‹ Le trésor de BoscorealeChapitre 71 sur 149 · Voir plus haut, p. 44 à 47 ; pl. II; fig · texte numérisé non relu

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de la maison. On ne saurait hésiter à reconnaître dans ces deux phiales formant pendants les images d'un mari et de sa femme1. Ce sont les anciens propriétaires de la villa ou leurs parents; la question ne peut être résolue.

Les portraits de famille, imagines major um, se rattachent aux plus vieilles habitudes de la vie romaine. On exposait avec orgueil dans la partie la plus visitée de l'habitation les images des aïeux qui avaient illustré la race ou qui avaient apporté dans la famille la considération et la richesse. D'abord en cire, ces images furent par la suite exécutées en toutes sortes de matières ; les gens aisés tenaient à les posséder dans une matière durable afin de perpétuer les souvenirs qui s'y rattachaient. Le masque pris sur le visage du mort avant la cérémonie des funérailles servait à l'orfèvre pour l'exécution de l'image en métal à laquelle, dans certaines circonstances, on prodiguait des témoignages de respect.

Il ne manquait pas cependant de personnages qui faisaient faire leur buste de leur vivant. Dans le banquet de Trimalcion, les esclaves, après avoir déposé sur la table les statuettes des Lares, apportent le buste de Trimalcion lui-même : il passe de main en main ; chacun des convives s'empresse de le baiser à la ronde. On peut se représenter ce buste, comme celui de Boscoreale, en argent, d'un caractère portatif et fixé sans doute au fond d'une patère2. Dasumius, dans son testament, lègue à sa tante maternelle toutes les images en argent qu'il possède; ces images devaient être, sans aucun doute, des portraits de famille3.

La mode des portraits de famille en argent fit fureur au commencement de l'Empire; Pline prétend qu'elle supplanta presque complètement celle des portraits peints '. Il est évident que l'usage de ces fan-

1. Cf. plus haut, p. 22 et p. 24, note 1 ; p. 46 à 47,fig. 8 et 9; A. Sogi.iaiso, Notizie degli scavi, 1895, p. 243; Pasqui, Monumenti antichi dei Lincei, VII, fig. 12; Saglio, Dict. dès antiq. gr. et rom., v. imago, fig. 3970.

2. Pétrone, Salyricon, LX. « Nos etiam veram imaginem ipsius Trimalchionis, cum jam omnes basiarent, erubuimus praeterire. »

3. Corp. inscr. lat., VI, n. 10229,1.74... » et imagines argentens mens omnes. >■ Cf. Juvénal, Satir., VI, 355.

4 Pune. //. .V.. XXXV. 2 à i.

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MONUMENTS ET MÉMOIRES

taisies assez coûteuses devait être réservé aux personnes de qualité et aux gens riches. Juvénal fait allusion à ces portraits de famille en argent lorsqu'il indique la manière dont s'y prenaient les prodigues de son temps pour se procurer les fonds qui leur manquaient. « Rien de plus simple, dit-il, on engage sa vaisselle, on brise l'image d'une mère1. » Ces derniers mots doivent être rapprochés d'un texte du Digeste cité plus haut, (( si imaginem legatam hères derasit et tabulam solvit. »

Il était également de bon ton d'avoir chez soi les images de l'empereur et celles des princes de la famille impériale. Dans les maisons riches ces images étaient souvent en argent; on les entourait de marques d'honneur et de piété. En 1874, on a découvert à Herculanum un buste en argent de Galba cuirassé a, dont la dimension considérable paraît s'opposer à ce qu'il ait pu être jamais appliqué sur une phiale semblable à celle de Boscoreale. Les grands personnages offraient ces images en présent à leurs amis. Ovide remercie Cotta de lui avoir envoyé les portraits en argent d'Auguste, de Tibère et de Livie3.

Les bustes émergeant d'une coupe sont un souvenir ou un développement des imagines clipeatae dont l'usage était très ancien '. Un bouclier d'argent orné du portrait d'Auguste était placé à Rome dans la curie '. Les petites villes imitèrent l'exemple de la métropole : une inscription de Gabies nous apprend qu'il y avait dans la curie de ce municipe six boucliers dorés avec les images d'autant de princes ou princesses de la famille d'Auguste0. Au lieu de placer le portrait dans la partie convexe, on eut l'idée de le mettre de l'autre coté du bouclier dans la partie concave, et on le réduisit à des proportions moins imposantes. Ainsi fut inventé le médaillon de famille en métal précieux.

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