‹ Le trésor de la curiosité. Avec diverses notes écédé d'une lettrè a l'auteur sur la curiosité et les curieuxChapitre 4 sur 200 · XXVI LETTRE A L'AUTEUR · texte numérisé non relu

XXVI LETTRE A L'AUTEUR

Van Lcnipul avait pu vendre son tableau 1500 livres : il n'en reçut que 300 et avec beaucoup de peine.

On retrouva plus tard dans la vente du peintre sir Peter Lely, plusieurs tableaux qui venaient des collections de lord Arundel, du duc de Buckingham et de Charles P\

Pendant ce temps, le goût des dessins s'était maintenu en Italie.

Frate-Ignazio Dauti, mathématicien de sa sainteté, possédait un livre de dessins de tous les grands maîtres du temps.

Joachim de Sandrart, auteur de YAcademia artis pictoriœ, vendit en 1640 à Spiringius, ambassadeur de Suède à Amsterdam, deux volumes de dessins italiens pour 3,500 florins.

Le comte Malvasia, auteur de la Felsina pittrice, avait une belle collection de dessins, parmi lesquels on remarquait le martyre de saint Pierre, du Titien ; l'homme qui tombe du mur, dans l'Incendie del Borgo ; l'homme qui scie du bois et celui qui enfonce des clous, dans l'Arche de Noé, de Raphaël ; le soldat changé en pierre , d'Annibal Carrache ; mais le chef-d'œuvre de cette collection était l'incomparable dessin de la Bataille de Constantin , par Raphaël; ce dessin fut acheté par M. Crozat; il ne figura pas dans sa vente parce qu'il l'avait légué au marquis Duchâtel.

Sous le pontificat d'Innocent XI, de 1676 à 1689, le marquis del Carpio, ambassadeur de sa majesté catholique, rassembla un grand nombre de dessins des peintres anciens et modernes des plus célèbres, qui formaient trente volumes.

En 1686, Carie Maralte avait réuni une très-belle collection de dessins des meilleurs maîtres, qui s'élevait alors à seize volumes et qu'il augmentait tous les jours. On y voyait un magnifique dessin de Carrache, représentant la procession de saint Charles-Borromée à Milan, pour la déli-

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vrancc delà peste; Manille a\ail aussi consené un grand nonil)ie des éludes de sa jeunesse, d'après Hapliaël.

Monseiî^ueui- Marclielli, évècpie d'Arezzo, possédait deux mille six cent Ireiile-huit ilessins, qui avaient été choisis par le père Resta, grand connaisseur de celte époque.

Le peintre Bcncdello Luti avait réuni quatorze mille cinq cent soixante-cinq dessins, dans cent quatorze portefeuilles. Dans l'un, il y avait deux cent cinquante-neuf dessins de Raphaël et du Corrége ; dans un aulre, quatrevingt-neuf de Léonard de Vinci, de Michel-Ange et de Fra Barlholomeo; enfin, celte collection fut apportée et vendue en Angleterre vers le milieu du siècle dernier.

Sous le règne de Charles I", les deux frères Lanières apportèrent en Angleterre plusieurs heanx dessins qui sont marqués par une grande étoile avec huit pointes, ou par une petite étoile avec cinq pointes. Nicolas Lanières eut une grande part dans les achats faits pour la collection de Charles I".

Sir Peter Lely avait désiré terminer ses études en Italie ; mais retenu en Angleterre par les nombreuses affaires dans lesquelles il était engagé, il forma une collection bien choisie d'estampes, de dessins et de tableaux des grands maîtres. Il avait trois mille dessins tous marqués P. L. Ils furent vendus, après sa mort, en 4688, pour environ 2,300 livres sterling. Un dessin de Raphaël fut adjugé, dans cette vente, pour 100 livres sterling à M. Bergerstein de La Haye, et passa plus tard dans la collection de M. Fhnck, de Rotterdam, qui fut ensuite achetée par le duc de Devonshire, l'heureux possesseur des beaux dessins du Claude, connus sous le nom de Liber verilatis. Ce dessin représente Constantin haranguant ses soldats; il est en longueur, à la plume et au lavis, sur un papier brun et rehaussé de blanc.

