TROISIESME TRESOR
Dans Tarcade du milieu du rond point du chœur et à 5 ou six thoises au-dessus de Tautel qu*on appelle de Tous les Saints, Ton y a disposé encore un troisième lieu pour y mettre des reliques. L'on y monte par un escalier de pierre pratiqué entre deux pilliers au haut duquel il y a une balustrade qui conduit devant et derrière ce dernier trésor, lequel n*est pas d'une mesme composition que les autres.
Il est disposé en trois estages qui diminuent de grandeur a proportion qu'ils s'eslèvent les uns au-dessus des autres; Ton n'y rentre point, mais ils sont à jour, et Ton peut voir aisément au dedans par les deux bouts, qui sont revestus de menuiserie distribuée en six portiques dorez et ornez de frontons, de pyramides et d'autres ornements, le premier estage en contient trois, celuy du milieu deux, et le dernier qui est plus haut n'en a qu'un.
Il y a trois châsses dans le premier estage qui en remplissent les portiques. Celle du costé de main droite * est couverte d'argent doré; elle a sur le devant une figure de relief assize représentant Notre-Seigneur tenant d'une main un livre sur son genouil et donnant la bénédiction de l'autre. Les costez sont composez de six portiques chacun, dans lesquels les 12 apostres sont aussi de relief. Il y a sur la face de derrière une Vierge assize tenant son fils, et l'on voit sur la couverture quelque point d'histoire de la vie de St Tugual dont le nom
' Longueur 24 pouces, largeur 12 pouces, hauteur 23 pouces. (/.)
est peint le long du faiste de la châsse. Le corps de ce saint est renfermé dedans; il estoit Anglois de nation, et vint en Bretagne par une inspiration divine, et après y avoir professé la vie monastique, il y fut éleu évesque de Tréguier ou L'antriquet; il vivait en 5 14, sous le régime de Childebert.
Sur un des costez de la couverture de St Tugdual, il se lit : f CELiTUS : electus : petric : tugvalus : ad : aram [ligne d'en haut), cui dat eorum dominus patriam petat : VT. s. car : AM. {lifffte d'en bas). — Entre ces deux lignes, il y a eu des figures en bosse divisées en trois portiques; le i" a esté rompu. Dans celuy du milieu, il y reste 2 clercs portans des chandeliers devant un autel sur lequel il y a un calice découvert, etilparroit que derrière eux il y a eu une figure d'évesque, tenant une grande croix au lieu de crosse. Le dernier portique est en son entier dans lequel il y a une figure d'évesque revestu de ses habits pontificaux avec estole et manipule tenant d'une main une grande croix sur laquelle il s'appuye; et de l'autre il semble la tendre pour prendre un cheval qui est tout sellé et bridé et dont le bout de la bride est tenu par une main qui sort d'une niie.
Sur l'autre costé de la couverture il n'y a point d'escriture; il y avoit trois portiques dont 2 sont rompus; dans celuy qui reste il y a une figure assise ayant de grands vêtemens. La teste en est dehors; il parroist qu'elle estoit appuyée sur sa main droite, ayant dans sa gauche un baston, son attitude parroist d'un homme resvant; derrière luy il y a 2 pastres avec un chien gardant deux moutons; ces pastres regardent un ange sortant d'une niie qui leur parle.
Saint Tugual était particulièrement vénéré à Chartres. Mais nous ignorons dans quelles circonstances on invoquait son intercession. Ainsi, nous lisons : « i5i6, 20 septembre, S* Tugual remonté, S'« Thècle descendue*. » Nous savons que saint Piat était invoqué pour le beau temps, saint Taurin pour la pluie; à certaines époques de Tannée, on descendait leurs châsses pour les porter en procession. Peut-être en était-il de même de saint Tugual. M. de Barthélémy nous a donné une étude des plus intéressantes sur la vie de saint Tugual 2. Le Cartulaire de Chartres ' nous apprend que ce saint était frère de Hoi3l II, roi des Bretons, fondateur de Tabbaye de Tréguier, et que son corps aurait été apporté au neuvième siècle à Chartres, par Goneran, évêque de Tréguier. Il était aussi vénéré à Laval, où est conservée une vieille châsse dont il est question dans la Chronique des Arts*,
La châsse du milieu* est d'un bois tout uny de la longueur d'un corps entier. Celuy de St Piat martyr et évesque de Tournay en Flandre est dedans. Il souffrit sous l'empereur Maximian *.
