‹ Le trésor de BoscorealeChapitre 92 sur 149 · Satyricon, XXII · texte numérisé non relu

Satyricon, XXII

argenterie et soutenues par des figures de Satyres ou de Ménades, apparaissent parmi les reliefs des magnifiques vases aux Centaures du trésor du Villeret1.

Il est fort probable que Sabeinos s'appelait tout simplement Sabinus. Il a grécisé son nom, parce que la mode était au grec, et qu'il pensait ainsi vendre ses œuvres plus facilement. Il était le contemporain de ce Famulus, cité plus haut, contemporain lui-même de Pline.

Ces deux écuelles sont absolument neuves. Elles venaient sans doute d'être achetées au moment de la catastrophe; la dorure intérieure et celle qui court extérieurement, en une large bande, autour des lèvres, sont restées presque aussi vives que le jour où les pièces sont sorties de la boutique de l'orfèvre. On jurerait que ces vases n'ont jamais été maniés par des mains profanes, tant la fraîcheur des reliefs est encore frappante. Avec la phiale de l'Afrique (n. 1) ce sont les pièces d'art les plus intactes du trésor.

Les deux écuelles ornées de branches d'olivier (n. 17 et 18) 2 doivent être aussi comptées parmi les pièces très bien conservées du trésor de Boscoreale. Et cependant ces vases avaient un certain âge au moment de la catastrophe car ils étaient déjà passés par les mains de trois amateurs différents, comme en font foi les inscriptions tracées sous le pied du n. 17.

Rien n'est plus simple, rien n'est en même temps plus charmant que cette décoration jetée, sans aucune recherche, autour de la panse: elle y produit un effet délicieux parce qu'on y reconnait une scrupuleuse imitation de la nature; on n'y sent aucun effort, aucune prétention. Les deux branches d'olivier sont nouées par leurs extrémités

I. Chabouillet, Catalogue, n. 2807-2808; Babelon, Le cabinet des antiques, pl. XIV et LI. Sur les deux laces de la célèbre coupe des Ptolémées, on remarque des tables analogues, Babelon, Calai, des camées de la Bibl. nation., n. 368, pl. XLIII. Cf. la table en bronze, trouvée à Boscoreale, plus haut, p. 25, fig. 3; sur les fresques de Pompéi ces tables élégantes, chargées de vases d'argent, apparaissent souvent; voir notamment à Naples les n. 9015, 9016, 902i.

•2. Voir plus haut, p. 83 à 86; pl. XVII; lig. 16 et 17.

MONUMENTS ET MÉMOIRES

inférieures, sans même le secours d'un ruban l. Le modèle a été emprunté à l'arbre d'un verger voisin; deux rameaux choisis avec discernement ont suffi pour créer un petit chef-d'œuvre d'élégance. Les moindres détails des feuilles, même ceux des feuilles arrachées ou coupées, sont rendus avec une perfection infinie, en particulier sur le n. 17 très supérieur à son pendant. Sous les doigts d'un ciseleur de talent, le feuillage terne et triste de l'olivier s'est animé comme par enchantement; les fruits qui se détachent en fort relief et brillent au premier plan réchauffent les feuilles auxquelles la richesse de la matière prête un éclat inaccoutumé. Les deux branchettes sont posées très naturellement; l'air y circule aisément comme sous les feuilles de lierre des vases trouvés en 183b2, qui ont avec les nôtres une parenté frappante. La dimension est admirablement calculée, la forme est parfaite; ce sont, dans leur genre, de petites merveilles de simplicité et de bon goût.

Les vases à boire en forme de scyphus sont munis d'anses assez basses dont la description a été donnée plus haut avec détail3. Toutes ces anses, en y ajoutant celles des aiguières ", indiquent une tendance marquée à imiter la nature. Elles ont en effet l'apparence de petites baguettes en bois flexible, plus ou moins fortes, plus ou moins courbées, plus ou moins longues, avec ou sans feuilles naissantes, que nous retrouverons encore employées pour les canthares à anses basses (n. 9 et 10, n. 19 et 20). L'ajustement de ces tendres baguettes produit une combinaison simple et commode, gracieuse et légère en même temps. Sabeinos a voulu se distinguer de ses confrères : il a

1. Comme sur le vase d'Alise où les branchettes de feuillage sont soutenues par un ruban élégamment disposé; la même combinaison se remarque sur un charmant vase de Hildesheim, Holzer, taf. X, 1; Winter, Hild. Silb., fig. 11. Quelquefois les branchettes sont réunies simplement par un lien mince et serré, à peine visible, qui ne joue aucun rôle décoratif, comme sur les vases aux feuilles de platane.

2. H. Dragendorff, Bonn. Iahrb., 183 (1898), taf. IV. Voir plus haut, p. 56 et 72.

\ . Voir plus haut, p. .'J2.

Fie. 52.

(Partie horizontale de l'anse.

adapté à ses écuelles des anses plus massives et d'une inspiration différente1 auxquelles manque le fragile support en forme de feuille recourbée sortant de la panse au-dessous de l'anneau. Les potiers de la Gaule ont fabriqué des coupes avec des anses du même genre2. Les planches XV et XVI en font voir le profil; les figures 52 et 53 reproduisent le détail de la décoration. Elles sont de la même famille que l'anse des pots à crème (n. 24); elles ont aussi, comme elle, une belle apparence de force et de solidité, tempérée par des ornements variés; on y retrouve les globules et les fleurettes dont sont ornés plusieurs des ustensiles, notamment les petites coupes, les manches de patères et les oreilles du plat3.

On compte quatre paires de canthares dans le trésor de Boscoreale. Les deux paires munies d'anses basses sont décorées de feuillages ou de rinceaux d'un relief très doux, faisant à peine saillie sur la panse.

Le Musée de Napies possède deux vases dits aux feuilles de platane 4 auxquels les canthares de notre trésor, portant la même dénomination (n. 19 et 20) ', font immédiatement penser. Quatre branchettes, rete-

1. Voir plus haut, p. 82. Les anses des vases deSabeinos sont analogues, comme profil, à celles d'une coupe en terre trouvée à Carthage en 1898 dans une nécropole du me siècle avant l'ère chrétienne, Relattre, Nécropole 'punique voisine de Sainte-Monique; fouilles de janvier 1898. p. 19, fig. 37 (extr. du Cosmos).

2. J. Récheeette, L'officine de Saint Remy [Allier), dans la Rev. archéol., 1901, i, p. 366, fig. 5.

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