ET MÉMOIRES
corps, retenues autour de la taille par une ceinture en étoffe, et encore garnies de poils dans le bas, sur les cuisses1. Ils portent tous un manteau frangé, fixé sur l'épaule droite par une fibule ; leur chevelure est graissée et ondulée; leur barbe en pointe est inculte; ils sont chaussés.
Diam. avec les anses, 0in,20 ; diam. de l'orifice, 0m,12; diam. sous le pied, 0m,09h\ Haut, 0m,10.
Poids, 964^,2.
Aucune trace d'inscription ne se voit sous le fond du vase. Ce fond n'est pas absolument plat ; la partie centrale forme une sorte d'ombilic légèrement bombé. On ne remarque aucune trace de dorure. Le travail du relief est exécuté au repoussé 2.
Ce vase a subi quelques dommages, mais aucune détérioration notable. Sur la première face, le bas de la jambe gauche de Rome manque ; l'enveloppe est fendue près de cette figure; l'enveloppe est également percée derrière la petite Victoire que tient Livie. Sur la seconde face, les pieds du licteur placé derrière l'estrade et le bras droit de l'enfant qui s'avance vers Auguste ont disparu ; ce bras, sans doute très en saillie, a été brisé par un choc. Un trou se voit entre les jambes du second enfant, et un autre derrière le barbare agenouillé. L'épaule droite de l'officier prétorien placé derrière Auguste est fracturée; l'arme que tenait cet officier dans la main droite manque; un petit trou se voit dans l'enveloppe près de la main. Il manque également deux pièces mobiles, faites à part, la lance de la déesse Rome, sur la première face, et le faisceau que portait le dernier licteur de l'escorte impériale sur la seconde face. Les parties saillantes du relief sont usées ; il est bien évident que le vase était fabriqué depuis un temps assez long et avait été souvent manié lorsque l'éruption du Vésuve est survenue.
1. Ces poils, visibles également au bas du costume des enfants, indiquent sans doute que les peaux de bêtes, employées comme vêtements, étaient restées garnies de leurs poils intérieurement.
2. Ce vase a déjà été signalé par Ed. Courbaud, Le bas-relief romain à représentations historiques, p. 112-113.
Vase à boire (scyphus); forme d'écuelle à deux anses.
A. — Cortège consulaire de Tibère.
Planches XXXIV, n. /, XXXV, n. 1 et 2
B. — Sacrifice ofi'ert par Tibère avant de partir en campagne.
Planches XXXIV, n. 2, XXXVI, n. 1 et 2'.
Pendant du n. 103.
En apparence, il n'y a pas de solution de continuité dans le relief qui enveloppe la panse de ce vase. Il n'y a pas entre les deux faces A et B de séparation évidente, comme sur le premier vase où des espaces unis, réservés au-dessous des anses, établissent nettement les limites des compositions. Il faut cependant reconnaître, sur ce second vase, deux scènes parfaitement distinctes. Dans Tune le Capitole est le but à atteindre ; le cortège est en marche et s'avance processionnellement. Dans l'autre la scène se passe au Capitole même ; le cortège est arrêté et le sacrifice s'accomplit. L'artiste ne pouvait pas compliquer et surcharger le relief en introduisant deux fois la même indication topographique ; le temple capitolin n'a donc été représenté qu'une seule fois. Les deux scènes ne sont pas cependant la continuation l'une de l'autre; elles n'ont entre elles d'autre lien que de se rapporter au même personnage. Toutefois, si, par la pensée, on redresse le relief de façon à l'appliquer sur une surface plane, on voit se dérouler une vaste composition dont les quatre hommes placés derrière le char forment Tune des extrémités (à gauche) et dont le temple établit l'autre extrémité (à droite). Il faut un moment de réflexion pour discerner les deux scènes.
1. Voir la note 1 de la p. 134. La planche XXXIV donne une vue d'ensemble de chaque i'ace; les planches XXXV et XXXVI ollïenl chacune deux vues de détail de la môme l'ace.
