‹ Le tresor de Chartres: 1310-1793Chapitre 34 sur 70 · ERAT. IN. PRINCIPIO. APUD. DEVM. OMNIA. PER · texte numérisé non relu

ERAT. IN. PRINCIPIO. APUD. DEVM. OMNIA. PER

IPSUM. FACTA. SVNT. ET. SINE IPSO. FACTVM. EST. NIHIL. QVOD. FACTVM. EST. IN. IPSO. Au moyen âge, nous dit M. Chabouillet, on avait pris le Jupiter pour un saint Jean 2, à cause de TAigle; c'est pour cela qu'on avait inscrit le commencement de son Évangile au revers de la monture de notre camée.

Jusqu'ici, suivant en cela l'opinion des plus éminents, de MM. Labarte^, Paul Lacroix*, Chabouillet*, pour ne citer que quelques maîtres, nous pensions avoir devant les yeux une monture du quatorzième siècle. Son authenticité ne faisait aucun doute. Les inventaires successifs que nous avons réunis sont venus malheureusement nous ôter toute illusion.

A peine avons-nous lu la description du chanoine Estienne que nous voyons la différence qui sépare la monture du camée pendu

' Estimée six mil livres, quoique par les estats de joyaux envoyez à Paris pour les nécessitez du Royaume, elle ne fut estimée que 3oo livres, il y avait 5 rubis balais et 12 perles. (7.)

* Pourtant dans l'inventaire de 1540, il est déjà catalogué comme le Dieu tenant la foudre. Pièces justificatives, p. iio.

' Histoire des arts industriels au moyen dge et à l'époque de la Renaissance, t. II, p. 3o.

* Leà Arts au moyen dge et à Vépoque de la Renaissance, Paris, Didot, 1873, in-40, p. 144.

* Catalogue général et raisonné des camées et pierres gravées de la Bibliothèque impériale, Paris, J. Claye, i858, in-S*», p. i.

à la châsse de celle du camée du Cabinet des médailles. Lorsqu^il dresse son inventaire, le cadre est d'or, enrichi de grosses perles et de pierreries; lorsque nous l'examinons au Cabinet des médailles, le cadre est émaillé et chargé d'inscriptions ; les pierres précieuses ont disparu, des fleurs de lys et des dauphins les remplacent; il est donc évident qu'entre cet inventaire de 1682 et le catalogue de 18 58, il a subi quelque importante transformation.

Si nous n'avions que l'inventaire de 1682, nous devrions hésiter; malgré le soin méticuleux apporté par le chanoine Estienne dans son catalogue aux moindres détails, nous pourrions ne pas nous attacher à la lettre même de la description du cadre. N'oublions pas cependant qu'en parlant d'autres pièces moins importantes, il décrit minutieusement les. montures : telle la Diane chasseresse qui est dans un quadre d'or ciselé et accompagné d'une moulure en plate bande d'émail blanc ^. Mais les vieux inventaires vont chacun pour un peu nous compléter la description de ce qu'était ce camée, lorsque Charles V vint l'attacher à la châsse le 3o juin 1367^.

En i5i7, le 28 mai, en i532, le 2 octobre, et le 4 février 1540 ', la présence de ce camée est constatée officiellement dans le trésor de la cathédrale*. Nous y lisons que sur le cadre sont gravés : « Jésus, Maria, Adam, Eva. » Rouillard, du reste, en 1609, ne fait que répéter ce qu'en dit notre inventaire *.

En 1 577, les nécessités du royaume ont forcé le Roi à demander aux trésors des églises une contribution de guerre; celle de i562 (28, 29, 3o novembre) n'avait pas suffi, et le 20 janvier 1 578, les commissaires de Henri III venaient demander au chapitre de Chartres les bijoux que ceux de Charles IX n'avaient pas emportés®, ou que le chapitre avait rachetés depuis.

