‹ Le trésor de TrèvesChapitre 10 sur 47 · FACE POSTÉRIEURE ET PETIT COTÉ DE DEVANT · texte numérisé non relu

FACE POSTÉRIEURE ET PETIT COTÉ DE DEVANT

A la face du bout du pied, la bordure est la même qu'à l'autre petit côté : elle encadre un champ, filigrane, gemmé et coupé en double croix de Saint-André par des perles enfilées, avec anneaux de séparation. Au milieu saillit un autre fermail, d'aspect mérovingien, à contour cloisonné, serré à la base par un chapelet de perles.

L'autel, dans son état actuel, présenterait quatre époques distinctes : deux bijoux réputés mérovingiens et rapportés comme ornement; un coffret, entièrement du x° siècle ; un remontage au xie et une réparation très minime au xiv° siècle.

On pourrait même retrancher l'ère mérovingienne, ce qui ne serait pas invraisemblable, quoique hardi. En effet, si Egbert a associé le verre à l'émail sur l'étui du saint Clou, où l'on ne constate pas deux époques différentes, pourquoi ferait-on cette distinction sur l'autel portatif, qui, avec le même fondement, reviendrait à lui seul dans son ensemble? L'archevêque, au lieu de se servir d'un bijou antérieurement fabriqué, l'aurait fait à nouveau à l'instar des œuvres mérovingiennes, continuant ainsi ou reprenant une tradition d'atelier ailleurs abandonnée. Uaurcus, employé à titre d'objet précieux, n'aurait pas plus qualité pour dater le cloisonnage que les camées que nous rencontrerons à la bibliothèque et à Saint-Mathias. Cette explication nouvelle est rendue tout à fait plausible par un texte emprunté à la correspondance même d'Egbert. Gerbert, archevêque de Reims, lui écrit : « Exiguam materiam nostram magnum et célèbre ingenium vestrum nobilitabit, cum adjunctionc vitri, tum compositione artificis elegantis. » De cette adjonction du verre résultera, grâce au génie de l'archevêque et à l'habileté de l'artiste, une forme admirable, qui réjouira à la fois l'esprit et le regard : « Admira-

io AUTEL PORTATIF

bilcm formam, quas mcntem et oculos pascat. » (Migne, Patrolog., t. 137, col. ^14, epist. C1V.)

Une autre fois, il lui demande une croix travaillée par sa science et qui produise une œuvre agréable aux yeux: « Crucem vestra scientia, ut speramus, claboratam, si fieri potest, kalendas novembris dirigite,... opus placens » (Ibid., t. 139, col. 229, epist. CVI) ; puis il le remercie de cette croix, ouvrage admirable, fait pour le plaisir des yeux : « Sentiunt et illi qui admirabile opus crucis a vobis nostro nomini elaboratas non sine magna oblectatione conspiciunt. »(Ibid.} col. 232, epist. CXXVI.)

Egbert, qui s'était mis à la tète du mouvement artistique, avait donc sous la main, à Trêves même, un atelier qu'il dirigeait par sa science et éclairait de son génie, et d'où sortirent des œuvres inappréciables d'orfèvrerie et de peinture sur vélin, qui subsistent encore.

Or, comme le dit son contemporain et ami, le verre appliqué au métal rend celui-ci plus noble et plus agréable à la vue. Ne serait-il pas réellement téméraire de traduire vitn par émail, quand on a déjà le mot s mal 'lu m dans le Liber pontificalis? Le verre coloré frappant Gerbert plus que l'émail, ne laisse-t-il pas ainsi entendre que le procédé du cloisonnage venait d'être rajeuni avec éclat à Trêves ?

Nous descendons à l'époque romane les lions en relief, plaqués sur les grands côtés et ceux qui, accroupis, mordent des anneaux et exhaussent le coffre à l'aide de balustres trapus, grossièrement modelés, fondus en cuivre et ajustés. Les anneaux ont pu servir à fixer l'autel à l'aide de courroies, soit sur une table pour le saint sacrifice, soit sur un brancard pour une procession où l'on tenait à faire montre des reliques.

Ce charmant joyau plaît singulièrement à l'œil par l'harmonie des teintes polychromées, unies à l'or et à l'ivoire. Cette substance a joué un certain rôle dans l'orfèvrerie allemande, témoins les couvertures d'évangéliaires de Trêves et d'Aix-la-Chapelle : c'est ici, pour le moyen âge, le spécimen le plus ancien de ce genre de travail. Le filigrane, souple et ténu, lutte avec les minces cloisons de l'émail. La matière vitreuse, comme à Monza pour la couronne de fer et à Milan, pour le paliotto de Saint-Ambroise, plus vieux d'un siècle, est translucide, procédé qui se retrouve, au xic' siècle, sur le bel évangéliaire d'Héribert,au dôme de Milan. L'Allemagne marche donc presque de pair avec l'Italie, car c'est de ses ateliers, non d'ailleurs, que sort l'autel portatif.

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