Le temple capitolin est reconnaissable à l'aigle qui remplit le fronton (pl. XXXVI) 2). L'édifice s'élève au-dessus d'un double soubassement rectangulaire dont les murs sont soigneusement appareillés. Le soubassement inférieur est en grand appareil ; une porte ouverte, entourée de moulures, donne accès à l'intérieur (favissae capitolinae) ; le soubassement supérieur sur lequel repose directement le temple est figuré en retrait ; ses murs sont également appareillés, mais on n'aperçoit aucune ouverture, du moins dans la partie représentée. Le temple apparaît en perspective de façon à montrer à la fois sa façade et l'une de ses faces latérales. La façade est ornée de quatre colonnes cannelées, surmontées de chapiteaux ioniques qui supportent l'architrave ; un fronton triangulaire orné d'un acrotère s'élève au-dessus ; un aigle aux ailes éployées, la tète tournée à gauche, posé sur un globe, occupe le milieu du fronton, aux angles duquel une immense guirlande de lauriers est suspendue. La partie centrale de cette guirlande descend en demi-cercle devant les colonnes ; ses extrémités tombent vers la terre de chaque côté de la façade. Sur la face latérale du temple sont appliqués des pilastres, cannelés jusqu'à mi-hauteur; le mur plein, appareillé, ne commence qu'après le premier pilastre. On a voulu ainsi indiquer l'espace vide du péristyle entre la colonne d'angle de la façade et le premier pilastre. Le toit en bâtière est couvert de larges tuiles plates, divisées par quatre lignes de tuiles rondes, lignes qui aboutissent au bord du toit et se terminent en cet endroit par quatre antéfixes droites dont l'une se trouve cachée sous l'anse du vase.
L'édifice ainsi décrit fournit une indication topographique précieuse pour comprendre et interpréter les deux scènes. Le lieu de l'action étant nettement établi, on peut aborder l'étude du relief en commençant par le côté du vase qui présente un cortège en marche (pl. XXXIV, 1). Le lecteur voudra bien se figurer que la scène se déroule sous ses yeux comme dans la réalité.
A. — En tète, un taureau paré pour le sacrifice s'avance avec
majesté, conduit par des victimaires1. Sur son dos est jetée une pièce d'étoffe étroite [dorsuale), ornée de rinceaux et terminée par des franges; des bandelettes de laine (infulae), qui retombent de chaque côté de la tête, sont disposées autour de son front; un ornement triangulaire, décoré d'un aigle aux ailes éployées, est placé entre ses deux cornes. Le premier victi maire, qui marche à gauche et un peu en avant du taureau, maintient la bête des deux mains par la corne et par le mufle : au mouvement de son corps on devine la difficulté de sa tâche. Le second (popa), la hache sur l'épaule gauche, s'avance en arrière au second plan, à la hauteur de la croupe de l'animal; de la main droite il tient l'extrémité d'une longe en cuir attachée à la tête du taureau. Ces deux victimaires sont imberbes, couronnés de lauriers, et vêtus seulement d'une étoffe, nouée à la ceinture, qui forme comme un jupon court (limus) ; les jambes, les bras et le torse sont nus.
