ENCENSOIR
pour qu'il s'en exhale, principalement pendant la messe, qui est la fonction supérieure à toutes les autres, un parfum d'agréable odeur. Or l'encens, en brûlant, symbolise la prière des fidèles assemblés, qui monte vers Dieu. Le prêtre, en encensant l'autel, dit cette formule : « Dirigatur, Domine, oratio mea sicut incensum in conspectu tuo (Psilm. CXL, 2). Accendat in nobis Dominus içnem sui amoris et Hammam aeternae caritatis. »
La forme en boule indique la terre, à qui Dieu commanda, au troisième jour, de se couvrir de végétation, d'herbe vert3 : « Et protulit terra herbam virentem... lignumque pariens fructum. » (Gènes., I, 12.) Voilà pour la partie inférieure qui chante un hymne incessant à son Créateur : « Bénédicité, montes et colles, Domino ; benedicite, universa germinantia in terra, Domino. Benedicat terra Dominum , laudet et superexaltet eum in saecula » (Daniel. III, 74, 75, 76.) Ces textes sont empruntés au cantique des trois jeunes hébreux dans la fournaise, que le prêtre récite en descendant de l'autel.
La partie supérieure figure la Jérusalem céleste, où les âmes fidèles
trouvent le repos éternel : « Et tu, piissime D. J. C miserere animae
hujus famuli tui et eam introducere digneris ad semper virentia et ameena loca Paradisi. » (Rit. Rom.) Les âmes, ce sont ces oiseaux, au port calme, à l'attitude tranquille, qui se complaisent au milieu d'une végétation plantureuse : « Dominus régit me et nihil mihi décrit, in loco pascuae ibi me collocavit. » (Psctlni. XXII, 1.) Comme dans la demeure aérienne dont parle le Sauveur en son Evangile, les habitations y sont nombreuses : « In domo patris mei mansiones multae sunt. » (S. Joanih., XII, 2.)
L'idée du paradis n'est ici qu'à l'état d'embryon : au xn" siècle, elle se développe sur un autre encensoir de la cathédrale, jusqu'à ce qu'elle prenne définitivement corps dans l'ustensile décrit par Théophile, et commenté par Viollet-le-Duc (Annal, arch,, t. VIII, p. 95 et suiv ).
L'encensoir montre donc le ciel uni à la terre et notre demeure momentanée nous élevant graduellement vers la demeure permanente, qu'éclaire l'Agneau : « lucerna ejus est Agnus » (Apocal., XXL 23). Et cette lumière jaillit de toutes les ouvertures, avec la fumée odorante à laquelle elles donnent passage. Le moyen âge savait parler éloquemment et alors se complétait l'hymne par ce dernier élan : « Benedictus es, Domine, in firmamento coeli et laudabilis et gloriosus et superexaltatus in sascula. » (Daniel, III, 56.)