‹ Le trésor de TrèvesChapitre 13 sur 47 · IVOIRE ROMAN · texte numérisé non relu

IVOIRE ROMAN

Hauteur : o, 10 ; largeur : o, 07.

CATHÉDRALE. — XI1* SIÈCLE

Le texte des prophéties de l'Ancien Testament, que l'on dit avoir été à l'usage de saint Siméon, date du xic siècle et reproduit la version des Septante. Les feuilles de parchemin ont 0,20 de largeur sur 0,2 5 eje hauteur.

La couverture de velours vert n'a gardé de sa décoration primitive qu'une plaque d'ivoire, sculptée en fort relief. Au premier abord, on serait tenté de la reporter à l'époque carlovingienne; mais, en l'examinant de très près, on se trouve descendre jusqu'àl'ère romane. Nous ne la croyons donc pas antérieure au manuscrit qu'elle décore.

Le choix du sujet a peut-être été motivé par le nom du reclus dont on voulait honorer le livre, tenu comme relique. En effet, la première scène met en évidence le vieillard Siméon : la seconde est relative au baptême. Nous avons donc là deux manifestations de l'Homme-Dieu, reconnu lors de son offrande au temple et proclamé la lumière des nations, la gloire d'Israël, le salut de tous les peuples, puis glorifié par son père et sanctifié par l'Esprit-Saint. Ce sont là évidemment des motifs iconographiques qui conviendraient mieux à un évangéliaire et qui font soupçonner que l'ivoire n'a pas eu, à l'origine, la destination à laquelle il a été affecté postérieurement.

Chaque sujet est élucidé par une inscription métrique, sur le biseau du cadre. En haut, le temple de Jérusalem est figuré par un édifice à trois nefs. Sous l'arcade principale se dresse un autel, en forme de cippe, mouluré à sa base et marqué d'une croix à la partie antérieure. La Vierge, nimbée, voilée, chaussée et drapée

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dans son manteau, présente, les bras tendus, son fils, déjà grand, la tète entourée du nimbe crucifère, vêtu d'une tunique longue, bénissant à la manière latine de la droite, et de la gauche pressant un livre fermé sur sa poitrine. Le vieillard Siméon, pieds nus, barbu et nimbé, comme un prophète, s'avance de l'autre côté de l'autel pour recevoir l'Enfant-Dieu : ses mains sont respectueusement enveloppées dans son manteau. Saint-Joseph le suit, portant, sur ses mains recouvertes de son manteau, les deux colombes du rachat : sa figure est âgée et ses pieds sont nus. Derrière Marie, on remarque, debout, la prophétesse Anne : sa main gauche tient un livre fermé, par allusion aux oracles qu'elle a médités, et sa droite fait un geste qui témoigne qu'elle en voit l'accomplissement : voilée, sa tète est empreinte du caractère de la vieillesse et son nimbe atteste la sainteté de sa vie passée dans le temple.

IN TEMPLV DNS SYMEONIS FERTVR AB VLNIS

Au plan inférieur, deux petits personnages, l'un assis et l'autre agenouillé, nus moins aux reins, personnifient le Jor et le Dan ; de leurs urnes s'échappent les flots qui, réunis, forment le Jourdain, dont les eaux montent en arrière du Christ, pour indiquer qu'il y est plongé. Le Sauveur est debout, complètement nu et les bras pendants; sa divinité est proclamée par son nimbe crucifère et par la colombe divine qui plane au-dessus de lui. Saint Jean, nimbé et pieds nus, habillé d'une tunique ceinte à la taille et d'un manteau flottant, se tient sur la rive du fleuve, étendant la main droite sur la tète de celui qu'il baptise par infusion. Au côté gauche, deux anges, nimbés et les ailes ouvertes, déploient la draperie avec laquelle le Christ s'essuiera au sortir de l'eau; sur la rive opposée, un ange plus petit, les ailes abaissées, lui présente sa tunique.

ABSTERSIT XPI BAPTISMVM CRIMINA MVNDI.

Cet ivoire ne manque pas d'un certain cachet de dignité. La Vierge y est mieux traitée que les personnages qui l'entourent, mais Siméon et saint Jean ont des tètes trop fortes pour les corps ; les anges surtout, au lieu de l'éternelle jeunesse, accusent une virilité disgracieuse. Somme toute, la pièce est curieuse et d'une facture qui, à part certaines réserves nécessaires, mérite plutôt l'éloge que le blâme, principalement pour la façon dont elle est fouillée.

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