Nous y voyons notre camée ainsi décrit : t Le camahié de 5* Jehan, garny de six rubis baillés et oii il y en a deux séparés et de dou^e perles estimé viii**'. »

Avec ces deux inventaires, nous pouvons donc recomposer la monture de notre bijou. Un cercle d'or gravé des mots : « Iesus,

* V. p. XXXI.

8 Ces dates sont indiquées par le chanoine Brillon, ms. 1016, Bibl.de Chartres, comme celles des inventaires parmi lesquels se trouve celui que nous donnons aux Pièces justificatives, avec la date de 1540.

* Voir Pièces justificatives, p. 11 o.

^ Parthénie, t. I, p. 198.

Pièces justificatives, Inventaires de i562 et 1578, p. 116, 117.

LE GRAND CAMËE DE CHARLES V Enlcvf i la chasK de Chartres, l« 17 septembre 1793.

Maria, Adam, Eva », et garni de dix-huit pierres précieuses. Si maintenant nous comptons les fleurs de lys, les dauphins, et les trois fleurs de lys qui terminent la couronne de France, nous avons les dix-huit places occupées par les pierres précieuses. Il est d'ailleurs bien facile de voir, sur la monture du camée lui-même, remplacement qu'elles occupaient.

Les pierres ont-elles disparu au moment de cet inventaire? Pendant deux ans, le camée resta avec les autres joyaux de Chartres, à Paris; peut-être Henri lïl les a-t-il mis en gage, comme tant d'autres pièces qu'il donna en nantissement aux Juifs de Metz? En tout cas, ils reviennent au bout de deux années à la sainte châsse, où ils sont attachés de nouveau; nous en avons le reçu à la fin de l'inventaire *. Un siècle plus tard, dans un petit inventaire de 1680, notre bijou est décrit de même, sauf un rubis; nous le voyons ici : en 1 710, il n'est point question de pierreries. De là à penser que les édits de Louis XIV de 1689, de 1700, de 17 10 2, n'étaient pas étrangers à cette disparition, il n'y avait qu'un pas; mais le dernier inventaire, celui du chanoine Brillon et de M. de la Tunais^, nous prouve qu'il était garni de ses pierreries quand les érudits chanoines le cataloguent sur la sainte châsse, en 1727.

Jusqu'en 1793, il ne quitte pas le trésor; à ce moment, il entre au Cabinet des médailles*; nous voyons que la première pièce dont s'empare Sergent, c'est ce merveilleux camée, qu'il connaissait depuis longtemps, et qui était peut-être à lui tout seul le motif de son voyage à Chartres. Mais on ne peut faire disparaître tout entière une pièce aussi importante : le surnom de Sergent Agate, que ses concitoyens, pourtant peu scrupuleux, lui avaient donné, témoignait cependant fort de son goût pour les pierres antiques, qu'il allait même chercher, dit-on, jusque sur les malheureuses victimes de l'Abbaye.

Quoique M. Noël Parfait^ tente de réhabiliter sa mémoire, il n'y parviendra pas. A côté du conventionnel, il y a l'homme privé,

* Pièces justificatives, p. 118.

* Edits ordonnant de porter à la Monnaie tous les objets d'or et d'argent.

^ Voir Pièces justificatives, n" 326, p. 119.

* Pièces justificatives : Procès-verbal d'enlèvement d'objets précieux destinés pou*' le Musée des médailles, par Sergent et Lemonnier, p. 121.

^Notice biographique sur A. F. Sergent, graveur en taille-douce, Chartres, 1848, in-8», et Bulletin des Beaux-Arts, août, septembre, novembre, décembre 1884, janvier et février i885. .

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triste personnage que le piédestal qu'on a tenté de lui élever ne pourra jamais faire sortir de la boue où il est tombé. 11 vient donc à Chartres le 17 septembre 1793 *; il détache les pierres gravées de la châsse, il les inventorie, mais combien disparaissent pendant cette spoliation?