C'est une Relique non seulement admirable pour le secours visible qu'on en reçoit pour obtenir par Tintercèssion de ce saint du beau temps dans les besoins, mais elle est aussi merveilleusement belle pour s'estre conservée en son entier % car ce précieux corps se trouve aussi frais que si les bourreaux ne lui venoient que trancher la teste, quoy qu'il y ait plus de quinze cent ans qu'il ait souffert pour Jésus-Christ, ainsi que toutes les
* Biblioth. de Chartres, ms. 1016, p. 325, r». « Paris, 1884, in-S».
* i885, nM7, p. i33.
5 Longueur 6 pieds, largeur 19 pouces, hauteur 23 pouces. (/.) " Le 9 mars 1609 la Reyne Marie de Médicis, jour qu'elle donna la lampe d'or, list descendre le corps de saint Piat, lequel fut reconnu bien frais et entier, et demanda un petit mxjrceau du suaire ou linceul qui l'enveloppoit, et en fist dresser un certificat qu'elle signa. (/)•
^ On avoit commencé à couvrir cette châsse d'argent en 1 52 1, et on y avoit déjà employé 56 marcs d'argent en i562; mais il fallut vendre le tout en cette année par ordre du Roy, pour les nécessités de l'Estat. (/.)
attestations des Roy s, des Reines, des cardinaux et autres grands seigneurs qui viennent par dévotion le visiter en fontfoy. La teste est si bien rejointe au col qu'il n'y parroist qu'une simple cicatrice. Il est enveloppé dans trois différents suaires de lin couverts d'autant de thoiles cirées et d'un grand tapis de soye rouge brodé d'or pardessus lequel il y a encore une thoile cirée.
Le corps de saint Piat fut apporté, disent les uns, à Chartres, dans le courant du onzième siècle, par les habitants de Séclin ^ La vieille chronique, au contraire, nous dit qu'il fut apporté à Tournay par des soldats*. Dans les Manuscrits du chapitre et Registres capitulaires, il est souvent question de saint Piat, qui avait un office spécial, et en faveur de qui le doyen était tenu de donner à chaque chanoine assistant à cet office, un coup de vin et un petit pâté de volaille les jours gras, d'anguille les jours maigres*.
L'obituaire de Chartres nous signale au onzième siècle Ragembod, qui couvre d'or la châsse de saint Piat, au douzième siècle, Drogon, qui lègue dix marcs d'argent pour réparer la châsse. Dans les pièces du chapitre nous trouvons successivement les papiers d'ouverture de la châsse du saint : le 2 avril 1275, le i*' octobre i3io, le 20 août i352, le i*"" septembre i356, à la demande du roi Jehan, qui se trouvait ainsi à Chartres le 6 octobre 1 591, le 24 mars 1609 à la demande de Marie de Médicis : tous ces documents sont extraits des originaux*.
Si alors nous nous occupons seulement de la châsse, dès iSaô, le lundi d'après la Quasimodo, le chapitre avait déjà commis pour traiter avec des orfèvres pour faire la châsse de saint Piat. En i354, il en fut de môme, mais ces délibérations furent sans eftét, à cause des guerres qui survinrent*. En i52i, le chapitre décida de faire faire une châsse; Jacques Levasseur*^, orfèvre .de Chartres, accepte de la faire moyennant 5 livres 1 5 sols par marc,
* Cartulaire de Chartres, 1. 1, p. 59.
* Ibid,, p. 65.
» Ibid.
* Archives d'Eure-et-Loir. G. IIL D. 9. — Bibliothèque de Chartres, Ms. 1014, p. 236.
* SoucHET, Hist. de Chartres, t. III, p. 197.
