Cohen, Médailles impériales, 2e éd., I, Domitien, n
2. Toutes ces pièces, apportées à Paris par M. V. de Prisco, furent acquises par MM. Rollin et Feuardent. Il eût été intéressant d'en -exposer quelques-unes au Louvre à côté des bijoux, malheureusement le musée ne put faire cette acquisition : la Revue numismatique, 1895, p. 574, a publié un relevé de ces monnaies. Au premier étage, à gauche de l'entrée, près de la loge du gardien, on avait déjà découvert 21 pièces d'or et plusieurs pièces d'argent ou de bronze allant de Tibère à Domitien, déposées dans un petit coffret avec une vingtaine de pierres gravées et des pâtes de verre. Au-dessus du cellier, à la hauteur de la charpente, dans un trou pratiqué dans le mur pour la pose d'une poutre, on trouva aussi 1(3 monnaies d'or. Ces deux premières trouvailles furent achetées par un négociant de Rome.
LE
TR ÉSOR
DE BOSCOREALE.
un état de conservation étonnant. La voûte solide du réservoir à vin les avaient protégées; les cendres, en pénétrant par l'ouverture du puits, s'étaient entassées en colonne et solidifiées sans envahir complètement le fond de la citerne.
Avant de commencer la description de ce trésor, il me reste à raconter la façon dont les pièces d'orfèvrerie qui le composent sont arrivées à Paris, à dire par quelle suite de circonstances favorables, par quel concours d'intentions bienveillantes nos collections nationales ont été enrichies de ce précieux ensemble auquel le Louvre est heureux d'avoir pu offrir une hospitalité digne à la fois de son importance et de la générosité de celui qui en a doté son pays.
C'est le samedi 13 avril 1895, la veille de Pâques, que la découverte eut lieu à Boscoreale. On venait de payer les ouvriers; on se disposait à les congédier jusqu'à la semaine suivante; toutes les constructions de la villa étaient dégagées; il semblait que les fouilles n'offraient plus grand intérêt. La journée cependant n'était pas finie : les ouvriers, pour ne pas rester inoccupés, se mirent à vider le puits du pressoir; l'un d'eux, nommé Michèle, y descendit. A un moment donné, il remonta en affectant un grand malaise et en se plaignant du mauvais air qu'il venait de respirer. Naturellement aucun de ses camarades ne fut tenté de prendre sa place et de renouveler une expérience qui semblait lui avoir si mal réussi; chacun se retira après cet incident. Michèle, resté seul avec M. de Prisco, lui fit part de ce qu'il avait vu. Tous deux revinrent pendant la nuit avec une lanterne et des paniers, descendirent dans le réservoir et enlevèrent, pour les mettre en lieu sûr, les objets qui s'y trouvaient. C'est ainsi que le trésor échappa au gouvernement italien malgré, et on pourrait dire aussi très justement, à cause de la surveillance étroite exercée sur les fouilles1.
I. Ces faits m'ont été racontés par un gardien de Pompéi qui avait pris part à la surveillance des fouilles île Boscoreale. Michèle après avoir reçu une récompense de M. de
MONUMENTS ET MÉMOIRES
Un mois à peine après cette découverte quarante et une pièces d'argenterie, choisies parmi les plus importantes de la trouvaille, étaient apportées à Paris. J'en fus immédiatement avisé par mon collègue et ami, Ernest Babelon, conservateur du département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale. Le 23 mai, M. Vincenzo de Prisco, accompagné de M. Ercole Canessa, l'antiquaire bien connu de Naples, se présentait au Louvre et m'annonçait son intention de proposer aux Musées nationaux l'acquisition de ces objets. La vue de cette argenterie lit sur moi une impression profonde ; mais le prix demandé était si considérable et les ressources dont le Louvre pouvait alors disposer étaient si modestes que je désespérais de pouvoir jamais mener à bien cette affaire. Les difficultés administratives et les lenteurs qui en sont la conséquence forment une série d'obstacles impossibles à franchir quand il est nécessaire de prendre une décision rapide. Les vendeurs étaient pressés de conclure; les négociations leur paraissaient trop lentes. Toutefois ils se rendaient bien compte de la position difficile dans laquelle je me trouvais ; je me plais à reconnaître leur obligeance et leur loyauté ; je leur sais le plus grand gré de n'avoir pas répondu aux offres qui leur étaient faites, tant qu'il me restait un espoir de traiter avec eux.
Dans ces circonstances difficiles, je trouvai comme toujours auprès de M. Henry Roujon, directeur des Beaux-Arts, l'appui le plus actif et le plus empressé. Je suis heureux d'avoir ici une occasion de lui exprimer de nouveau toute ma reconnaissance. M. Kaempfen, directeur des Musées nationaux, et mes collègues du Louvre unirent leurs efforts aux miens avec cet esprit de corps et ce dévouement traditionnel qui sont l'honneur du Comité consultatif des Musées nationaux. Le 17 juin, M. Poincaré, Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, réunit pour la première fois le Conseil des Musées, in-
Prisco, alla boire dans les cabarets voisins et ne put retenir sa langue. La découverte fut très promptement ébruitée et connue des autorités. Une enquête eut lieu tout de suite, mais les objets étaient déjà en sûreté et ne purent être saisis.
stitué par un récent décret du Président de la République. La première affaire soumise à son examen fut celle de l'acquisition du Trésor de Boscoreale. Les vendeurs demandaient 500 000 francs ; le Conseil offrit 250 000 francs, payables en cinq annuités. Ces conditions ne furent pas acceptées et les négociations se trouvèrent immédiatement rompues. Tout ce qui était possible avait été tenté. Mon rôle était terminé : je demeurai convaincu que l'argenterie de Boscoreale était perdue pour le Louvre.
Après trois semaines d'efforts, de luttes et d'espérances, la déception était grande; elle fut heureusement de courte durée. Le 22 juin, j'appris par un télégramme de mon ami G. Schlumberger, qui dans toute cette affaire me donna des preuves inoubliables de son amitié, que le Trésor de Boscoreale avait été acheté par le baron Edmond de Rothschild et que ce généreux amateur avait l'intention d'offrir à l'Etat la précieuse découverte.
Ma première pensée fut une pensée de reconnaissance pour celui qui nous rendait le trésor perdu et qui ajoutait ainsi un nouvel éclat à la gloire du Louvre. La simplicité avec laquelle M. le baron Edmond de Rothschild me parla de ses intentions, la joie qu'il éprouvait d'avoir pu faire pour son pays cette importante conquête sont restées présentes à mon esprit.
Le Directeur des Musées fut officiellement avisé de cette donation par la lettre suivante :
Paris, le 24 juin 1895.
Monsieur le Directeur général,
Ayant appris par MM. Schlumberger et de Villefosse le haut intérêt qu'il y avait pour la science archéologique à conserver en France le Trésor de Boscoreale que votre Administration aurait désiré voir figurer dans ses collections, j'ai fait l'acquisition de ce trésor dans l'intention de l'offrir au Louvre. J'ai prié M. de Villefosse de bien vouloir vous faire part des conditions dans lesquelles je me proposais de faire ce don au Louvre.
Je désire seulement aujourd'hui vous en prévenir moi-même. Et, avant de