XXII LETTRE A L'AUTEUR
La duchesse de Richemond (galerie de Windsor) ;
La reine Marie de Médicis, une rose à la main;
La Vierge, le Christ et saint Joseph regardant la danse des anges, acheté dans le siècle dernier par Robert Walpole 800 livres, et vendu à l'impératrice Catherine avec la galerie de Houghton ;
La Vierge et TEnfant Jésus adorés par les Saints, du Giorgion, acheté 114 livres par Jabach (collection du Louvre);
Le portrait d*un marchand ouvrant une lettre, par Holbein, présent de sir Henri Vane, vendu 100 livres ;
Trois sujets de la légende de saint Sébastien , par Lucas de Leyde, vendus 101 livres;
Les Joueurs d*échecs par le même, quinze figures, de la collection de Mantoue ;
Les enfants du roi Henri VU par Jean de Mabeuse (collection d'Haroptoncourt).
D*Ândré Mantegna :
Le Triomphe de Jules César, de la collection de Mantoue, estimé 1000 livres (collection d*Hamptoncourt);
La Vierge, TEnfant Jésus, saint Jean, et dans le paysage, saint Christophe, saint Georges, saint Jérôme, saint François et saint Dominique ; de la collection de Mantoue ;
La Mort de la Vierge entourée par les apôtres ;
La Femme adultère;
Mutins Scœvola ;
La Vierge, Tenfant Jésus, saint Jean et l'agneau, par Garofalo, collection de Mantoue.
Pe Raphaël :
Les célèbres Cartons , rachetés par ordre de Cromwell pour la nation (Hamptoncourtj ;
La Vierge, l'Enfant, saint Jean et sainte Elisabeth, tableau connu sous le nom de la Perle^ vendu 2,000 Uvres à do^ Alonzo de Cardenas (musée de Madrid);
SUR LA CURI031TE. mu
La Vierge, FEnfant et saint Jean ; ce tableau longtemps dans la maison d*Âlbe et appelé pour cela le Raphaël d'Âlbe, vendu 600 livres (galerie de TErmitage).
Saint George et le dragon; Charles 1" Tavait eu de lord Pembroke en échange d*un livre de dessins d*Hol-( bein, vendu 180 livres. ( Ce tableau, du temps de Félibien, appartenait au marquis de Sourdis ; on le retrouva dans la collection Crozat, et il est maintenant à FErmitage.)
Du Guide :
Hercule et Cacus , vendu 400 livres ; Vénus habillée par les Grâces , vendu 200 liv. ( Gale nationale).
De iules Romain :
La Naisssance du Christ, acheté par Jabach 600 livres (au Louvre);
La Naissance d'Hercule, de la collection de Mantoue, vendu 114 livres;
Les portraits des Empereurs romains, vendus 1,100 liv.
De Rubens :
Les Bienfaits de la Paix, vendu 100 livres ( Galerie nationale).
D'André del Sarte :
La Vierge, l'Enfant et un ange, de la collection de Mantoue, acheté 230 livres par don Alonzo de Cardenas (musée de Madrid ).
Du Titien :
Le Christ au tombeau, collection de Mantoue, vendu 120 livres ( au Louvre ) ;
Les Pèlerins d*Emmaûs, acheté par Jabach (au Louvre);
Le portrait du peintre et celui d*un sénateur vénitien , vendus 110 livres (collection de la reine d'Angleterre);
Titien et sa maîtresse, vendu 100 livres (au Louvre).
Luv LETTRE A L'AUTEUR
De Perino del Yaga :
Le Parnasse, yendu i07 libres (au LouTre) ;
De Léonard de Vinci ;
Saint Jean-Baptiste» acheté par Jabacb 140 livres (au Louvre),
 la déchéance de Charles 1% les arts furent enveloppés dans la proscription de la royauté, et le fanatisme religieux poussa le parlement à voter, en 164S , les résolutions suivantes :
« Les tableaux qui sont à York-Hoose et qui ne portent aucune trace de superstition, seront immédiatement Tendus au profit de llrlande et du Nord.