* Et non Jean Levassort. V. plus haut, p. xxviii et 1 1.
et Siguerre, orfèvre de Rouen, en 1 522 se loue à Levasseur pour l'aider à terminer son travail moyennant 70 sols par mois * ; mais d'après une note, nous voyons qu'elle ne fut jamais achevée. Enfin, un manuscrit de la Bibliothèque de Chartres* vient ajouter que « la contretable d'argent doré garnye de pierreries et de perles représentant les mystères de la Rédemption, sauvée des pillages et des guerres, fut prise en i523 avec l'argent de la châsse S^ Piat pour être fondue et employée à la rançon des enfants de François I*% prisonniers en Espagne ». Nous savons que la contretable ne fut pas vendue^ puisque nous la retrouvons mentionnée dans l'Inventaire de 1 562'; la châsse S* Piat, elle ne fut sans doute pas terminée, puisque les registres capitulaires nous apprennent que « le 10 juillet 1 53 1 e^ le i^^ juillet 1 532, l'orfèvre rendit l'argent de la châsse Saint Piat «.Cependant elle fut faite, car, dans l'Inventaire du 26 brumaire an II, nous voyons, au n° 26, « la garniture en argent qui était autour de la châsse du cy-devant S* Piat^ ».
La dernière chasse de ce premier estage ^ est celle de main gauche : elle est peinte d'azur semée d'estoiles et de chemises d'or, ayant aux quatre coins des colonnes sur le haut desquelles sont des vases en amortissement. Sur le devant de la châsse est un évesque de relief dans une manière de portique dont le cintre est rempli d'une bande de cuivre sur laquelle il se lit : « c. s. c. caletricus » qui est le nom du saint dont le corps repose dedans ^, A l'autre bout est une Notre-Dame avec son fils.
Stus Caletricus, alias Chalœricus, vel Calactericus, vel Chalactericvs, et en françois St Calais avec un eis "^
» Labarte, Histoire des arts industriels au moyen âge et à Vépoque de la Renaissance j t. II, p. 124, et Archives d* Eure-et-Loir. G. 186, G. 191.
*Mss. loi I, p. 129.
* Voy. Pièces justificatives, Inventaire de i562, p. 1 16.
•* V. p. xxviii. SoucHET, Hist. de Chartres, t. III, p. 504.
5 Longueur 27 pouces, largeur i3 pouces, hauteur 24 pouces. (/.)
® L'on a voulu autrefois que le chef de ce saint fust trois fois plus gros que l'ordinaire; cependant celuy qui est dans cette châsse est d'une grosseur très ordinaire, et mesme plustôt petit que gros. Et il y a plus d'apparence qu'on a voulu parler de saint Solin, qui estoit d'une taille extraordinaire, mais qui n'estoit pourtant pas 3 fois plus grand que Fordinaire. (/.)
^ Saint Calers mieux. (/.)
à la différence de St Cales avec un es, Stus Calirefus ou Calesius abbé du pays du Maine, restoit chanoine de Chartres et en fut évesque ensuite. Il succéda à St Lubin. Il estoit homme de qualité et fort éloquent, mais plus vertueux encore. Il mourut en Syi et fut enterré à Saint-Martin au Val, proche son prédécesseur, d'où ses os ont esté tirez du depuis et posez en ce lieu * Il avoit une sœur nommée Monégonde qui est morte aussi en réputation de saintetéayantfaitplusieursmiraclesaussi bien que son frère. L'église d'Orphin près Rambouillet ^dans le diocèze est dédiée en son nom; son corps est à Chimay en Hainaut où il y a une église collégiale qui luy est aussi dédiée.
Son tombeau était orné « de plaques et de bendes d'os, telles qu'elles sont représentées ». Dans notre article de la Chronique des Arts^, nous avons étudié d'après les correspondances du chapitre que nous avons retrouve'es ', d'après Mabillon et l'abbé Chastelain,les décorations de ce tombeau dont les sculptures du sixième siècle avaient été dessinées avant leur destruction; elles sont d'un grand intérêt pour l'histoire artistique des premiers âges de l'art chrétien, bien qu'elles ne représentent que des enlacements composés de cercles et de segments de cercles entre-croisés.
