‹ Le trésor de TrèvesChapitre 18 sur 47 · PL.X · texte numérisé non relu

PL.X

Couverture d'Evangéliaire

XIIe Siècle.

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COUVERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE

Hauteur : o, 26 ; largeur ; o, 18.

CATHÉDRALE. — XIIe SIÈCLE

Une large bande d'argent doré contourne la Crucifixion. Des plaques, filigranées et gemmées, y alternent avec des plaques émaillées. L'émail, champlevé, a été fabriqué sur les bords de la Moselle : il est toujours uni, sans nuances et ses quatre couleurs sont le bleu lapis, le bleu clair, le vert et le jaune. Il oppose quatre prophètes aux quatre évangélistes. De ces prophètes, deux seuls se reconnaissent à leurs attributs : ce sont Moïse et saint Jean-Baptiste. Les deux autres, placés en regard, déroulent un phylactère. Peut-être pourrait-on les désigner comme étant Isaïe et Jérémie, qui occupent le premier rang parmi les grands prophètes. Ils ont le nimbe de la sainteté : jaune, comme le sol qu'il foule, pour celui de droite, debout sur un fond bleu lapis; foncé, également comme le sol, pour son vis-à-vis, qui se détache sur un fond bleu clair. Moïse ressort sur un champ vert, son nimbe est bleu, les deux tables de la Loi bleues aussi et le sol bleu lapis : son rouleau le classe parmi ceux qui ont annoncé la venue du Messie. Saint Jean, qui l'a montré, tend l'index et développe un phylactère. Son nimbe est vert et le champ de la plaque bleu lapis. Pieds nus, en raison de sa mission qui l'assimile aux apôtres, il est vêtu d'une peau de chameau et brandit de la main gauche le glaive de sa décollation.

Les symboles des évangélistes occupent les quatre angles de la couverture : il manque le lion de saint Marc. Ailés, et figurés à mi-corps, ils tiennent une tablette ou un phylactère. Le bœuf et l'aigle ont un nimbe bleu foncé, qui contraste avec le bleu clair du fond : il n'en est pas de même de l'ange, où les nuances se présentent en sens inverse.

Les plaques de joaillerie offrent invariablement, sur un courant de filigranes

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dont les vrilles se terminent en tète de clou, un gros cabochon central, entouré de huit petits. Le montage est uniforme, c'est-à-dire en bâte à rebord dentelé. Le gros cabochon est généralement à arête et en cristal de roche. Les autres gemmes sont des plus variés : saphirs, rubis, rubis balais, émeraudes, plasmes d'émeraude. Quelques-uns des saphirs et des balais sont percés de part en part, ce qui témoigne qu'ils ont été autrefois enfilés et primitivement portés en collier. Un plasme d'émeraude, à section cylindrique, est également percé et, comme à Aix-la-Chapelle et à Cologne, un morceau de verre phénicien a été utilisé à titre de pierre précieuse; enfin un des cristaux est moucheté de bleu.

Le nombre total des pierres est de soixante-douze, dont huit nicolos gravés en intailles. Tous appartiennent aux bas-temps et accusent un travail assez négligé. Le plus intéressant porte une inscription grecque : EIC 0EOC, si; Oéc:, un seul Dieu. Sur les autres, on voit deux hommes à tète d'àne qui se serrent la main, un gladiateur, un soldat armé de la lanc2 et du bouclier, trois oiseaux et une plante marine.

Sur le panneau du milieu, dont l'encadrement au repoussé atteste le XIIe siècle, ont été appliqués trois morceaux d'ivoire, qui peuvent remonter jusqu'au XI'' siècle et proviennent d'ailleurs. Le Christ étend les bras horizontalement, un jupon couvre les reins, les pieds posent sur un support et les yeux sont vifs. A droite, Marie, la tète voilée, porte la main gauche à sa figure, comme si elle voulait essuyer des larmes. Saint Jean, de l'autre côté, soutient de la droite son menton : la physionomie est pensive. Les trois statuettes, élancées et sveltes, ont un certain cachet de dignité; elles appartiennent incontestablement à l'art latin.

Dans la composition première, l'idée d'une crucifixion est fort acceptable. On peut donc y voir, comme thème général, la mort du Christ annoncée par les prophètes se réalisant sur l'arbre de la croix et finalement promulguée par les évangélistes. Tout cela convient bien à un évangéliaire, qui consacre toutes ses pages à la glorification de l'Homme-Dieu.

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