveau était versé par un esclave qui le puisait dans la citerne à l'aide d'un seau et d'une corde. Ce qui s'échappait du seau tombait le long du mur et retournait dans la citerne, tandis que le reste passait dans le cellier où un second esclave le distribuait dans les amphores, en fermant ou en ouvrant les conduits selon le besoin1.
Au moment de la catastrophe, le vin de l'année précédente avait été vendu ou mis en amphores. Le réservoir était vide; on venait de le nettoyer en prévision de la vendange prochaine. C'était une cachette sure et comme indiquée pour les objets précieux. Un homme de confiance, plus spécialement chargé de ce soin, réunit à la hâte toute l'argenterie, l'enveloppa dans une pièce d'étoffe- et vint la déposer au fond du réservoir. Puis il remonta chercher les bijoux et l'or monnayé. Cette seconde expédition fut menée aussi rapidement et avec autant de bonheur que la première. Notre homme, de retour dans la citerne, s'y installa lui-même afin de veiller sur ses trésors ; sans doute aussi parce qu'il s'y trouvait mieux ou s'y croyait plus en sûreté que dans le pressoir. Les cendres en effet n'y pénétraient pas; on y était protégé par la voûte; l'air y était relativement moins étouffant. Il avait apporté avec lui une petite gargoulette en terre cuite remplie d'eau froide, pour s'imbiber les lèvres et éviter ainsi la suffocation. Mais les cendres et les pierres tombaient au-dessus de la trappe; elles s'y amoncelaient rapidement; le réservoir à vin devint bientôt une prison murée où la mort vint frapper comme ailleurs.
\. Cette ingénieuse opération est expliquée par Pasqui, col. 487.
2. Une couverture ou un drap dont les morceaux sont encore adhérents aux vases n. o, 10 et 74. J'ai peine à croire, comme le suppose Pasoli, col. i-75, que ces morceaux d'étoffe appartiennent au vêtement de L'homme trouvé mort à côté des vases.
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Le squelette a été retrouvé près du puits de descente, au point I (fig. 4). L'homme était tombé sur les genoux et sur les mains, la face tournée contre terre; un petit vase commun en terre cuite était placé près de lui. A ses côtés on recueillit les débris d'une feuille d'argent ornée de moulures, ayant probablement servi de revêtement à un plateau, quatre bracelets en or, des pendants d'oreilles, une bague, une chaîne double en or et environ un millier de monnaies d'or formant une série ininterrompue d'Auguste à Domitien. Ces monnaies avaient été réunies dans un sac en peau, dont l'empreinte était encore reconnaissable. La plus récente, portant la légende caesar avg f domitianvs, et au revers cos v avec un Sarmate à genoux1, est de l'année 76. Les monnaies des règnes d'Auguste et de Tibère étaient nombreuses, mais très usées. A partir du règne de Néron, représenté par 575 pièces, la conservation était très bonne; un certain nombre de monnaies étaient même à fleur de coin 2.
Toute l'argenterie, à l'exception des quelques objets déposés dans l'armoire (e) et dont rémunération a été donnée plus haut, était amoncelée au fond du réservoir au point H (fig. 4), dans l'endroit le plus éloigné du puits de descente.
L'or n'avait subi aucune altération. L'argent avait souffert de certains contacts; il était noirci et plusieurs pièces étaient couvertes de dépôt sulfureux.
Les anses et les pieds des vases étaient dessoudés; mais, à part ce détail, la plupart des pièces d'argenterie se trouvaient encore dans