Les deux portiques du 2* estage sont pareillement remplis de deux châsses. Celle de main gauche *, qui est toute couverte de lames de cuivre, renferme le corps de St Taurin premier évesque d'Euvreux. Il estoit Romain, et suivit en France St Denis TAréopagite. Il mourut
* En 1703, le tombeau de saint Calétric a esté trouvé dans le rond-point de réglise de Saint-Serge et Saint-Bache, et porte cette inscription :
HIC REQUIESCIT CHALETRICUS EPS CUJUS DULCIS MEMORIA PRIDIE NONAS SEPTEMBRIS (OCTOBRIS) VITAM TRANSPORTAVIT IN COELI. (/.)
^ Arch. d'Eure-et-Loir, G. 627. — Bibl. de Chartres, ms. 1017.
* Longueur 35 pouces, largeur i5 pouces, hauteur 27 pouces. (/.)
après avoir fait plusieurs miracles pendant sa vie, et continue d'en faire très-souvent après sa mort, par des pluyes abondantes * que Ton obtient dans les grandes sécheresses par son intercession*.
La châsse de saint Taurin, exécutée par les ordres de Gilbert, entre 1240 et i265, pour l'abbaye de Saint-Taurin, est conservée à Évreux. Cest une des pièces les plus remarquables de l'orfèvrerie du treizième siècle ^.
La châsse de main droite* est peinte d'azur, enrichie d'estoiles d'or et de chemisettes de mesme; sur l'un des bouts il y a un évesque peint, et sur l'autre une Vierge. Une partie du corps de St Bohaire est dedans avec son chef. Ce St estoit de Rome, et grand aumônier de France sous Clotaire premier. Il fist plusieurs miracles. Il luy en arriva mesme un en sa personne, car, pendant sa scéance, Thierry, roi de Bourgongne, pilla la ville de Chartres, et comme on en emmenoit la pluspart des habitans prisonniers pour en tirer rançon, il s'alla offrir pour eux, et ayant esté lié et conduit devant Thierry, il y eut un soldat qui lui arracha insolament ses gands. Ce misérable les ayant mis, il ressentit aussitôt un si grand feu aux mains
* V. SoucHET, Hist. de Chartres, t. IV, p. 1 13.
' Il se voit que le samedy après la feste de la Magdelaine, 1424, fut apointé par le chap" La somme de 4 liv. 5 s. estre payée des deniers de l'œuvre à M" Jean Le Roy, Jean Gaudard, Guill. Guybert et Jean Musnier, prestres, pour leur peine et salaire et dépens d'avoir esté dans l'église de Pésy et avoir apporté en cette ville et église de Chartres une châsse dans laquelle est le corps de M. saint Taurin; pour ce, payé aux dessusdits comme par céduUe contenant les appointements et quittances de ladite somme. Signé de Bru avec paraphe. (/.)
^ Labarte, les Arts industriels au moyen dge et à la Renaissance j t. II, p. 18. — Mélanges d'archéologie, des Pères Martin et Cahier, t. II, p. i. C'est à ces derniers surtout qu'il faut se reporter pour étudier la châsse du saint, en même temps que sa légende. — Charles de Linas, Anciens Vêtements sacerdotaux et anciens tissus. Paris, 1862, 2« série, p. 116.
* Longueur 28 pouces, largeur i3 pouces, hauteur 23 pouces. (/.)
go INVENTAIRE DES RELIQ.UES
qu'il se les déchira avec les dents en présence de Thierry, en mesme temps qu'il rompit les gands. Ce spectacle obligea le Roy de demander pardon à St Bohaire, et le renvoya luy et les siens en toute liberté. Il mourut un 2* d'aoust 697. II y a une parroisse dans le diocèze entre Blois et Vendosme qui luy est dédiée où. Ton dit qu'il se retira en arrivant au pays '.