« Tous les tableaux dans lesquels on représente la seconde personne de la Trinité et la Vierge Marie seront brûlés. »
Plus tard, le 20 février 1648, le comité de la marine fut autorisé à se faire de Targent par la vente de la couronne, des bijoux» tapisseries et autres biens du dernier roi. Deux jours après, Cromwell, qui dès qu'il fut en possession du pouvoir, avait arrêté la dispersion de la collection royale, prévenu que plusieurs de ces biens couraient risque d*être détournés, notifia Tordre suivant : c La garde de la bibliothèque et des tableaux de Saint-James est confiée au conseil d'État t. Ce qui n*empêcha pas le parlement, un moi' après, de décréter que les biens mobiliers du dernier Rc de 1a reine et du prince seraient inventoriés, estimés vendus, à Texception de ceux que Ton jugerait convena dé réserver pour Tusage de TÉtat ; et ce choix fut confié conseil d'État, Des commissaires furent chargés de inventaire, et d'autres personnes, qui ne pouvaient prises dans la Chambre, de faire la vente. Le produit d servir à payer les dettes du roi et de la reine, et le devait être appliqué à l'utilité publique, les pre? trente mille livres étant affectées à la marine.
Les principales pièces furent estimées assez chf
SUR LA CURIOSITÉ. uv
quesmnes forent vendues au-dessus de cette estimation, mais beaucoup d'autres furent achetées à vil prix par des peintres et des gens de la maison du roi, chez lesquels elles restèrent longtemps offertes en vente.
Quant aux bijoux, le parlement, immédiatement après la mort du roi, avait fait saisir la couronne et le sceptre. La reine avait vendu de ces bijoux pour une certaine somme à rétranger, et, du vivant du roi, il avait été disposé du for meux collier de rubis qui avait appartenu à Henri Ylli. La perle que Charles I*' portait à son oreille fut enlevée après son exécution et donnée plus tard par le roi Guillaume à son favori Portland.
Le produit de toutes ces ventes s'éleva à 118,080 livres sterUng, soit 2,62S,000 fr. Les acheteurs pouvaient se dispenser de prendre livraison en abandonnant un quart des prix. Un grand nombre d'objets furent détournés. On cite parmi les acheteurs, les agents du roi d'Espagne et du cardinal Mazarin, le banquier Jabach, les peintres Decritz, Wright, van Lemput, sir Balthazar Gerbier; on voit figurer un M. John Leigh qui paie 109 livres pour le compte du lieutenant général Gromwell, et 200 livres pour lady Cromwell.
Après la restauration, une commission fut instituée pour rassembler les débris de cette collection ; quelques tableaux qui étaient dans le cabinet de Gérard Reyntz, un curieux hollandais, furent rachetés par les États et offerts à Charles II. Un seul tableau, Charles l" à cheval par Van Dycli, fîit recouvré au moyen d'un procès intenté à Rémi van Lemput, Ce peintre était un des premiers brocanteurs qui d'Anvers passèrent en Angleterre avec une collection de tableaux et de curiosités, pour les exposer en vente publique, ce qui se faisait déjà à Anvers dans la salle des peintres située an-dessus de la Bourse. Ce fut là que se ât, en 1648, la vente de la collection Buckingham, et pour cette permission le duc paya 100 florins à la confrérie des peintres.
XXVI LETTRE A L'ADTEUR
Van Lemput avait pu vendre son tableau 1500 livres : il n*en reçut que 300 et avec beaucoup de peine.
On retrouva plus tard dans la vente du peintre sir Peter Lely, plusieurs tableaux qui venaient des collections de lord Ârundel, du duc de Buckingham et de Charles V\
Pendant ce temps» le goût des dessins s'était maintenu en Italie.
Frate-Ignazia Danti, mathématicien de sa sainteté, possédait un livre de dessins de tous les grands maîtres du temps.
Joachim de Sandrart, auteur de YAcademia artis pie^ tortŒj vendit en 1640 à Spiringius, ambassadeur de Suède à Amsterdam, deux volumes de dessins italiens pour 3,500 florins.
Le comte Malvasia, auteur de la Felsina pittrice^ avait une belle collection de dessins, parmi lesquels on remarquait le martyre de saint Pierre, du Titien ; l'homme qui tombe du mur, dans l'Incendie del Borgo ; l'homme qui scie du bois et celui qui enfonce des clous, dans l'Arche de Noé, de Raphaël ; le soldat changé en pierre , d'Annibal Car^ rache ; mais le chef-d'œuvre de cette collection était l'incomparable dessin de la Bataille de Constantin , par Raphaël; ce dessin fut acheté par H. Crozat; il ne figura pas dans sa vente parce qu'il l'avait légué au marquis Duchàtel.
Sous le pontificat d'Innocent XI, de 1676 à 1689, le marquis del Carpio, ambassadeur de sa majesté catholique, rassembla un gmnd nombre de dessins des peintres anciens et modernes des plus célèbres, qui formaient trente volumes.
