Carmen sxculare
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est le gage le plus sûr de la paix du monde. Ainsi les bienfaits que le prince a répandus sur l'univers ont leur source dans les pouvoirs qui lui ont été conférés par le peuple romain, pouvoirs dont le double caractère, civil et militaire, est clairement indiqué dans les deux reliefs. Toutes les conceptions que l'on peut se faire de la puissance publique à Rome dépendent de ces deux pouvoirs concentrés dans les mains de celui que les inscriptions contemporaines appellent « custos imperii romani totiusque orbis terrarum praeses 1 » .
On me trouvera peut-être audacieux si j'ajoute que le monument auquel ces scènes ont été empruntées pourrait être Y Ara Pacis Augustae-. Il est impossible, à mon avis, de ne pas être frappé par l'idée mère de ces compositions, interprétant l'une et l'autre d'une façon si juste, si précise, la pensée dont s'inspira le Sénat romain pour fêter le retour tant désiré d'Auguste, pensée de joie, pensée de reconnaissance envers l'Empereur, qu'il s'agissait d'exprimer d'une manière éclatante. Il est difficile de croire que, sur le monument élevé en son honneur, Auguste ait été représenté sans escorte, mêlé à la foule, dans le cortège même de la procession qui ornait l'enceinte de l'autel, au milieu de tous ceux qui se rendaient au sacrifice institué pour perpétuer le souvenir de ses succès 5. Le sculpteur devait de plus grands égards au dieu nouveau dont le culte venait d'être établi, au bienfai-
1. Corp. ùiscr. lat., XI, n. 1421, I. 8-9; cf. Hobacè, Carm., I, 11, ï9.
2. Agrippa, qui ligure dans la première scène, est mort en 712; Drusus,<|ui figure dans la seconde, est mort en 7 iG (= 9 ans avant J.-C), l'année même où eut lieu la dédicace de l'Ara Pacis. Le Sénat avait décidé l'érection du monument le i juillet 742 (= 13 ans avant J.-C); les plans furent sans doute établis dans le cours de la même année, au moment où Drusus venait d'être chargé par Auguste du commandement en chef contre les Germains. L'Autel de la Paix ne fut dédié que le .'10 janvier de l'an 9; pendant ces trois années le plan primitif a pu subir des modifications inspirées par les événe ments, surtout au point de vue de la décoration. Sur Y Ara Pacis, voir la note 2 de la p. 70, à laquelle il faut ajouter: Monumenti, XI, pl. XXXIV-XXXVI; Annali, 1881, p. 302-3 42 ; Schreiber, Jahrbuch des d. Instituts, 1890, p. 89-90; Ed. Courbaud, op. ri/., p. 77-95.
Comme le pense Petersen, le plus récenl interprète des reliefs de l'Autel de la Paix, et en même temps le plus autorisé. Cf. L'Ara Paris- Augustae, dan-; Rôm. Mittheil., IX, 1894, p. 199. Je ne puis partager ce sentiment.
MONUMENTS ET MÉMOIRES
teur de l'univers, au vainqueur des barbares auquel l'Empire tout entier se préparait à dresser des temples. Vraisemblablement l'image d' Auguste occupait une meilleure place. C'est vers elle sans doute, ou autour d'elle, que se déroulait l'imposant cortège de magistrats, de prêtres, de femmes et d'enfants accourus pour célébrer sa gloire et chanter ses louanges. Cette image devait se détacher sur les parois mêmes de l'autel et dans l'endroit le plus apparent.
Malheureusement rien ne nous a été conservé de cet autel. Nous en ignorons la forme, les dimensions et les détails ; nous ne possédons aucune donnée sur sa décoration et, par conséquent sur les sculptures les plus importantes du monument si, comme on peut le croire, l'autel en était décoré. En réalité, les reliefs de l'Ara Pacis parvenus jusqu'à nous appartiennent tous à l'enceinte qui entourait l'autel. Entre ces reliefs et ceux de nos vases d'argent, il y a un tel air de famille, une affinité si frappante, les compositions se complètent si bien l'une par l'autre, qu'on ne peut éprouver aucune hésitation à les rapprocher. Le style et la facture du relief, la disposition des personnages, la préoccupation évidente du sculpteur de rompre la monotonie en les mettant en mouvement, tantôt à droite, tantôt à gauche, l'arrangement et les attitudes des figures du second plan, les gestes familiers ou naïfs des enfants1, tous les détails qui caractérisent les fragments historiés, découverts sur l'emplacement du Champ de Mars, occupé actuellement par le palais Fiano, se retrouvent sur les vases de Boscoreale.
On est bien naturellement entraîné à grandir par la pensée les figures du premier vase. Et ces deux scènes composées F une et l'autre pour faire valoir la personnalité d'Auguste, on les remet en place aux points les plus en vue de l'Autel de la Paix, sans doute sur les deux faces principales et opposées. Le sculpteur qui les a composées, fidèle interprète du sentiment populaire, a légué ainsi à la postérité un monu-
1 . Le mouvement du premier enfant barbare, pl. XXXI, 2, est analogue au mouvement d'un enfant romain sur un des fragments de l'Ara Pacis, Monumènti, XI, tav. XXXIV- XXXV, 2.
nient historique aussi éloquent dans sa beauté muette que les chants des poètes contemporains :
Praesenti tibi inaturos largimur honores Jurandasque tuum per noraen ponimus aras, Nil oriturum alias, nil ortuin taie latentes
C'est bien là, semble-t-il, la forme que l'art devait rencontrer pour célébrer la gloire d'Auguste au moment de son retour à Rome. Si on hésite à admettre que les deux scènes où il apparaît dans tout l'éclat de sa puissance reproduisent en réduction le motif principal de la décoration de l'Ara Pacis, personne ne refusera de croire que l'artiste a puisé son inspiration à cette source. L'Autel de la Paix fut le plus somptueux des monuments consacrés à la gloire d'Auguste, ce fut aussi un des premiers que Rome éleva à un empereur, double motif pour frapper l'esprit des contemporains, pour enfanter des inspirations, pour servir de modèle, pour exercer sur l'art industriel, dans toutes ses manifestations, une influence prépondérante.
Les reliefs du second vase rappellent des événements dont l'un venait de se produire au moment même où l'érection de l'Autel de la Paix a été décidée et dont l'autre eut lieu pendant les premiers travaux de construction du monument, peut-être môme à une date où les plans de ces travaux n'étaient pas encore arrêtés d'une manière définitive. Il n'y a donc pas de difficulté à attribuer aux compositions des deux vases une origine commune. D'ailleurs ils forment paire; il y a nécessairement parenté et contemporanéité entre les scènes qui les décorent. Il est au moins certain que les reliefs du second vase, comme je l'ai déjà dit, n'ont pas été inventés dans l'atelier d'un orfèvre; comme ceux du vase d'Auguste, ils ont été empruntés à un édifice public, sinon au même2. Et cette particularité leur donne aussi, au point de vue historique, une importance capitale.