TOME V
MONUMENTS ET MÉMOIRES
Vase à verser le vin (lagona) ; forme d'aiguière a goulot bilobé : Victoires sacrifiant devant l'autel de Minerve. Pendant du n. 3.
Planche TV, n. 1 et 2.
Ce qui a été dit plus haut du premier vase (n. 3) s'applique également au second. Il faut, toutefois, faire quelques réserves à propos du sujet principal qui, tout en représentant aussi une scène de sacrifice à Minerve avec le même nombre de figures et la même disposition, n'est pas une répétition absolue de la scène déjà décrite. Minerve fait ici de la main droite un geste moins accentué ; elle porte un bouclier beaucoup plus grand, orné de l'égide qui doit répandre la terreur parmi ses ennemis (fig. 11). L'autel ne se présente pas dans le même sens que le précédent; il est surmonté de volutes et orné, dans les angles, de têtes de béliers. Deux Victoires ailées, presque nues, différant pourtant des premières par le type du visage, parla coiffure, par la disposition des draperies et par le geste, viennent offrir un sacrifice à la déesse. L'une porte des cheveux courts et frisés comme un jeune homme ; mais les formes de son corps ne laissent aucun doute sur son sexe. A demi agenouillée près d'un jeune taureau qu'elle tient par le mufle, elle contemple les convulsions de la victime à laquelle elle vient de donner le coup fatal, car sa main droite, armée d'un large couteau, est reportée en arrière pour indiquer que sa tache est achevée. La seconde Victoire accomplit facte même du sacrifice : le genou posé sur la croupe d'une génisse terrassée dont elle a saisi les naseaux, elle lui enfonce un couteau près de l'oreille. La coiffure de cette dernière Victoire mérite une attention particulière : elle porte une sorte de serre-tête en cuir ou en métal, beaucoup plus large sur la nuque que sur le front, et qui laisse à découvert tout le haut de la chevelure. Deux touffes de cheveux, relevées sur les tempes, recouvrent les parties étroites de ce serre-tête et se réunissent en un nœud au
sommet du crâne. Ces deux Victoires sont chaussées de sandales; leurs draperies flottent capricieusement au gré du vent, enroulées seulement autour d'un genou. Comme les précédentes , elles portent chacune un bracelet au poignet droit. Sous la seconde Victoire on distingue au
FlG. 11.
milieu de l'oxydation une base plate, esquissée au trait, soutenue par une volute en forme de crosse.
L'extrémité d'une des cornes de la génisse est brisée.
En ce qui concerne l'état de la partie inférieure, les observations sont les mêmes que pour le premier vase.
Haut., 0ni,24.
Poids, 963 gr. ».
1. Ce poids est beaucoup plus considérable que celui du premier vase. Cette différence tient au travail de consolidation intérieure nécessité par le mauvais état delà pièce.
MONUMENTS ET MÉMOIRES
L'anse. Exactement semblable pour les deux vases (3 et 4) elle est contournée à peu près en forme de S et surmontée d'une feuille allongée qui se relève au-dessus de l'orifice; elle tient aux lèvres du vase à l'aide de deux branches terminées par un bouton de lotus ; au-dessous du point où elle s'attache à la panse, elle est ornée d'une tête de Silène barbu et couronné de lierre.
L'anse et le pied ont été fondus à part. Le métal de ces morceaux, plus épais que celui de la panse, est naturellement moins pur et contient plus d'alliage. C'est ce qui explique l'oxydation verdàtre des anses sur les deux pendants. Le pied du n. 3 est couvert d'une patine bleuâtre.
Sur les deux vases la composition principale était dorée, à l'exception des parties nues du corps de Minerve et des deux Victoires1.
Album Rothschild (2 pl.); Claudius Jacquet, p. 357; Héron de Villefosse E, p. iGi; Thiébault-Sisson.
Vase à boire (scyphus); forme d'écuelle à deux anses : panthère, bachique montée par l'enfant Bacchus et escortée par les Amours ; âne tourmenté par les Amours. Planche F, n. i et 2.
A. — La première scène nous montre le petit Bacchus à cheval sur une panthère femelle et entouré de trois Amours. L'enfant divin est reconnaissablo à ses formes potelées, au thyrse orné de bandelettes qu'il tient à la main, à la guirlande de lierre qui traverse sa poitrine,
I. Sur la forme de la lagona et sur son usage, voir Thédenat et Hékon de Vielefosse, Le Trésor <!<• Montcornet, n. II. p. 58-62.
à sa chevelure bouclée, surmontée d'une tresse et couronnée de lierre. La panthère s'avance vers la droite, la gueule ouverte, et la patte levée. Un petit Amour, dans une pose pleine de grâce et d'enjouement, posant à peine la pointe du pied sur le dos de l'animal, soutient un parasol au-dessus de la tète du jeune dieu. Deux autres Amours voltigent et gambadent gaiement, l'un devant la panthère qu'il conduit par l'extrémité de la guirlande de lierre dont elle est parée, l'autre derrière la bète dont il a saisi la queue de la main droite. A terre, gisent des emblèmes bachiques, une paire de cymbales et un tambourin, que les deux Amours viennent de laisser tomber. A chaque extrémité de ce petit tableau, une colonne posée sur trois marches encadre la scène; elle est surmontée, à droite, d'un masque de vieux Silène chauve et barbu, à gauche, d'un masque de Ménade.
B. — Un âne, la tète ornée de lierre, le dos couvert d'une housse en cuir retenue par une sangle, occupe le milieu de la seconde scène, de l'autre côté du vase. Il se tient immobile, le cou tendu, les oreilles basses, les pieds de devant réunis, bien décidé à ne pas avancer: un grand masque, une syrinx et une corne à boire pendent le long de la housse; deux Amours sont installés sur son dos dans des positions grotesques. L'un, perché près du cou de l'animal, l'excite avec le talon et le menace de son bâton; l'autre, assis à l'envers sur la croupe, dans une posture un peu abandonnée, joue de la double flûte. Comme sur la scène précédente deux Amours voltigent gaiement, l'un devant l'âne, en tenant de la main droite un objet peu distinct ou incomplet 1 ; l'autre derrière, en tirant l'animal par la queue avec ses deux mains. Sur le sol, sont placés un canthare et un grand cratère renversé. Les colonnes sont surmontées, à droite d'un masque de Satyre imberbe, à gauche d'un masque de Bacchante aux cheveux frisés. An pied de la colonne de droite on aperçoit un thyrse renversé. A cet endroit,
1. Cet objet ressemble à une petite hampe; c'est peut-être le manche d'un fuuet. La bande striée qui, sur la gravure, parait en être lr complément, appartient à l'aile droite de l'Amour.
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Le vase conserve, incrustés sur le métal, des débris de l'étoffe dans laquelle les pièces du trésor avaient été réunies et enveloppées.
Inscr. Sous le pied on lit le nom d'homme Priamus tracé à la pointe (fig. 12), puis les deux premières lettres du nom de femme Ma(œima)1.
Priami.
Ma(ximae >.
Fig. 12.
Ces grafitti sont loin d'être aussi nets que le dessin le ferait supposer. Le mot Priami ne se lit qu'avec peine. Les deux lettres de la seconde ligne, tracées à la hâte et sans soin, sont moins effacées et paraissent avoir été inscrites postérieurement. La partie centrale de la surface du pied est couverte par des débris d'étoffe, mêlés de cendres durcies.
Diam. avec les anses, 0m,21o; diam. de l'orifice, 0m,13; diam. sous le pied, 0m,095. Haut., 0U,,094.
Poids, 718 gr.
Album Rothschild (2 pl.).