En 1686, Carie Haratte avait réuni une très-belle collection de dessins des meilleurs maîtres, qui s'élevait alors à seize volumes et qu'il augmentait tous les jours. On voyait un magnifique dessin de Carrache, représentant procession de saint Charles-Borromée à Milan, pour la dé
•SUR LA CURIOSITE. xxTii
vrance delà peste; Maralte airait aussi conservé un grand nombre des éludes de sa jeunesse, d'après Raphaël.
Monseigneur Marcbetti , évèque d'Arezzo, possédait deux mille six cent trente-huit dessins, qui avaient été choisis par le père Resta, grand connaisseur de cette époque.
Le peintre Renedetto Luti avait réuni quatorze mille cinq cent soixante-cinq dessins, dans cent quatorze portefeuilles. Dans l'un, il y avait deux cent cinquante-neuf dessins de Raphaël et duCorrége; dans un autre , quatrevingt-neuf de Léonard de Vinci, de Michel-Ange et de Fra Rartholomeo; enfin, cette collection fut apportée et vendue en Angleterre vers le milieu du siècle dernier.
Sous le règne de Charles I*% les deux frères Lanières apportèrent en Angleterre plusieurs beaux dessins qui sont marqués par une grande étoile avec huit pointes, ou par une petite étoile avec cinq pointes. Nicolas Lanières eut une grande part dans les achats faits pour la collection de Charles I«.
Sir Peter Lely avait désiré terminer ses études en Italie ; mais retenu en Angleterre par les nombreuses affaires dans lesquelles il était engagé, il forma une collection bien choisie d'estampes, de dessins et de tableaux des grands maîtres, n avait trois mille dessins tous marqués P. L. Ils furent vendus, après sa mort, en 4688, pour environ 2,300 livres sterling. Un dessin de Raphaël fut adjugé, dans cette vente» pour 100 livres sterling à M. Rergerstein de La Haye, et passa plus tard dans la collection de M. Flinck, de Rotterdam, qui fut ensuite achetée par le duc de Devonshire, l'heureux possesseur des beaux dessins du Claude, connus sous le nom de Liber verUatis. Ce dessin représente Constantin haranguant ses soldats; il est en longueur, à la plume et au lavis, sur un papier brun et rehaussé de blanc.
Les Italiens avaient le goût des collections nombreuses de dessins ; ils conservaient beaucoup d'esquisses sans
xxvui LETTRE A L'AUTEUR
importance, dans lesquelles les œuvres capitales étaient comme perdues.
Du temps de Louis Carrache, les dessins étaient à la mode parmi les prélats de la cour de Rome ; ils se disputaient ceux de ce maître ; le prix en fut fixé à une pistole pour chaque petit dessin, et à un prix plus élevé pour d'autres, en proportion de leur grandeur; afin de satisfaire à cet empressement , Louis Carrache fit une fois dix-huit madones en deux jours.
Le commerce des faux dessins date de loin. Calvart, qui avait copié un grand nombre de statues à Rome, les tableaux de Raphaël, du Corrége, et du Parmesan, était un jour chez un cardinal qui lui montrait une collection de dessins. Il en reconnaissait facilement les auteurs; mais lorsqu'il arriva à une figure nue de Midiel-Ange, dans son Jugement dernier, et à deux de Raphaël dans TÉcole d'Athènes, il dit au cardinal qu'il savait mieux que personne que ce n'étaient point des originaux, puisqu'il les avait copiés avec quelques changements, indiqués par un certain Pomponio, qui, après avoir enfumé et sali le papier, les avait vendus au cardinal.
Après François I*% il y eut en France une lacune dans le goût des tableaux : on n'y recherchait guère que les émaux et les ciselures d'Italie. Les Valois attirèrent des astrologues, des baigneurs, des parfumeurs, des empoisonneurs. Les guerres de religion et l'austérité protestante n'encourageaient pas le goût des collections. Ce n'est guère que sous Louis XIII et le cardinal de Richelieu, et sous la régence d'Anne d'Autriche, après la Fronde, que la curie site se ranima. Le cardinal Hazarin , que l'esprit de par traitait de faquin, eut le bon goût d'acheter du banqui' Jabach tout ce qui, dans cette belle collection de Charles proscrite avec la royauté anglaise, ne fut pas réservé p l'ornement du palais du protecteur Cromwell.
SUR LA CURIOSITÉ. xxu
Les catalogues n'étaient pas alors d*un commun usage. Celui dressé sous la république d'Angleterre pour la vente des curiosités de Charles I^, est un des plus anciens; mais il n'existe pas dans la collection de la Bibliothèque, qui ne commence guère qu'après le premier quart du
siècle dernier.