Un char attelé de quatre chevaux de front attire ensuite l'attention. Il est précédé d'un esclave à pied, le front ceint d'une couronne, vêtu d'une draperie courte, serrée à la taille, laissant à nu toute la partie droite de la poitrine; la tête tournée en arrière, cet esclave s'avance à grands pas devant les chevaux qu'il dirige à l'aide d'une longe. Les têtes avec le cou des trois premiers chevaux ont disparu : il ne reste que la tête du dernier cheval à gauche, placé au quatrième plan. Indiquée seulement par un faible relief, cette tête est rendue avec beaucoup de précision : on y reconnaît tous les menus détails du
1. Sur la pl. XXXIV, 1, la tète du taureau a été absolument déformée par la reproduction photographique; elle paraît véritablement monstrueuse, beaucoup plus toile qu'elle n'est sur le monument original : cet effet très désagréable tient à la convexité du vase. On en jugera beaucoup mieux sur la pl. XXXV, 2, où la bête apparaît an centre de l'image et dans une situation moins fuyante. — Un relief en marbre de dimensions peu ordinaires, présentant une scène analogue, dont il ne reste par malheur que la partie supérieure, a été acquis par le Louvre il y a quelques années; il esl exposé dans la nouvelle salle des bas-reliefs romains. Ce fragment provient de la décoration d'un très grand monument; il a fait partie successivement de la coll. Mattei, de la coll. du cardinal Fesch, de la coll. Aguado : Momnn. Mallhaeiana, III. pl. 38 ; Catal. de la eollect. \du cardinal Fesch] vendue le 16 juin 181b', n. 244; Calai, somm. des marbres antiques du Louerr , n. 992.
harnachement. Cinq assistants drapés et couronnés, parmi lesquels se trouvent deux licteurs portant leurs faisceaux, apparaissent au dernier plan, derrière les chevaux. Les faisceaux ne sont pas garnis de la hache.
Le personnage drapé, dehout sur le char, est Tibère 1 ; il porte dans la main gauche un sceptre surmonté d'un aigle (scipio) et tient dans la main droite une branche de laurier. Un esclave public, debout derrière lui dans le char, supporte une couronne au-dessus de sa tête. Les rênes de l'attelage sont posées sur le devant du char. Immédiatement derrière marchent quatre hommes couronnés de lauriers, vêtus de tuniques à manches courtes, serrées à la taille et s'arrêtant au-dessus des genoux. Celui qui est placé au premier plan et le plus près du char porte sur l'épaule gauche une grosse branche de laurier; il tient de la main droite une branche plus petite; au torques qui orne son cou on peut le reconnaître pour un Gaulois. Le compagnon placé aussi au premier plan, qui le prend par le bras et avec lequel il s'entretient en tournant la tête, doit être, comme lui, un esclave public.
Le char mérite une mention spéciale : il est vu de profil, la procession marchant vers la droite. Les panneaux de la caisse sont ornés de reliefs encadrés dans une bordure d'oves; au centre, on remarque un trophée composé d'une cuirasse, d'un casque et d'un bouclier; une décoration symétrique accompagne, de chaque côté, ce motif central. Sur le côté droit, seul visible à cause de la position du char, on distingue une Victoire ailée, portant, dans les deux mains tendues en avant, un glaive avec son fourreau qu'elle se dispose à placer sur le trophée; un aigle à ses pieds indique qu'il s'agit de la Victoire impériale; elle est suivie d'une femme debout2. Du côté gauche, une scène
1. Reconnaissable à la coupe de ses cheveux, à ses yeux et à- l'ensemble de la physionomie, Bep.nollu, Rôm. Ikon., II, 1, p. 144 et suiv.; voir en particulier le beau buste du Louvre, iôid., pl. VII.
2. Le choix de ce motif ornemental suffirait à prouver qu'on a voulu représenter des panneaux en métal. Les Victoires, séparées par un trophée, une statue ou un vase, constituaient un motif cher aux orfèvres et particulièrement employé par eux dans la décoration <lc< cuirasses.
analogue faisait évidemment pendant. La roue est entièrement à jour : les rais sont formés par huit petites massues disposées en étoiles, le gros bout tourné vers le moyeu. Le moyeu se termine par une tête de (ion en relief.
