XXX LETTRE A L'AUTEUR
La Nativité de Notre-Seigneur, par Annibal Carrache, chez le marquis d'Hautcrive. Ce tableau venait de M. le duc de Liancourt, auquel il avait été vendu par M. Jabach.
La Fuite en Egypte, Calisto, Vénus près d'une fontaine, avec les Grâces et les Amours, par le même, chez M. de Lanoue.
Saint François, par Domenico Feti, chez M. le marquis d'Hauterive.
Un beau dessin de Tempesta, chez le révérend Père de La Chaise, jésuite, confesseur du roi, aussi curieux et amateur de beaux dessins que de médailles, dont il possédait une parfaite connaissance.
Adam et Eve dans le Paradis terrestre, par le Dominiquin, chez M. Le Nôtre, contrôleur des bâtiments.
La Chute des réprouvés, la Chasse aux lions, Susanne et les Deux Vieillards, une Bacchante, la Vue de Cadix, la Madeleine aux pieds de Notre-Seigneur, un Bain de Diane, saint Georges, par Rubens, chez le duc de Richelieu.
Première Pensée de la Communion de saint Jérôme, par le Dominiquin, chez M. le marquis de Seignelay. Ce tableau avait été apporté de Rome par un secrétaire du duc de Guise; il avait passé dans les mains de M. de Clairville et, à sa mort, chez M. de Colbert, coadjiiteur de Rouen.
Le Ravissement d'Hélène, par le Guide, chez M. de La Vrillière, secrétaire d'État. Ce tableau avait été fait avec beaucoup de soin pour le roi d'Espagne, à la sollicitation de son ambassadeur et aux pressantes recommandations du cardinal Barberini. Lorsque le Guide l'eut envoyé à Rome, n'ayant pas trouvé dans les ministres d'Espagne une disposition à le récompenser généreusement de son travail, il le lit reporter à Bologne. Un marchand de Lyon l'acheta pour la reine Marie de Médicis ; mais, connue dans ce même temps elle sortit de France et se retira dans les Pavs-Bas, ce tableau demeura entre les mains du mar-
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chaiid qui, qu(>lqu('s années après, le vendit à M. de Li Vrillière. Cet ouM'age a passé pour un des plus beaux du Guide. Lorsqu'il l'eut achevé, tous ses amis et les plus intelligents en peinture le virent et l'admirèrent, et il n'y eut point de poètes ni de savants hommes à Bologne, qui ne composassent des vers en l'hoimeur (hi peinhc et d\i talilcau.
Bacehus qui rencontre sur le hoi-d de la mer Ariane abandonnée par Thésée, par le Guide, chez 31. d'Emery, surintendant des finances. Le cardinal Barberini l'avait fait faire pour la reine d'Angleterre; il était composé de près de vingt figures, dont les expressions et les airs de tète étaient admirables; mais trop de beautés découvertes qui avaient tait admirer ce tableau en Angleterre, furent cause de sa perte en France. Sitôt que M. d'Emery fut mort, j\[me d'Emery, peu touchée du mérite du peintre et de l'excellence de l'ouvrage, ne put souffrir davantage chez elle les nudités qu'elle avait vues avec peine dans ce tableau; et ayant commandé qu'on le mit en pièces, elle fut si ponctuellement obéie que ses domestiques le mirent par morceaux sans épargner aucune figure.
Deux petits tableaux où le Guide a représenté la Vierge qui coud, dont l'une, qui est au palais Mazarin, est vêtue de blanc, et dont l'autre, chez M. le marquis de Fontenay, est vêtue de rouge.
Le Baptême de Notre-Seigneur par l'Albane , chez M. le Prince ; il vient de chez le duc de Lésdiguières.
Une Fuite en Egypte par le même, chez 31. Belluchon, venant de chez le duc de Grammonl.
Une Vierge par le même, chez le chevaliei' de Lorraine.
La Peste par le Poussin , dont il n'avait eu que 60 écus, chez M. le duc de Richelieu qui l'a payé 3,000 écus.
Vient ensuite le relevé d'un grand nombre de tableaux du Poussin, avec quelques détails intéressants.
