‹ Le trésor de TrèvesChapitre 22 sur 47 · PL. XIII · texte numérisé non relu

PL. XIII

Couverture d'Evangéliaire

fin du XIIe Siècle.

VéfyémaÂte PrfZ&trt

COUVERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE

Hautcu:" : o, ;î ; largeur : o, 23.

CATHEDRALE - XII- SIECLE

Les plats intérieurs sont garnis d'un holosericum oriental, du xf siècle. Le fond vert est parsème d'ovales, d'un vert plus ptàlc et que relient entre eux dis disques marqués d'une rose. Les intervalles sont remplis par des roses plus larges. Les grands médaillons offrent un cheval bleu ailé, à oeil et sabots jaunes, galopant au-dessus d'un arbre rouge.

Le plat supérieur, malgré sa mutilation, émerveille le regard. Une croix le traverse en hauteur et en largeur; une large bordure, de même travail, l'encadre, et ses quatre cantons sont rehaussés de plaques d'orfèvrerie. La matière est l'argent doré, excepté pour les panneaux historiés.

Les pierres, serties dans des bâtes à petites dents, sont très multipliées et rapprochées les unes des autres ; on en compte en tout 228. Une petite alterne avec une moyenne ; les plus grandes sont réservées pour les extrémités ou les centres. Ces dernières sont alors retenues par des griffes découpées en trèfle. La qualité est celle que l'on rencontre partout : seulement, au côté droit de la croix, à l'extrémité du croisillon, il y a un bézoard, facilement reconnaissable à sa couleur jaunâtre et à sa contexture granulée, et ailleurs un fragment de verre phénicien vert, à bandes sanguines. La taille est parfois* irrégulière, ou plutôt elle n'existe pas ; la forme varie entre le cabochon à dos arrondi et la table à surface aplatie; quant aux contours, ils sont indifféremment ronds, ovales, oblongs, carrés, triangulaires, cordiformes ou même à huit pans. Les cabochons qui reluisent en blanc sur la planche sont en nacre de perle.

Le cabochon central, qui probablement était un gros cristal de roche, a

2", COUVERTURE D'EVANGELIA IRE

pour entourage un disque filigrane, où des triangles d'émail cloisonné alternent avec des cabochons en nacre de perle ou plasme d'émeraude. De ce médaillon partent quatre petites plaques, de même émail, disposées ^;n croix.

Ces émaux, ornés de roses superposées, reparaissent sur les côtés, en quatre endroits de la bordure. Ils datent du xe siècle et nous croyons y reconnaître une commande d'Egbert. Cloisonnés en or, ils appartiennent à un autre objet, couverture ou reliquaire, et constituent ici des pièces de rapport, utilisées à cause de leur beauté. Seul le bleu y est translucide.

Quant à leur montage, il n'est pas antérieur au xn° siècle, époque où fut faite la couverture qui, par son style, dénote une main allemande.

Les quatre animaux ne sont qu'en cuivre doré; mais, quelle vigueur dans leur fière tournure, quelle précision dans le détail de la ciselure, quelle expression dans la physionomie ! Le procédé d'exécution est le repoussé, qui a permis d'arriver à ce modelé vivant. Le nimbe est strié, le livre orné, et, comme les a vus Ezéchiel, les animaux ont chacun six ailes volantes, précisant le caractère de leur mission par le monde. L'ordre observé entre eux est celui même de la hiérarchie; en haut, l'homme et l'aigle; en bas, le lion et le bœuf.

Le symbolisme de la composition est rendu plus évident encore par la comparaison avec les autres couvertures du même trésor. La croix remplace le Christ, car saint Paulin avait dit et la mosaïque absidala du Latran le confirmait : « Ubi crux et martyr ibi. » Ici tout est donc symbole. Les quatre évangélistes proclament la gloire de la victime ressuscitée et la vertu de la croix qui a racheté le monde. Cette croix, précisément parce qu'on se plaisait à la qualifier glorieuse, a été embellie de toutes les ressources de l'art.

Quatre plaques carrées manquent aux quatre angles : on distingue nettement la trace des clous qui les fixaient. Ne pourrait-on pas supposer à cette place quatre prophètes annonçant la mort du Christ et la rédemption? Une des couvertures du trésor nous y autorise par ses émaux, et une miniature contemporaine nous donne même le texte de la prophétie. Rien n'est donc plus vraisemblable, à moins qu'on ne préfère, ce dont Trêves ne fournit pas d'exemple, mais qui est commun ailleurs, les figures relatives au sacrifice de la croix dans l'ancienne loi, telles que l'offrande d'Abel, l'immolation d'Isaac, la bénédiction de Jacob et la préservation des Hébreux par le sang de l'agneau.

Page 1