Cependant, sous Louis XIY, il y avait d'autres collections que celle du cabinet du roi ; mais leur inventaire, s'il a jamais été dressé, est perdu , et l'on ne trouve quelques traces de leur existence que dans Florent Lecomte et dans Félibien.
Le relevé suivant des tableaux cités par Félibien, peut donner une idée du nombre et de la qualité des curieux de cette époque.
La Vierge, Notr&^igneur, saint Jean et sainte ÉUsabeth, par Raphaél, chez M. l'abbé de Brienne.
Le même sujet peint par Jules Romain, rapporté de Rome par le marquis de Fontenay, ambassadeur du roi, et donné par lui au cardinal Hazarin , qui possédait aussi des tableaux des autres principaux élèves de Raphaël , tels que Francesco Penni, Perino del Vaga, Polidore de Caravage.
Un autre Raphaël, chez le président Tamboneau; il avait appartenu à M. de Chevemy ; il venait de H. de Lanoue, auquel il avait été vendu 8,000 livres par M** la marquise d'Âumont.
Une Vierge de Raphaël, chez le duc de SaintrSimon.
Deux tableaux de Palme le Vieux rapportés d'Italie par M. de la Houssaye, ambassadeur à Venise.
La Vierge, le petit Christ et saint Joseph dans un paysage, par le même, à l'hôtel de Coudé.
Vénus et Adonis par le Titien , et plusieurs Dominiquin, chez le chevalier de Lorraine.
L'Enlèvement des Sabines , par François Hassan, provenant du pillage de l'hôtel du maréchal d'Ancre , chez le président Thorigny.
MX LETTRE A L'AUTEUR
La Nativité de Notre-Seigneur, par Annibal Carrache» chez le marquis d'Hauierive. Ce tableau venait de M. le duc de Liancourt, auquel il avait été vendu par M. Jabach.
La Fuite en Egypte, Calisto, Vénus près d'une fontaine, avec les Grâces et les Amours, par le même, chez M. de Lanoue.
Saint François, par Domenico Feti, chez H. le marquis d'Hauterive.
Un beau dessin de Tempesta, chez le révérend Père de La Chaise, jésuite, confesseur du roi, aussi curieux et amar leur de beaux dessins que de médailles, dont il possédait une parfaite connaissance.
Adam et Eve dans le Paradis terrestre , par le Dominiquin, chez M. Le Nôtre, contrôleur des bâtiments.
La Chute des réprouvés, la Chasse aux lions, Susanne et les Deux Vieillards , une Bacchante , la Vue de Cadix, la Madeleine aux pieds de Notre -Seigneur, un Bain de Diane, saint Georges, par Rubens , chez le duc de Richelieu.
Première Pensée de la Communion de saint Jérôme, par le Dominiquin, chez H. le marquis de Seignelay. Ce tableau avait été apporté de Rome par un secrétaire du duc de Guise; il avait passé dans les mains de M. de Clairville et, à sa mort, chez M. de Colbert, coadjuteur de Rouen.
Le Ravissement d*Hélène, par le Guide, chez H. de La Vrillière, secrétaire d*État. Ce tableau avait été fait avec beaucoup de soin pour le roi d'Espagne , à la sollicitation de son ambassadeur et aux pressantes recommandations du cardinal Barberini. Lorsque le Guide l'eut envoyé à Rome, n'ayant pas trouvé dans les ministres d'Espagne une disposition à le récompenser généreusement de son travail, il le fit reporter à Bologne. Un marchand de Lyon l'acheta pour la reine Marie de Médicis ; mais, comme dans ce même temps elle sortit de France et se retira dans les Pays-Bas, ce tableau demeura entre les mains du mar-
SUR LA CURIOSITÉ. ixii
chand qui, quelques années après, le vendit à H. de La Vrillière. Cet ouvrage a passé pour un des plus beaux du Guide. Lorsqu'il l'eut achevé, tous ses amis et les plus intelligents en peinture le virent et l'admirèrent , et il n'y eut point de poètes ni de savants hommes à Bologne, qui ne composassent des vers en l'honneur du peintre et du tableau.