Les Italiens avaient le goût des collections nombreuses de dessins ; ils conservaient beaucoup d'esquisses sans

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importance, dans lesquelles les œuvres capitales étaient comme perdues.

Du temps de Louis Carrache, les dessins étaient à la mode parmi les prélats de la cour de Rome ; ils se disputaient ceux de ce maître; le prix en fut fixé à une pistolc pour chaque petit dessin, et à un prix plus élevé pour d'autres, en proportion de leur grandeur; alin de satisfaire à cet empressement , Louis Carrache fit une fois dix-huit madones en deux jours.

Le commerce des faux dessins date de loin. Calvart, qui avait copié un grand nomhre de statues à Rome, les tableaux de Raphaël, du Corrége, et du Parmesan, était un jour chez un cardinal qui lui montrait une collection de dessins. Il en reconnaissait facilement les auteurs; mais lorsqu'il arriva à une ligure nue de Michel- Ange, dans son Jugement dernier, et à deux de Raphaël dans l'École d'Athènes, il dit au cardinal qu'il savait mieux que personne que ce n'étaient point des originaux, puisqu'il les avait copiés avec quelques changements, indiqués par un certain Pomponio, qui, après avoir enfumé et sali le papier, les avait vendus au cardinal.

Apres François P"", il y eut en France une lacune dans le goût des tableaux: on n'y recherchait guère que les émaux et les ciselures d'Italie. Les Valois attirèrent des astrologues, des baigneurs, des parfumeurs, des empoisonneurs. Les guerres de religion et l'austérité protestante n'encourageaient pas le goût des collections. Ce n'est guère que sous Louis XIII et le cardinal de Richelieu, et sous la régence d'Anne d'Autriche, après la Fronde, que la curiosité se ranima. Le cardinal Mazarin , que l'esprit de parti traitait de faquin, eut le bon goût d'acheter du banquier Jabacli tout ce qui, dans cette beUe collection de Charles 1", proscrite avec la royauté anglaise, ne fut pas réservé poui' l'ornenieut du palais du prolecteui- Cromwell.

sriv LA cruiosiTi:. xxix

Les cal.ilop:nos n'éla'KMil pas alors d'un commun usage. Celui dressé sous la républi(|ue d'Au^lelerrc pour la vente des curiosités de Charles I", est un des plus anciens; mais il n'existe pas dans la collection de la I>il)liolliè([ue, qui ne commence guère qu'après le premier quart du siècle dernier.

Cependant, sous Louis XIV, il y avait d'autres colleclioiis que celle du cabinet du roi ; mais leur inventaire, s'il a jamais été dressé, est perdu, et l'on ne trouve quelques traces de leur existence que dans Florent Lecomte et dans Félibien.

Le relevé suivant des tableaux cités par Félibien, peut donner une idée du nombre et de la qualité des curieux de celte époque.

La Vierge, Noire-Seigneur, saint Jean et sainte Elisabeth, par Raphaël, chez M. l'abbé de Bricnne.

Le même sujet peint par Jules Romain, rapporté de Home par le marquis de Fontenay, ambassadeur du roi, et donné par lui au cardinal Mazarin, qui possédait aussi des tableaux des autres principaux élèves de Raphaël, tels que Franccsco Penni, Perino del Vaga, Polidore de Caravage.

l]n autre Raphaël, chez le président Tamboneau; il avait appartenu à M. de Cheverny; il venait de M. de Lanoue, auquel il avait été vendu 5,000 livres par M"^ la marquise d'Aumont.

Une Vierge de Raphaël, chez le duc de Saint-Simon.

Deux tableaux de Palme le Vieux rapportés d'Italie par M. de la Houssaye, ambassadeur à Venise.

La Vierge, le petit Christ et saint Joseph dans un paysage, par le même, à l'hôtel de Condé.

Vénus et Adonis par le Titien , et plusieurs Dominiquin, chez le chevalier de Lorraine.

L'Enlèvement des Sabines, par François Bassan, provenant du pillage de l'hôtel du maréchal d'Ancre, chez le président Thorigny.

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