Dans le dernier estage, il n'y a qu'une chasse *, laquelle est peinte aussi d'azur, et semée d'estoiles et de chemises d'or de même que la précédente, mais aux deux bouts il n'y a qu'une mesme peinture qui est une véronique ou linge imprimé de la face de Notre-Seigneur. Il se voit dans cette châsse des ossements de plusieurs saints, et entre autres une teste et deux os de cuisses d'une grandeur et d'une grosseur extraordinaires*. Les os ont 18 pouces de long, et sur cette proportion, avec un corps bien formé, l'on peut dire que c'estoit un géant qui avoit six pieds de'haut. On tient que c'est St Solin *, évesque de Chartres, qui fut catéchiste deClovis, conjointement avec St Remy et St Vaaste. Il mourut le 24 septembre 507 à Maillé, proche de Tours, en revenant de la fameuse victoire que Clovis remporta sur Alaric, près Poitiers, où il avoit accompagné le Roy auquel il l'avoit prédite. Il fut enterré en ce quartier-là, mais le lieu de sa sépulture s'estant perdu, il fut découvert par deux posseddez qui vinrent de Tours en montrer l'endroit, sur lequel ayant
* Voir l'intéressante discussion du Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. I, p. 8 et 9, à propos des reliques de saint Bohaire.
'^ Longueur i'6 pouces, largeur 12 pouces, hauteur 21 pouces. (/.)
' La teste n'y est pas toute entière; il n'y a que la calotte ou le haut
du crasne, qui parroist de deux doigts plus grand que les ordinaires; il.
a près de six pouces de diamètre. (/.)
* Dans le Cartulaire de Chartres, t. I, p. 6, il est appelé Solempnis.
fait des cris et des hurlements effroyables, l'on y fouilla, et on trouva ces reliques dont Tattouchenient guérit ces pauvres misérables. Elles furent ensuite apportées dans ce diocèze, on en distribua en plusieurs églises et particulièrement à Blois où il y en a une dédiée sous son nom.
Il y a encore dans cette châsse, outre ces différents ossements, un pacquet d'autres reliques dont Testât est sur un morceau dé parchemin séparé des autres attestations dont voicy la teneur :
In hoc feretro continéntur j^eliquiœ plurimœ videlicet; de Ligna Crucis Domini ; de sto Petro; de Bai^ba et capillis sti Martini; de membre sti Cesarij; fr. ReL sti Mauricij; religuiœ sti Cirici; de Costa sti Tuf^iani et de Casula de testa cum Capillis sti JVodonani; de dextera manu sti Junemei et ipsius digito. Et aliorum religuiœ sanctorum quorum nomina sunt scripta in libre vitœ nobis guidem ignota.
Le bois de la Croix dont il est fait mention dans ce catalogue est de six pouces de haut, il est renfermé dans une croix de vermeil, sur laquelle il y a plusieurs figures d'hommes et d'animaux en bosse *.
* Quoy que la pluspart des châsses de ce trésor ne portent aucune inscription pour les distinguer les unes des autres, néantmoins il est constant qu'on en connoist 4 : Celle de saint Piat, par sa longueur contenant un corps entier dans toute son étendue. Celle de saint Tugual, par l'histoire de sa vie représentée dessus. Celle de saint Calais, par son inscription. Et celle de saint Taurin, par sa couverture de cuivre. Il n'y en a que deux qui font quelque difficulté; on a cru pourtant en pouvoir faire la distinction dans ce traitté, après les recherches qu'on en a faites dans les registres de l'œuvre de l'église, bù il se lit que le 20 septembre 1 687 M. de Thou, Evesque de Chartres, bénit trois châsses faites de neuf et peintes, en l'une desquelles il mit les ossements de saint Calais, dans la 2« ceux de saint Bohaire, et en la 3« ceux de saint Solin, avec plusieurs autres saintes Reliques, tant Confesseurs que Martyrs. Comme ces saintes Reliques particulières se trouvent dans la plus haute de toutes les châsses, l'on a cru estre bien fondé de la nommer celle de saint Solin, et l'autre
L'entrée des six Portiques de ce trésor est fermée de panneaux dorez et peints de diverses façons. Celuy qui est au Portique de St Piat, qui est le milieu de l'estage bas, est doré, sur lequel est la représentation d'un saint revestu d'un chasuble tenant une palme à la main. Sur celui de St Caletrix, il y a des fleurons d'or sur un champ d'azur. Celuy de la châsse de St Tugual est de mesme, à l'exception du fond qui est rouge. Sur celuy de St Bohaire, il y a des fleurs de lys d'or sans nombre semées sur un azur. L'on a représenté un évesque revestu de ses habits pontificaux au devant de St Taurin, et enfin sur le panneau le plus élevé, il y a deux anges portant une couronne d'une main et tenant des palmes de l'autre.