Les Sept Sacrements peints pour le cavalière del Pozzo,
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afin de reconnaître ses bons offices et ses témoignages d'affection. Ce sont ces ouvrages si excellents qui firent désirer à 31. de Chantelou, maître d'hôtel du roi, d'en avoir de semblables. Le chevalier del Pozzo eut en outre, du Poussin, un saint Jean-Baptiste qui baptise dans le désert. Il en envoya deux à Turin au marquis de Voglicra, l'un représentant le Passage de la mer Rouge, l'autre l'Adoration du Veau d'or, qui tombèrent ensuite dans les mains du chevalier de Lorraine, curieux, plein de goijt, comme on voit, mais fort vilain homme du reste.
Le Poussin peignit aussi, pour le maréchal de Créqui, un Bain de femmes, un grand tableau du Ravissement des Sabines qui a été h M"^ la duchesse d'Aiguillon et qui a passé depuis dans le cabinet de M. de La Ravoir ; Moïse frappant le rocher, pour M. Gilliers. Ce tableau, après avoir figuré dans les cabinets de MM. de l'Isle Sourdière, du président Bellièvre, de M. Dreux, était arrivé dans celui du marquis de Scignelay.
En 1637, Le Poussin travailla à un grand tableau qui se voyait dans la galerie de M. de LaVrillière, secrétaire d'État, représentant comment Furius Camillus renvoie les enfants des Falisques et fait fouetter leur maître. Quelques années auparavant, le Poussin avait traité le même sujet sur une toile de médiocre grandeur; le plus petit était dans les mains de M. Passart, maître des comptes. Il fit encore dans le même temps deux tableaux, l'un pour Lafleur, peintre, où il représenta Pan et Syrinx, l'autre pour le sieur Stella, où l'on voit Armide qui emporte Renaud. Le premier était chez le chevalier de Lorraine, et l'autre chez M. de Boisfranc. Le sieur Stella obtint, en outre du Poussin, Hercule qui emporte Déjanire et qui était dans le cabinet de M. lie Chantelou; il avait précédemment envoyé pour le cardiual de Richelieu quatre Bacchanales et le Triomphe de Nepluue.
Sur la tin de 1643, le Poussin envoya à M. de Chantelou
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le tableau (lu Ravissenicut de sainl Paul, en le sii|i|>lianl, tant pour éviler la calomuie que la houle qu'il aurait que Ton vît son lablcau en parangon d'un tableau de Raphaël auquel il devait servir de [)eudant, de le tenir séparé et éloigné de ee qui pourrait le ruiner et lui l'aire perdre si peu qu'il avait de beauté. Mais le chevalier del Pozzo répondit deux lettres dans lesquelles il parle si avantaseusenicnl du tableau de saint Paul qu'il ne l'estime pas moins que celui de Raphaël qu'il avait acheté à Bologne. 11 dit que c'est ce que le Poussin a fait de meilleur, et qu'en les comparant l'un avec l'autre, on pourra voir que la France a eu son Raphaël aussi bien que l'Italie.
Suit une nomenclature de tableaux qui complète à peu près l'œuvre du Poussin.
Félibien termine en disant : « Il y a encore plusieurs tableaux de ce savant homme, desquels je ne me souviens pas présentement, qui se trouvent en divers cabinets de Paris et que l'on déplace souvent ou par la mort des curieux, ou par les échanges et les ventes qui s'en font. »
Il résulte clairement de tout ce qui précède, que du temps de Félibien, il y avait des curieux et des marchands de tableaux, et par conséquent des ventes de collections. Que sont devenus leurs catalogues imprimés ou manuscrits? (Cherchez bien : vous les retrouverez peut-être un joiu-, et vous ferez un nouveau livre, bien entendu, sans que je sois obligé d'y ajouter une nouvelle préface.
Ce qui peut nous consoler de la perte des catalogues des curieux dont parle Félibien, c'est qu'ils n'auraient probablement contenu que l'inventaire tout sec des tableaux, avec le nom du maître, une description très-sommaire des tableaux el des dimensions.
C'est ainsi qu'est rédigé le « Catalogue des tableaux flamands du cabinet de feu S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans (avec écussou aux trois fleurs de lis), imprimé à