‹ Le trésor de TrèvesChapitre 21 sur 47 · PL. XII · texte numérisé non relu

PL. XII

Miniature

XIIe Siècle

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COUVERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE

Hauteur : o, ?7 ; largeur : o, 26.

CATHÉDRALE — FIN DU XII" SIÈCLE

La pièce est d'argent doré. Les cabochons de cristal sont de différentes grosseurs : plusieurs sont percés, ce qui indique que, primitivement, ils ont été enfilés pour être portés en colliers ; l'un d'eux, à droite, a été peint par-dessous en jaune saturne.

Aux angles, les quatre symboles des évangélistes sont en ivoire, d'un caractère plus ancien, ainsi que les autres figures qui occupent le milieu des grands et petits côtés de la bordure. En haut, c'est la Vierge ; en bas, v,n évèque, peut-être saint Godard, car le manuscrit vient de Hildesheim; à droite, l'Eglise, appuyée sur l'étendard autour duquel elle rallie ses enfants, et le bouclier avec lequel elle les défend; à gauche, la Synagogue, qui s'éloigne, la ligure chagrine et brandissant encore le glaive de la conquête et des sacrifices sanglants.

L'émail central, fabriqué sur les bords de la Moselle, à Trêves peut-être, d'après les procédés du champlevé, présente ces cinq couleurs : bleu lapis, bleu cendré, blanc, jaune et vert. Tous les nimbes sont jaunes, par allusion à la gloire qu'ils représentent, moins celui de la Madeleine, qui est bleu. Le vert domine, et les fonds sont unis, double caractère de ce genre d'émail, qui, à l'encontre des émaux rhénans, n'a pas de nuances intermédiaires ni pour le vert, ni pour le bleu, pas plus que pour les autres. Tout y est plat : les plaques sont très grandes et les figures ressortent en métal gravé.

Cette plaque, divisée en trois registres, place la mort du Christ entre les deux faits qui attestent sa résurrection. Quatre clous fixent le Sauveur à la croix,

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plantée sur un sol vert ondulé et se dessinant en vert; une tablette blanche supporte les pieds; une autre tablette, restée vide, rappelle le titre ordinaire; ls soleil et la lune personnifiés surmontent le croisillon et sont enfermés dans des disques blancs, qui symbolisent leur orbe brillant. OB/Y. HIC, dit l'inscription qui correspond à la crucifixion. Le fond du panneau est bleu lapis, bordé de bleu clair.

Sur les croupes du Calvaire sont debout : à droite, la Vierge de douleur, ISTA. FLET. ; l'Église, couronnée, nimbée, armée de la croix à laquelle flotte un étendard, recueillant dans un calice le sang qui coule du côté percé du fils de Dieu, HEC. SVRG/7. ; à gauche, la Synagogue, les yeux bandés, laissant choir sa couronne et la lance des combats à la main, CAD/7. HEC; enfin saint Jean, le livre de son évangile terrti respectueusement dans un pli de son manteau, DOLET. IPSE.

A la partie inférieure, sur champ bleu, un ange, assis sur le couvercle (jaune) renversé du sépulcre en bleu lapis, annonce la résurrection aux trois Maries, nimbées, qui apportent des parfums : la première tient un encensoir, exprimant la façon dont elles comptent les employer. La mort du Christ les avait attristées, la parole de l'ange les réjouit :

ANGELVS. EXILARAT. DNI. QVOS. MORS. CRVCIARAT.

Au registre supérieur, Madeleine se prosterne aux pieds de son maître qu'elle vient de reconnaître et qui la bénit, tout en lui défendant de le toucher. Le champ est bleu cendré, avec sol vert.

La pensée qui a guidé la main de l'artiste ne me semble pas difficile à saisir, et j'en admire la simplicité autant que l'à-propos. Le Christ meurt sur la croix pour le salut du genre humain, entre deux témoins qui sont sa mère et son disciple bien-aimé ; répudiant la Synagogue infidèle, il choisit pour épouse l'Eglise à qui il transmet son sang divin, avec mission de continuer à appliquer le bienfait de la rédemption par le saint Sacrifice. Ressuscité, il apparaît à Madeleine, et, par l'entremise d'un ange, informe les saintes femmes de son triomphe. Tout l'évangile est là : le Christ naît de la Vierge Marie, s'offre en immolation et prouve sa divinité par sa résurrection. Alors les évangélistes racontent ce qu'ils ont vu ou appris des apôtres, et la bonne nouvelle , grâce à leurs écrits, atteint les extrémités de la terre ; puis, par saint Godard la croyance catholique s'implante à Hildesheim.

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