Il y a au devant de ce dernier trésor une grosse lampe d'argent cizelé qu'on allume lorsque l'Église solemnise la feste de ces saints * Elle a esté donnée en 1671 par M. le mareschal de La Ferté Seneterre, et mise devant les corps, saints par ordre capitulaire du 9 janvier 1672.
Outre ces saintes Reliques, ce qu'il y a de remarquable dans le chœur sont deux grands tableaux de broderie qui sont aux costez du premier trésor. Celuy de main droite a 1 3 pieds de long sur 8 de haut. Il représente sous trois portiques le couronnement de la Ste Vierge dans une gloire remplie d'une infinité de chérubins, d'anges et de
de saint Bohaire. La difficulté néantmoins n'est pas entièrement levée, car dans les attestations qui accompagnent ces ossements, les noms de ces Saints ne sont pas spécifiez, mais il est dît en général : Istas Reliquiœ nobis ignotœ. Aussi bien que dans celle de la châsse de saint Calais, où il y a seulement : Ossa sanctorum Martyrum et Confessorum in cœlis magis nota quam in terris. Ainsi il y a apparence que M. de Thou n'estoit point fort certain du nom particulier de ces Reliques, puisqu*il ne les a pas voulu dénommer dans ses attestations de translation. (/.)
* Donnée le jeudy, le 24 décembre 167^. Pèse 29 marcs — 28 marcs 2 onces. (/.)
saints contemplant la Vierge que Jésus-Christ constitue Reine du Ciel, en lui mettant la couronne sur la teste \ L'on voit au bas du tableau à la main gauche, le roi Jean à genoux suivi de ses deux fils, Charles V dit le Sage, et Louis d'Anjou, que leurs patrons St Jean-Baptiste, St Charlemagne etSt Louis, évesque de Toulouse, semblent introduire devant le trosne de la divine Majesté pour estre les spectateurs de ce couronnement; de l'autre costé l'on voit aussi à genoux, la reine Bonne de Luxembourg, sa femme, accompagnée pareillement de deux de ses filles, présentées par Ste Catherine et St Louis roi de France. L'ouvrage est une broderie extrêmement relevée, les vestements sont d'or nué, enrichis de pierreries et de perles. Les carnations sont d'un point refendu plus fin que .le satin. Le duc de Berry en fist présent, en 1406, pour servir de rétable au grand autel. Il a cousté 10,000 escus.
Cest probablement de ce tableau dont il est question dans les délibérations du conseil de fabrique du 6 février 1793 (Registre de rÉvêché) : Autorisation au 5"" Chambrette, défaire brûler par le citoyen Blotner^ orphévre en ceite ville, un tableau en point de tapisserie, avec paillettes d'or ou d'argent, représentant plusieurs figures, lequel est dans la sacristie de l'église et qui tombe en poussière.
L'autre tableau qui est à main gauche et au-dessus de la porte qui conduit au revestiaire, a pareillement i3 pieds de longueur sur 7 à 8 de hauteur '. C'est l'his-
* Le 20 may 1716, Ce tableau a esté osté de sa place pour faire voir les figures du tour du chœur, qui ont esté faites et placées la même année. Le derrière de ces figures n'est point si beau que Testoit ce tableau; mais tout change dans la vie. Ce tableau est resté inutile en attendant qu'on luy ait trouvé une place à le mettre. Il a esté posé dans le revestiaire contre le mur en entrant à droite. (/.)