Bacchus qui rencontre sur le bord de la mer Ariane abandonnée par Thésée, par le Guide, chez H. d'Emery, surintendant des fmances. Le cardinal Barberini l'avait fait faire pour la reine d'Angleterre; il était composé de près de vingt figures, dont les expressions et les airs de tète étaient admirables ; mais trop de beautés découvertes qui avaient fait admirer ce tableau en Angleterre, furent cause de sa perte en France. Sitôt que M. d'Emery fut mort, M"* d'Emery, peu touchée du mérite du peintre et de l'excellence de l'ouvrage, ne put souffrir davantage chez elle les nudités qu'elle avait vues avec peine dans ce tableau; et ayant commandé qu'on le mit en pièces, elle fut si ponctuellement obéie que ses domestiques le mirent par morceaux sans épargner aucune figure.
Deux petits tableaux où le Guide a représenté la Vierge qui coud, dont l'une, qui est au palais Mazarin, est vêtue de blanc, et dont l'autre, chez M. le marquis de Fontenay, est vêtue de rouge.
Le Baptême de Notre^igneur par l'Albane, chez H. le Prince ; il vient de chez le duc de Lesdiguières.
Une Fuite en Egypte par le même, chez M. Belluchon, venant de chez le duc de Grammont.
Une Vierge par le même, chez le chevalier de Lorraine.
La Peste par le Poussin , dont il n'avait eu que 60 écus, chez M. le duc de Richelieu qui l'a payé 3,000 écus.
Vient ensuite le relevé d'un grand nombre de tableaux du Poussin, avec quelques détails intéressants.
Les Sept Sacrements peints pour le cavalière del Pozzo,
xxiii LETTRE A L'AUTEUR
afin de reconnaître ses bons offices et ses témoignages d'af^ fection. Ce sont ces ouvrages si excellents qui firent désirer à M. de Chantelou, maître d'hôtel du roi, d'en avoir de semblables. Le chevalier del Pozzo eut en outre, du Poussin, un saint Jean-Baptiste qui baptise dans le désert. Il en envoya deux à Turin au marquis de Yoghera, l'un représentant le Passage de la mer Rouge, l'autre l'Adoration du Veau d'or, qui tombèrent ensuite dans les mains du chevalier de Lorraine, curieux, plein de goût, comme on voit, mais fori vilain homme du reste.
Le Poussin peignit aussi, pour le maréchal de Créqui, un Bain de femmes, un grand tableau du Ravissement des Sabines qui a été à M""" la duchesse d'Aiguillon et qui a passé depuis dans le cabinet de M. de La Ravoir ; Moïse frappant le rocher, pour M. Giliiers. Ce tableau, après avoir figuré dans les cabinets de MM. de l'isle Sourdière, du président Bellièvre, de M. Dreux, était arrivé dans celui du marquis de Seignelay.
En 1637, Le Poussin travailla à un grand tableau qui se voyait dans la galerie de M. de La Vrillière, secrétaire d'État, représentant comment Furius Camillus renvoie les enfants des Falîsques et fait fouetter leur maître. Quelques années auparavant, le Poussin avait traité le même sujet sur une toile de médiocre grandeur; le plus petit était dans les mains de M. Passart, maître des comptes. Il fit encore dans le même temps deux tableaux, l'un pour Lafleur, peintre, où il représenta Pan et Syrinx, l'autre pour le sieur Stella, où Ton voit Armide qui emporte Renaud. Le premier était chez le chevalier de Lorraine, et l'autre chez M. de Boisfranc. Le sieur Stella obtint, en outre du Poussin, Hercule qui emporte Déjanire et qui était dans le cabinet de M. de Chantelou; il avait précédemment envoyé pour le cardinal de RicbeUeu quatre Bacchanales et le Triomphe de Neptune.
Sur la tin de 1643, le Poussin envoya à M. de Chantelou
SUR LA CURIOSITÉ. fum
le tableaii du Ravissement de saint Paul, en le suppliant, tant pour éviter la calomnie que la honte qu'il aurait que Ton vit son tableau en parangon d*un tableau de Rapbaêl auquel il devait servir de pendant, de le tenir séparé et éloigné de ce qui pourrait le ruiner et lui faire perdre si peu qu'il avait de beauté. Mais le cbevalier del Pozzo répondit deux lettres dans lesquelles il parle si avantageusement du tableau de saint Paul qu*il ne l'estime pas moins que celui de Raphaël qu'il avait acheté à Bologne. Il dit que c'est ce que le Poussin a fait de meilleur, et qu'en les comparant l'un avec l'autre, on pourra voir que la France a eu son Raphaël aussi bien que l'Ilalie.
Suit une nomenclature de tableaux qui complète à peu près l'œuvre du Poussin.
