MÉMOIRES
vénient être envisagés comme quatre sujets distincts qui, ainsi divisés, auraient pu servir à l'illustration de deux vases.
Tibère se trouve naturellement désigné à l'attention par la position qu'il occupe sur le char; il était inutile de le mettre en vedette d'une autre manière. Deux figures très en relief encadrent le char et son attelage, celle qui saisit le bras de l'homme au torques et celle qui est placée devant les chevaux. Les têtes des chevaux étaient aussi entièrement détachées du fond. Derrière ces chevaux on distingue les figures secondaires des assistants, pour la plupart sommairement indiquées par les mêmes procédés que certaines têtes des provinces sur le premier vase. Le taureau paré de bandelettes, qui s'avance majestueusement en avant, est rendu avec bonheur et précision; sa tête, tout à fait détachée du vase, est tournée vers l'extérieur; il regarde d'un air indifférent la foule massée sur le passage de la procession. Aucun de ces groupes n'est comparable à celui du taureau immolé dont la facture est admirable. Il s'agissait de rendre des mouvements violents et rapides, ceux de la robuste victime et ceux des victimaires ; il fallait surtout les saisir au même instant de façon à les compléter les uns par les autres. Le tableau est merveilleux de vérité : le taureau est exécuté d'une façon superbe; sur le visage des hommes qui le tiennent ou l'entourent sont exprimés les sentiments d'attention anxieuse qui les agitent; celui qui lève la hache le fait avec une énergie calme et sûre d'elle-même; la rapidité de l'action est évidente. Ce motif mouvementé sera reproduit plus tard sur les monuments publics, mais jamais avec un sentiment plus complet de la réalité. Le groupe où Tibère apparaissait en costume militaire a des apparences plus solennelles et par conséquent plus calmes; l'intérêt qui s'attachait à l'acte religieux représenté reposait tout entier sur la ligure militaire placée en vedette, vers laquelle les assistants sont tournés et qui, par malheur, a été presque entièrement détruite.
Quatre bas-reliefs en marbre, de date postérieure, provenant d'un monument élevé en l'honneur de Marc-Aurèle, offrent une série de scènes analogues, au point de vue des sujets choisis, à celles qui
décorent les vases du baron Edmond de Rothschild1. Mais, si le choix des sujets est le même, la manière dont ils sont traites présente de très notables différences. En fait, certains actes devaient se répéter dans la vie publique des empereurs romains; il n'est pas étonnant de les trouver répétés aussi sur les monuments. On dit que l'un de ces reliefs n'est pas du même temps que les autres et n'a jamais fait partie de la même suites Le hasard, en les rapprochant, nous fournit néanmoins quatre répliques avec variantes des scènes qui viennent d'être décrites. Ces bas-reliefs représentent en effet :
1° L'empereur entouré de la déesse Rome et d'autres divinités ;
2° Marc-Aurèle accueillant des barbares vaincus, qui lui demandent grâce ;
3° Le cortège triomphal de l'empereur ;
4° Un sacrifice accompli devant le temple de Jupiter Capitolin.
Au lieu d'Auguste et de Tibère, c'est Marc-Aurèle qui tient le rôle principal. A près de deux siècles de distance, on peut constater que le choix de ces quatre sujets a été fidèlement conservé dans la sculpture officielle. Il serait intéressant de rechercher des exemples intermédiaires de cette tradition. Le rapprochement fournit au moins la preuve certaine que l'orfèvre a reproduit des scènes empruntées à la sculpture monumentale 3 .
On a donc trouvé à Boscoreale, et M. le baron Edmond de Rothschild a l'heureuse fortune de posséder, deux vases de premier ordre. Tous deux occuperont désormais, dans la série des monuments romains à représentations historiques, une place aussi importante que la célèbre cuirasse de la statue de Prima Porta, ou que les grands camées de Paris ou de Vienne. Je me suis attaché à les décrire aussi soigneusc-
1. IIelbig-Toltain, Guide dans 1rs Musées d'archéologie classique à Rome, l.n. 544-