^ Ce tableau a esté osté de sa place le 3o juillet 1714, pour laisser voir le derrière des figures du tour du chœur qui ont esté posées dans la niche de derrière ce tableau, lequel a esté mis dans la sacristie au dessus de l'armoire des chappes. C'est bien dommage, ce tableau étant beaucoup plus beau que le derrière de ces figures. (/.)
toire de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur dont la principale représentation est le Crucifiment qui occuppe presque tout ce grand tableau, car Ton ne découvre que dans un loingtain sa prise au jardin des Olives, son apparition à Marie-Magdelaine et sa Résurrection. Le reste du tableau est remply de grandes figures qui font le sujet de la Passion. Jésus-Christ est représenté mort sur la Croix, élevée entre celles des deux larrons, dont les corps en sont desja détachez. La Magdelaine est pleurante aux pieds de celle du Sauveur avec le centenier à genoux, joignant les mains, accompagné de plusieurs gardes qui sont debout, prononçant ces paroles qui se lisent sur un rouleau : « Vere Filins Dei Erat Iste. » L'on voit derrière la Magdelaine, la Ste Vierge, accablée de douleur, qui s'approche de la Croix de son cher Fils. Elle est soutenue par St Jean, et suivie de plusieurs dames. Les ministres et les accusateurs de la justice de Jérusalem paroissent s'en retourner avec les soldats qui les ont assistez, et semblent rencontrer en leur chemin Judas, qui se voit pendu à une branche d'arbre dans un éloignement. Aux deux extrémitez du tableau et sur le devant il y a deux grandes figures représentant deux prophètes tenant chacun un écrîteau, celuy du costé gauche est David, ayant une harpe avec ces paroles du psaume 2 1 : « Foderunt manus meas etpedes meos, dinumeraverunt omnia ossa mea ». Celuy du costé droit est Isaye, dont l'ecriteau porte ces mots du chapitre 58 de ce mesme prophète : « Ipse autem pulneratus est propter iniquitates fiostras, attritus est propter scelera nosira. »
Cet ouvrage est admirable et d'un dessin beaucoup plus moderne que* celuy du Roy Jean; aussi a-t-il des
airs et des expressions toutes autres. Et sa composition en parroist d'autant plus agréable que cette grande multitude de figures qui s'y voyent sont très-naturelles, et font parfaitement bien ce qu'elles doivent faire. Il est d'or nue en broderie meslée de différents points, le bois et les contours des drapperies sont enrichies de perles fines. Il y en a 3 extraordinairement grosses qui forment la teste des clous dont le Sauveur est attaché sur la croix. Le quadre qui est d'architecture faite de point traisné est aussi remply de perles.
Ce beau présent qu'on a orné d'une grande bordure de sculpture dorée, a esté donné le 12 avril i556 par M. François Bohier, évesque de St. Malo, chanoine et prévost de Normandie en l'Église de Chartres. Il est estimé 20,000 escus. Il fut donné pour faire un contretable d'autel ou parement.
La pierre ou la table du grand autel est aussi fort considérable pour sa grandeur, pour sa matière et pour l'éloignement du lieu d'où elle à esté tirée. Elle est de granit qui est une espèce de marbre qui ne se trouve qu'en Egypte d'où on l'a apportée; elle a 10 pieds de long sur 5 de large et est posée sur 24 colonnes de mesme matière disposées en six pilliers. Il y a dans le revestiaire une pareille table, tant pour sa longueur que sa largeur et son épaisseur qui est de 5 à 6 pouces.
Il se voit sur le rétable de l'autel une Vierge de vermeil doré de trois pieds de haut tenant son fils entre ses bras et revestu d'un grand manteau qui luy descend jusqu'aux pieds \
* Elle fut donnée en 1220 par M"" Pierre de Bourdeaux, archidiacre de
Lorsque le concile de 1430 décida la fonte de la contre-table d'or du grand autel, si nous en croyons le manuscrit de la Bibliothèque de Chartres ', la Vierge de Pierre de Burdegala (Bordeaux), les anges qui l'accompagnaient, la grande croix de vermeil, auraient été fondus en même temps. Il est vrai que le concile en donna Tordre, mais probablement aussi qu'il en agit ainsi pour les faire disparaître et empêcher qu'on ne les détruisît. La Vierge dont nous nous occupons ne fut prise qu'à la Révolution.