FéUbien termine en disant : c II y a encore plusieurs tableaux de ce savant homme, desquels je ne me sou* viens pas présentement, qui se trouvent en divers cabinets de Paris et que l'on déplace souvent ou par la mort des curiein, ou par les échanges et les ventes qui s'en font. »
Il résulte clairement de tout ce qui précède, que du temps deFélibien, il y avait des curieux et des marchands de tableaux^ et par conséquent des ventes de collections. Que sont devenus leurs catalogues imprimés ou manuscrits? Cherchez bien ; vous les retrouverez peut-être un jour^ et vous ferez un nouveau livre, bien entendu, sans que je sois obligé d'y ajouter une nouvelle préface.
Ce qui peut nous consoler de la perte des catalogues des curieux dont parle Félibien, c'est qu'ils n'auraient probaUement contenu que l'inventaire tout sec des tableaux, avec le nom du maitre, une description très-sommaire des tableaux et des dimensions.
C'est ainsi qu'est rédigé le < Catalogue des tableaux flamands du cabinet de feu S. Â. R. monseigneur le duc d*Orléans (avec écusson aux trois fleurs de Us), imprimé à
kxiiT LETTRE A L'AUTEUR
Paris en 1727, rae Saint-Severin, chez d'Houry» BMFÉIlprt* meur et libraire de monseigneur le duc d*0rl£ttn8.»
Il n*y a point de nom d*auteur, et, âauf les indicatloiis succinctes dont nous avons déjà parlé, ce méchant càta^ logue ne contient que l'avertissement suivant : c Ceux qui voudront acquérir les tableux flamands de feu S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans, s'adresseront à M. d'Argenson, conseiller d'État et chancelier de monseigneur le duc d'Orléans, qui les leur fera montrer; il recevra leurs offres jusqu'à la fin du mois de mai et, s'il ne s'en fait ptts de raisonnable qu'il puisse accepter, la vente en détail 8*011* vrira le samedi 9 juin 1727. »
M. d'Argenson ne prit même pas la peine de relire ce catalogue rédigé probablement par un de ses commis» car il n'eût pas toléré la singulière orthographe des noms de peintres. Elzcimer n'y est désigné que par son prénom d'Adam, Breemberg que sous celui de Bartholomé : on y trouve des Girard Donij des Griflr^ des Miris^ des Petrenefj des Scalquen, des Vandreverfel des Vauvremens»
Le premier catalogue français , qui intéresse par la nature des œuvres dont il dresse l'inventaire et par sa rédaction, est celui que M* de Marolles, abbé deVilleloin, publia en 1666 ; il y avait quarante années qu'il recherchait laborieusement en divers lieux les plus belles estampes des meilleurs maîtres anciens et modernes. N'ayant personne dans sa famille qui pût conserver après lui une chose aussi agréable et aussi précieuse, il décrit sa collection pour donner à d'autres Tidée d'en former une. Son catalogue est une exhotiatibn aux curieux de son époque, qui peut servir de manuel à ceux de tous les temps. Son style est de trop bon aloi pour que je n'en gratifie pas vos lecteurs : votre livre est une suite de citations; il ne faut pas que f préface se donne des airs d'originalité. Je laisse do parler ce bon abbé de Villeloin.
a Si plusieurs personnes de qualité, qui ont de l'esp
SUR LA CURIOSITÉ. ixxr
aussi bimque (les richesses, savaient le plaisir que donnent les belles estampes, lesquelles contiennent presque tout ce qu'il y a de considérable dans les ouvrages exquis des plus grands peintres el sculpteurs qui ont vécu en divers siècles » il est certain qu*il ne s'en trouverait pas assez pour satisfaire leur curiosité, puisque déjà même elles sont aujourd'hui si rares, non-seulement des vieux maîtres et de tous ceux qui se sont acquis le plus de repu** lation dan^ leur art , mais encore des médiocres de Vautre siècle qui ont travaillé à des sujets importants, que telles pièces qui sont aujourd'hui si chères doubleraient leur prix, et iraient peut-être bien encore au delà si elles se trouvaient à vendre.
c n y en a de belles, quand elles se peuvent trouver bien conditionnées , c'est-à-dire entières, blanches de papier et de belle impression, lesquelles sont presque uniques ou qui se trouveraient à peine doubles ou triples dans un grand royaume conune la France, tant elles sont rares de la sorte que je le dis ; car, pour les estampes originales des plus grands maîtres, lesquelles sont ou gâtées ou mal imprimées ou de planches usées , il s'y en trouverait sans doute bien davantage; mais les curieux qui s'y connaissent ne les estimeraient nullement et n'en, donneraient rien du tout, et certes la différence pour le prix s*y trouve souvent entre telle et telle estampe originale, avec la même proportion qu'il y. a entre dix sous et dix louis d^or.