Dans rinventaire de Brillon de 1726, nous comptons vingt superbes pierres gravées; dans celui de Sergent, nous en trouvons bien vingt et encore, mais il y en a six considérées comme indignes de figurer au Cabinet des médailles 2. A peine même sont-elles parties pour Paris que les pierreries qui les entourent disparaissent.

Que deviennent les montures du Sacrifice à Priape^ , de la grosse agate taillée en tête de femme*, enfin les dix-huit pierres précieuses qui ornaient le cadre de Vagathe de Jupiter?

Nous ne pouvions comprendre comment elles avaient été remplacées par des fleurs de lys. Le Catalogue de M. Chabouillet portait que la monture était d*or; il était difficile de croire que Sergent avait remplacé par des fleurs de lys d'or les pierres qu'il avait enlevées. A examiner attentivement la pièce, à voir les quelques petites imperfections des fleurs de lys, elles ont fini par nous devenir suspectes; aujourd'hui, nous n'hésitons pas un instant à dire qu'elks sont certainement en cuivre, QueJa monture elle-même du camée soit en or, nous l'admettons; mais certainement les fleurs de lys qui remplacent les pierreries, rivées au revers par de méchants clous de fer, sont de laiton doré, elles ne peuvent donc pas dater du quatorzième siècle : elles n'en ont d'ailleurs pas la forme, et Charles V, donnant un cadre d'or, ne l'aurait pas décoré d'ornements de cuivre, à peine ébarbés. Il n'y a plus de doute, Sergent seul a possédé quelque temps ce camée, et lui seul, avant de le remettre au Cabinet des médailles, a pu lui enlever sa riche garniture, comme il l'a certes fait pour tant d'autres, merveilleusement montées, garnies de pierreries qui, passant par ses mains seulement, sont parvenues sans aucun ornement au Musée national.

Ce qui vient encore nous confirmer dans la conviction que

ï M. Noël Parfait ne le fait arriver à Chartres que le 23 frimaire an II (i3 décembre 1793), p. 5o; mais nous avons son procès-verbal, signé à Chartres le 17 septembre.

* Invent, de l'évéché de Chartres vers 18 18. Voir cette partie aux Pièces justificatives, p. 121.

8 PI. IX, 84 et 1 10. — Invent, de Brillon, n»« 35i et 434, et Catal. de Sergent, n- 6 et 9, p. 119 et 121.

* Pièces justificatives, 434, Inv. de Brillon, 9, Catal. de Sergent.

Sergent garda quelque temps par devers lui ce joyau, c'est un dessin que nous avons au Muse'e de Chartres. Après que les deux armures de Charles V et de Philippe le Bel ' sont dépouillées de tous leurs ornements d'or et d'argent, il les fait déposer du district ; mais avant son départ, il veut laisser un souvenir de son passage : les croquis représentant Charles Vet Philippe IV sur leurs trônes, avec leurs armoiries au-dessous d'euï, croquis qui seront suspendus derrière les armoiries. Les- armes de Charles V et de Philippe le Bel sont tout à fait différentes : celles de Charles V sont copiées dans leur disposition héraldique sur l'écusson qui termine notre camée; quant aux fleurs de lys elles-mêmes, elles se rapprochent d'une façon surprenante de celles qui e

Armoiries de (-"hilippe k Bel.

i du quatorzième siècle; nous les reproduisons ici pour qu'il soit facile de les comparer.

Pour le cadre, toujours d'or, nous nous reconnaissons dans l'impossibilité d'expliquer sa transformation. A quel t monture primitive a-t-elle disparu? Nous n'en i trace; mais ce qui résulte de nos recherches, c'est l'impossibilité absolue de considérer cette monture comme du quatorzième siècle. Le cadre est peut-être du seizième siècle, du temps de Henri III, lorsqu'il fut emporté à Paris; les fleurs de lys sont du dix-huitième siècle bien certainement; les dauphins, euï, pourraient venir par exemple du ceinturon de Charles V, sur lequel nous savons en effet qu'il y en avait de semés*.

