Tacite, Ann., II
3. Les guerres de Germanie oui occupé la plus grande partie du règne d'Auguste. Cf. Th. Mommsen, fies gestse, 2° édit., p. 102. Mais on sait avec quelle habileté Auguste évite, dans l'inscription d'Ancyre, de parler de la Germanie.
MONUMENTS ET MÉMOIRES
jeter aux pieds du prince victorieux; l'empereur les accueille avec bonté et se dispose probablement à leur accorder une indépendance relative, sous certaines conditions1. Ce tableau a donc pour but de faire éclater la bienveillance d'Auguste envers les barbares, et de mettre sous les yeux de tous un témoignage frappant du résultat pacifique obtenu par les armes romaines.
Pas plus qu'en face de ce grand bas-relief du Palais des Conservateurs, où Marc-Aurèle est représenté accueillant aussi des barbares qui s'agenouillent devant lui, on ne peut songer à un épisode connu et déterminé2. Les scènes de soumission furent si fréquentes au cours des guerres de l'empire que la représentation en devint pour ainsi dire banale et qu'on ne s'écarta jamais beaucoup d'un modèle adopté. Peutêtre avons-nous ici le prototype de ce modèle ou au moins un des plus anciens exemples? Les sculptures de la colonne Traj an e :i, celles de la colonne Antonine 4 nous montrent plus tard un grand nombre de scènes analogues. Le même motif légèrement modifié apparaît encore au vie siècle dans les compositions destinées à célébrer la majesté impériale ', et lorsque les sculpteurs de l'époque chrétienne veulent proclamer la puissance et la divinité du Christ, c'est toujours ce même modèle qui les inspire et qui donne naissance à la scène si fréquente et si connue de l'Adoration des Mages G.
Sur le second de ces vases, ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut en décrivant les anses, les scènes se déroulent autour de la panse d'une manière continue, sans séparation évidente, sans qu'une place
1. La légende REGNA A DSIGN AT A que porte une monnaie de Trajan, représentant une scène analogue, est assez significative, Cohen, Monn. imp., 2° éd., Trajan, n. 324.
2. F. Bkuckmann, Denkmàler griechischer und rômischer Sculpttir, n. 268; Helbig- Toi i ain. Guide dans les Musées de Rome, I, n. 544.
3. Frohner-Arosa, La Colonne Trajane, pl. 101-tOi-, 152, 159, 164.
4. Petersen-Domaszewski-Lalderini, Die Mai'ciis-Saiïle, pl. 39, 56.
.">. Notamment sur le célèbre ivoire Barberini, aujourd'hui conservé au Louvre, G. Schlumberger , L'ivoire Barberini, dans 1rs Mon. ei Mém. Piot, VIL 1900, p. 84, et pl. X. G. Garrucci, Storia dell'arte crisfiana. VI, pl. 433, 9.
spéciale ait été réservée pour les anses, ce qui compliquait la tâche de l'orfèvre.
Il y a néanmoins dans ces reliefs, comme dans ceux du premier vase, deux scènes parfaitement distinctes, mais qui ont entre elles un lien certain : dans l'une, le Capitole est le but à atteindre, c'est vers ce point que se dirige le cortège; dans l'autre, la scène se passe au Capitole même. Dans la scène A, le personnage principal est en costume civil; les licteurs n'ont pas le manteau de guerre et ne portent pas la hache. Dans la scène B, le personnage principal est en costume de guerre; les licteurs portent le paludamentum et la hache. On retrouve donc dans la décoration de ce second vase la même pensée qui a présidé à l'invention des scènes consacrées à la gloire d'Auguste sur le premier vase. D'un côté Tibère est représenté comme magistrat civil, domi; de l'autre, car il ne me semble pas douteux que le personnage en costume militaire ne soit aussi Tibère, il apparaît comme général et commandant d'armée, militiae. Mais ici les représentations se rapportent à des faits déterminés de l'existence du prince.
La scène A doit être expliquée la première. La pensée qui vient naturellement à l'esprit en regardant ce cortège et cette pompe, c'est qu'il s'agit d'un triomphe. Pourtant, dans un triomphe, il y a des captifs et des trophées; devant ou derrière le char du vainqueur on fait défiler les chefs des peuples vaincus; on montre avec ostentation les dépouilles conquises1; les licteurs qui accompagnent le triomphateur sont en costume de guerre; ils gardent les haches dans la ville même pendant la cérémonie; les soldats qui ont pris part à L'expédition sont représentés dans le cortège.
Rien de semblable ne se remarque ici. On ne peut donc recon-
1. Comme sur les célèbres reliefs de l'arc de Titus où Ton voit des soldats, des trophées et du butin de guerre, Philippi, Veber dierômischen Triump haïr e lie fe undihréStellung in der Kunstgesch., dans Abhandl. der philos. -histor. Classe (1er kônigl. sàcksischen Gesellschaft dcr Wissenschaften, VI, 1872, p. 246, avec 3 planches dont deux se rapportent à l'arc de Titus ; cl'. Edm. Courbaud, op. ri/., p. 122 à 127. Voir aussi la description d'une pompe triomphale sur l'arc de Trajan, à Bénévcnt, Pettrse.n, Rom. Mittheil., Vil, p. 243-244.
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naître dans cette scène qu'un processus consularis, c'est-à-dire la marche d'un consul se rendant en grande pompe au Capitole le jour de son entrée en fonctions : c'est là qu'il doit offrir le sacrifice à Jupiter et prononcer des vœux pour le salut de la République. Cette marche était organisée sur le modèle de la pompe triomphale : le consul portait le même costume que le triomphateur1 ; il avait les mêmes insignes, la couronne et le sceptre d'ivoire ; les faisceaux de ses licteurs étaient ornés de lauriers2; il s'avançait aussi sur un char traîné par quatre chevaux3. Tous ces détails se retrouvent sur notre relief qui nous offre le plus ancien exemple de la représentation figurée d'un cortège consulaire et le seul où ce cortège se déroule devant nous d'une manière véritablement instructive.
La seconde scène (scène B), dans laquelle Tibère apparaît en costume de guerre, met sous nos yeux les détails d'une cérémonie qui, dans certaines circonstances, était la suite de la précédente, la prise des auspices au Capitole par un général quittant la ville pour se rendre à l'armée. En l'an 13, l'année où Tibère reçut pour la première fois l'honneur du consulat, aucun texte ne nous autorise à croire qu'il ait été chargé d'un commandement militaire. Mais l'année suivante, en l'an 12, il fut envoyé contre les Pannoniens J. Les circonstances politiques dans lesquelles on lui confia ce commandement en chef, presque au lendemain de la mort d'Agrippa qui déjà, l'année précédente, avait réprimé une révolte dans le même pays, donnèrent à cet événement
1. 'i Iste habitus, ul in pace consulis est, sic in victoria triumplianlis », Ausomï, Act. grat., XI, édit. Schenkl.