€ Ainsi', par exemple, on pourrait trouver une œuvre d'Albert Durer complète, des cent quatre pièces en tailledouce qu'il a faites pour 2 ou 300 francs ; mais il s'en trouve aussi de 60, de 80 et de 100 pistoles; et celle qui est dans mon recueil , laquelle fut Caite en partie par feu M. l'abbé de Saint-Ambroise, est incomparable. Aussi fut-il quarante ans à la &ire , sans parler de douze pièces uniques à la plume et au crayon de la main du même Albert, lesquelles ne se trouvent point ailleurs et sont des études et des
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essais fort achevés de ce merveilleux ouvrier fini n^avait pas moins excellé au pinceau qu'au burin » outre êon œuvre en bois et en étain dont nous avons également recueilli des pièces très-exquises.
c On en pourrait dire autant et peut-être encore davaiiftage des œuvres de Lucas de Leyde, de Marc-Antoine^ d'Augustin Vénitien » de Silvestre de Ravenne, de François Parmesan , de ceux qu'on appelle les petits maitresy et des vieux maîtres qui se trouvent si mal aisément; car certain nement il serait aujourd'hui fort difficile de faire ces œuvres complètes, et, si je ne me trompe, un grand prince en ferait mal aisément de semblables à celles qui sont tombées entre mes mains , quelque soin qu'il y pût apporr ter, s'il ne les prenait point dans le grand choix que j'en ai fait.
€ Cependant ces choses-là font une bonne partie de ce qui nous reste de meilleur des ouvrages de plusieurs grands peintres et sculpteurs qui n'ont pas cru se rendre moins recommandables par l'invention des belles estampes que par leurs pièces tant admirées sur la toile, sur le bois, sur le marbre et sur le bronze, si elles sont soigneusement conservées dans les Uvres où elles tiennent peu de place, et ne se peuvent gâter si elles y sont exemptes de l'eau et du feu, car rien à la longue ne saurait être à l'épreuve de la violence et de la fureur de ces deux éléments.
a Aussi, faut-il avouer que les livres d'estampes , quan4 elles sont exquises et bien choisies, sont l'un' des plus beaux ornements qui se puissent apporter dans les grandes bibliothèques, et partout on trouve les autres livres nécef saires qui en composent à la vérité le princif^al dessi pour la connaissance des sciences et des belles lettrei parce que l'impression les a si f)ien multipliés qu'il y er peu de très-rares; mais les livres de belles estampes cueillis de divers lieux, le sont devenus en un point, quatre ou cinq curieux puissants en tariraient la sour
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telle sortie. i|B% ne s'en trouverait pas du tout hors de chez eux»
c Je ne parle pas ici des pièces communes qui se vendent aux coins des rues ni chez la plupart des marchands , lesquelles sont d^ nulle ou de fort petite considération , bien qu'il s'y en trouve quelquefois de fort belles ; mais c'est d'ordinaire sans aucune suite complète , et il faut plusieurs années pour y faire seulement un livre entier de l'œuvre de Raphaël et des Garraches ou du Parmesan, et quelques^ uns ont fait des dépenses prodigieuses pour un seul recueil des pièces des vieux maîtres, qui sont s^ns date, sans nom et sans marque de peintres ou de grfiveurs , et qui ne sont connues que par la manière ou qui se distinguent seulement les unes des autres par la figure d'un caducée, d'un chandelier, d'une chandelle qui s'éteint, d'une étoile, d'un pot y d'un boisseau, d'une écrevisse, d'un scorpion, d'un dard^ de deux bourdons croisés, d'une souricière, d'un chien, d'une sauterelle, d'un oiseau, d'un lacet noué, et quelquefois par une sentence de l'Écriture ou par le nom de Jésus.
c n y en a d'autres aussi plus communes qui ne laissent pas d'être estimées, quapd l'impression en est belle, sans quoi pas une seule des unes çt d^s autres ne saurait être recherchée par les curieux qui s'y connaissent tant soit peu. 9
Le bon abbé de llarolles pressentait que sa collection serait la base sur laquelle s'élèverait ce magnifique monument de l'art qu'on appelle la collection des estampes de la bibliothèque, et qui , bien qu'on l'ait un peu mieux logée , devrait être revêtue des plus belles reliures du pionde et installée dans un palais ^yec des conservateurs beaucoup mieux rétribués en honnnrs. et en argent qu'ils ne le sont aujourd'hui ; car passer sa vie au milieu de ces merveilles, être chargé de leur garde et de leur conservation , avoir à les montrer pour l'instruction des artistes et pour l'admi-
xxxYiii LETTRE A L'AUTEUR
ration des curieux, c*est exercer une fonction publiée dui premier ordre.