I Voir Pièces justificatives, Inventaire de 1792, n" 140, 141, 142, • Bibl. de Chartres, ms. 1014, p. 543.

Une grosse amétiste soustenue par quatre belles perles extraordinairement grosses, posées en autant de chatons d'orphévrerie et séparées par des consoles d'or, qui soustiennent conjointement avec elles Tamétiste.

Une couronne d'or composée de quatre chattons fort eslevez remplis de rubis et ornez de branchages. II y a entre chacun une calotte de dez cizelée du pied desquelles naissent deux petits chattons garnis de turquoises et de rubis; au milieu de cette couronne est une opale.

Une autre couronne aussi d'or sur laquelle s'eslèvent six grand chattons de rubis et de jacintes entre lesquels sont différents animaux de relief; dans le milieu de la couronne, il y a aussi une opale accompagnée de 4 perles et d'autant de pierres.

Une grande M, d'or, émaillée et enrichie de trois diaments, de deux émeraudes et d'une jacinthe.

Si Souchet * ne nous disait pas que le fermoir donné par Ebbes du Puy en 1379* fut vendu pour les nécessités de TÉglise, nous croirions pouvoir reconnaître en celui-là la description du don de rillustre prélat.

Un reliquaire ovale de vermeil doré dans lequel il y a d'un costé des reliques de saint Faustin et saint Athanase *, et de Tautre de saint Simplicien et de sainte Priscille; il est enrichy de 3 perles pendantes.

Une rose formée de cœurs émaillez les uns blancs, les autres rouges, sur la pointe desquels est élevé un chatton remply d'un rubis faisant le milieu de la rose. Il se lit

ï Histoire de Chartres, t. III, p. 243.

» Ms. 1012, p. 398, Bibl. de Chartres.

» Voir 0« Riant, Exuviœ sacrce Constant inopolitance, t. II, p. 270.

par dessous, ces mots : « Jo ^icb bc fct Cutionicc \ »

D*après Rouillard, Piedefer aurait vécu au onzième siècle et aurait rapporté de Terre sainte, en même temps qu'Hervé, dont il est question à la page 71, du vrai baume, celui dont Joseph oignit le corps de Jacob. Ses armes auraient été gravées sur la porte Saint-Jean, dont il avait fait faire les murailles*. Mais Brillon est bien positif, et dans ses notes ^ nous lisons : «c Petit tableau donné par Piedefer à S'* Châsse, le 8 novembre i5ij, » Extrait des registres capitulaires; c'est donc de ce côté que nous pensons trouver la vérité.

Une grande âÇ gotique d'or de deux pouces de haut, au milieu de laquelle est un gros rubis environné de huit émeraudes, le reste du corps de la lettre est remply de pierres et de perles*.

Cette a» ressemble d'une façon surprenante au fermail, vendu au Roi, dans l'inventaire de Clémence de Hongrie, n*> 26.

Une boette d'or ovale environnée de neuf perles en forme de boutons, dans laquelle est une Vierge de nacre ayant une couronne d'or sur un fond d'émail bleu : le derrière de cette boëte est gravé d'un saint Christophle dans l'eau portant le Sauveur sur les épaules.

Un petit reliquaire d'or suspendu d'une chesnette de mesme enrichy de quatre perles et remply de reliques. Il y a sur un des couvercles une Vierge en émail, et sur l'autre un saint Jean portant un agneau.

* Il vivait en i53o.

' Mss. 1014, p. 524, Bibl. de Chartres. — Rouillard, Parthénie, 1. 1, p. 208.

' Ms. 1016, p. 325 r«, Bibl. de Chartres.

^ Dans cette ID est attaché un denier d'or pendu à une petite chesnette aussi d'or; il est du temps de Charles VI.

* DouET d'Arcq (L.), Nouveau Recueil de comptes de Vargenterie des rois de France, Paris, Renouard, 1874, in-8°, p. 42.

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