B. — Le lieu où la scène se passe est indiqué, comme on l'a dit plus haut, par le temple de Jupiter Capitolin. Trois victimaires imberbes, couronnés et vêtus comme ceux de la scène précédente, immolent un taureau devant le sanctuaire. La bête est sur le point de recevoir le coup fatal1. Un des victimaires, placé en avant, au premier plan, le genou droit à terre, vient de saisir l'animal par la corne gauche et par le mufle pour lui maintenir la tète abaissée; le second (popa), debout à Y arrière-plan, brandit des deux mains avec une vigueur peu commune la hache du sacrifice; le troisième (cultrarius), agenouillé près de la tête du taureau, le corps légèrement rejeté en arrière, suit le mouvement du sacrificateur avec une certaine anxiété2. Lorsque la hache sera retombée sur la tête de ranimai, il l'achèvera en lui plongeant dans le cou un couteau large et court qu'il tient dans la main droite. Derrière le taureau, un quatrième personnage, également lauré, mais vêtu d'une tunique, s'écarte pour laisser au popa la liberté de ses mouvements.
Après ce premier groupe, en continuant vers la gauche, on remarque un trépied dont les supports sont terminés par des griffes de lion; il soutient un réchaud (fonts) arrondi et garni de charbons
1. Le corps do ce taureau est trait*' d'une manière loutà l'ait remarquable. Le vase, de ce côté, est resté intact, de sorte que le groupe du taureau et des victimaires a conservé sa fraîcheur d'exécution : cette scène mouvementée est rendue avec nue précision et nue justesse très frappantes. C'est sur la pl. XXXVI, n. 2, qu'on peut en examiner le mieux tous les détails.
2. II est placé un peu (m avanl du popa et du môme côté, ce qui explique son mouvement en arrière pour ne pas être atteint par la hache. Cf. Suétone, Calig., xxxu : « Admola altaribus victima, succinctus poparum habitu, elato âlte malleo, cultrarium mactavit. » Rien ne fait mieux comprendre le passage de Suétone que le groupe reproduit sur les pl. XXXIV, 2 et XXXVI, 2. Un groupe semblable, inspiré sans doute par le même modèle original, se voit sur un relief publié dans les Mouton. Matthaeiana, III, 48, I. Le grand sacrilice romain du Louvre, Clarac, Musée (h- sculpt., pl. 218, n. 310, offre un arrangement différent et ne procède pas du même type.
ardents: un ornement en relief qui paraît être une tête de face décore le bord du réchaud au-dessus de chacun des supports. Derrière le trépied se tient debout un joueur de double flûte [tibicen) , le front ceint de lauriers ; à côté de lui, apparaissent deux licteurs vêtus du manteau de guerre (paludati) et portant leurs faisceaux sur l'épaule gauche.
La figure principale de cette scène est malheureusement mutilée : elle occupait, à côté du trépied, une place d'honneur dans la composition; elle en formait comme le point de mire, car les regards des assistants sont tournés de son côté. Aussi était-elle exécutée en haut relief, particularité qui, en l'exposant davantage aux accidents, a causé sa perte. Elle a été brisée et arrachée en grande partie : il en reste assez toutefois pour reconnaître que le personnage représenté porte une cuirasse, et qu'un manteau à franges [paludamentum) , attaché sur l'épaule gauche par-dessus la cuirasse, retombe derrière ses épaules. De la main gauche il s'appuyait sur une longue haste encore visible; la main droite était avancée au-dessus du trépied pour accomplir la cérémonie rituelle. Le caractère militaire de ce personnage principal n'est donc pas douteux1. Le poids de son corps repose sur le pied gauche; la jambe droite, à demi pliée, reste un peu en arrière. Ainsi que les autres assistants, il est chaussé de brodequins en cuir souple, serrés au bas de la jambe et dont la partie haute retombe comme une guêtre sur le cou-de-pied. Derrière ce personnage principal deux hommes drapés, attentifs à la cérémonie, sont placés, l'un (le plus Agé) au second plan, l'autre (le plus jeune) au premier plan. Un licteur ferme la marche ; vêtu du manteau de guerre, il tourne la tête en arrière et porte sur l'épaule gauche les faisceaux garnis de la hache2. Les licteurs et les deux personnages placés derrière la figure principale ne sont pas laurés comme les victimaires et le joueur de flûte. Mêmes dimensions que le vase précédent (n. 103).
1. On en sera facilement convaincu en examinant la pl. XXXVI, 1 .