L'abbé de Marolles n'est pas moins intéressant lorsqu'il raconte les peines qu'il s'est données pour former sa eol^ lection et pour l'arrangement de son recueil.
« J'ai élé beaucoup plus loin en ces choses-là que je ne l'eusse pu croire au commencement, et quoique j'y aie pris beaucoup de plaisir conune à un divertissement honnête , si est-ce que je suis persuadé qu'un homme puissant et riche y en eût encore bien pris dayantage que je n'ai fait» parce qu'avec un peu de génie et d'amour pour toutes les belles connaissances qui s'en peuvent tirer, il l'aurait accompli sans doute avec beaucoup plus de facilité et de magnificence, quoiqu'il eût été peut-être mal aisé de le faire avec plus de soin et de propreté , sans quoi il faut avouer qu'il ne s'y rencontrerait pas la moitié de l'agrément et de l'instruction qui s*cn peut attendre et qu'il y faut chercher.:
« Ainsi donc, que cela soit dit, les estampes doivent être propres et bien choisies ; elles doivent être de belle impres-' sion, et disposées en bon ordre, soit qu'on les arrange par les œuvres des maîtres, ou qu'on les dispose par les sujets différents. Au reste, il ne faut pas appréhender d'en remplir toutes les pages d'un livre, pourvu qu'elles ne maculent pas, comme parlent les libraires, et qu'elles y soient mises avec proportion, et certes elles y seront toujours beaucoup mieux de la sorte, que si on ne les y mettait que d'un côté, et qu'il y demeurât toujours visfà-vis une page blanche qui no servirait qu'à choquer la vue, et à multiplier mal à propos les volumes d'un grand recueil, tel que celui que j'ai pu faire. C'est pourquoi j'ai été d'avis d'en user d'autre sorte, et de réduire en cinq cents volumes assez considérables, ce que j'eusse pu renfermer en plus de mille, si je ne les eusse tous remplis de figures de part et d'autre. Il me semble que je n'y ai pas mal réussi, puisquf d'ailleurs les anciennes estampes ne se gâtent point étar
SUR LA CURIOSITÉ. xiiii
ainsi opposées les unes aux autres, quand -elles sont bien sèches rt d*une bonne impression.
a II y a néanmoins une méthode en ces choses-là, que j'ai gardée pour les mettre proprement, sans grossir trop le milieu d'un livre, quoiqu'il ne faille pas toujours y apporter tant de curiosité » qu'il n'y eût rien da tout à désirer, pourvu que d'ailleurs les pièces soient bien con? servées, et qa'elles s'y voyent sans incommodité. Il n'est pourtant pas nécessaire de les y coller à plat, et surtout les pièces rares et précieuses des grands maîtres, qui se trouvent quel^iefois si malaisément , à quoi peu de colle de farine ou d'amidon peut suffire aux quatre coins sur du beau papier, dont la dépense aussi bien que la reliure des livres est assez considérable. »
L'abbé de tf arolles, conmie tous les curieux à état d'enthousiasme, ne se bornait pas à rechercher les estampes, à , les nettoyer, à les coller et à les classer dans ses livres ; il s'exaltait dans leur possession* Ce n'était pas pour lui la simple reproduction des tableaux ou des premières idées des maîtres ; le mérite de la pointe et du burin ne lui suPr usait pas, la récréation de la vue et de l'imagination n'était pas sa seule jouissance ; mais quand il contemplait ses cinq cents volumes, il croyait avoir sous les yeux l'ensemble des connaissances humaines, et ce qu'il dit de ses estampes aiHraît pu servir de préface à l'Encyclopédie :
c Les estampes bien choisies et bien disposées donnent agréablement la connaissance, non-seulement de toutes les sciences et de tous les beaux-arts, mais encore de toutes les choses imaginables.
«La grammaire y trouve ses éléments, ç'estrà-dire ses lettres, ses syllabes, ses mots, et ses constructions par des figures qui expriment toutes ces choses en diverses ma-* nières. Albert en a même fait des livres entiers, et nous avons de plus jquurante sortes d*alphabets, hébreux, grecs^ latins lA de toutes les autres langues, sans, parler des hié*