Au-dessus de cette figure il y a une grande croix de vermeil faite en manière d'un tronc d'arbre branchu de 5 pieds de haut et de six pouces de diamètre sur laquelle est un Christ de trois pieds de hauteur, ayant derrière la teste sur l'assemblage de la croix une couronne plate d'orphévrerie enrichie de rubis et d'autres pierres précieuses-
Le ciboire qui est suspendu, et où est renfermé le St Sacrement, est d'un grand pied de haut de vermeil doré sur lequel est représenté plusieurs histoires de la vie de Notre-Seigneur en relief. Elles sont en dix tableaux enchâssez dans le corps de l'ouvrage; il y en a 5 sur le couvercle et 5 autres sur la couppe. Les tableaux du couvercle représentent : V Annonciation, la Visitation, la Nativité de Notre-Seigneur, l'Apparition de l'ange aux Pasteurs et l'Adoration des Rqys.
Ceux de la couppe sont : la Présentation de N. Seig\ au Temple, son Baptesme, le massacrée des Innocens, l'Enti^etien des Mages avec Hérode, et enfin le dernier tableau représente l'aj^ertissement que ces Rojs reçurent en sofige de 71e pas retourner vers Hérodes.
Entre ces tableaux il y a plusieurs figures de pareil
Vendosme; elle esioit aussi accompagnée de deux anges qu'il donna en mesme temps. (7.) ' Ms. loi I, p. 12G.
dp: l'f:glise de Chartres. 97
relief, et autour du pied il se lit : Johan méreuin me fecit\ Il y a devant le St Sacrement une très-grosse lampe d'argent du poids de 100 marcs sur laquelle sont les armes de France, c'est un présent que fist le Roy Henry 3 le 26 juin i582. Quelque temps auparavant il en avoit donné une autre de 40 marcs, mais ne luy ayant pas semblé assez considérable, il la fist porter à Notre-Dame de Cléry et renvoya celle-cy '.
Il y en a une autre devant l'image de la Vierge qui est au Jubé pesant 32 marcs d'argent cizelé. Elle est en la place de celle que Philippe le Hardy duc de Bourgongne donna en i382 en action de grâces de la bataille que le Roy Charles remporta la mesme année sur les Flaments '. Cette lampe s'estant usée, par succession de temps, M. de Bullion * donna en i636 celle qui s'y voit à présent, sur laquelle sont ses armes *.
Autour de cette lampe, il y en a quatre autres petites attachées à une grande couronne dorée qui représente le miracle arrivé en 11 87 à la reine Elisabeth (fille de Baudoin 4 (V), comte de Haynaut et de Flandre), femme de Philippe Auguste, laquelle estant venue à Chartres pour
' M*" Nicolas Haudry de Chartres et Chantre de N. D. de Paris en fist présent en i3o6. M" Pierre, Sacristin, a donné la petite boeted'orou repose le Saint Sacrement qui est dans ce Ciboire, avec la petite pelle d'or qui est attachée avec une chesnette à cette boete; il donna un demy marc d'or. (/.) Cartulaire et Nécrologe de N, D., 8 des Ides de janvier, t. lll,
* Il y fist 'aussi trois fondations de la Magdelaine, de Saint-Roch et de l'Annonciation N. Dame, et donna deux mil escus pour icelles. {I.)
3 II la fonda pour ardre continuellement et donna au Chapitre 6o liv. aplicable a l'œuvre de l'Eglise. (/.) Bataille de Rosbecq.
* M- Claude de Bullion, Président au Parlement et Surintendant des Finances. (/.)
s En mesme Jour, 14 de Mars, Guy de la Trémouille, Chambellan du dit Duc de Bourgongne, fonda au mesme lieu une pareille lampe. (/.)
demander un fils à Dieu par Tintercession de la Ste Vierge, il luy fut accordé et le sentit dans son sein comme elle estoit à genoux devant son image; et pour une confirmation entière de ce qu'elle avoit été exaucée, il parut dans le moment quatre lampes ardentes. Quelque temps après elle s'accoucha ensuite heureusement d'un garçon qui fut le Roy Louis 8 (Père de St Louis), et en mémoire de ce miracle, l'on y a toujours entretenu ces 4 lampes, esquelles dans la suite des temps ont esté fondées par des personnes de qualité, pour brusler jour et nuit.