‹ Le trésor de TrèvesChapitre 27 sur 47 · ÉVANGÉLIAIRE DE FALKENSTEIN · texte numérisé non relu

ÉVANGÉLIAIRE DE FALKENSTEIN

Hauteur : o, j$ ; largeur : o, 2;.

CATHÉDRALE. — XIV" SIÈCLE

Les anciens évangiles du haut moyen âge, si nombreux dans le trésor, commençaient à déplaire ; on les trouvait incommodes pour le service quotidien, leur lecture présentait des difficultés, l'écriture n'étant plus celle du jour et les miniatures avaient l'aspect de vieilleries. Aussi l'archevêque Cuno de Falkenstein résolut-il généreusement de satisfaire aux exigences nouvelles et s'empressa-t-il de commander un évangéliaire au goût de son époque.

Certes, il a réussi à produire une œuvre digne d'éloges comme format, qui est le grandiose in-folio; comme calligraphie, l'écriture étant grosse et correcte; comme disposition, les évangiles se succédant selon le cycle liturgique; enfin sous le rapport de l'art, une miniature, inspirée par le récit évangélique, précédant, à chaque dimanche ou fête, le texte que chantera le diacre. C'est assez dire que ces miniatures, à mi-page ou page entière, sont en nombre indéterminé : aussi n'en donnerons-nous pas l'énumération complète, nous attachant aux trois principales, à celles que leur style ou leur iconographie recommandent d'une façon particulière à l'attention du visiteur émerveillé.

On est ébloui réellement par la vivacité de l'or et l'intensité des couleurs ; rien n'est flétri, et ces belles pages ont encore la fraîcheur de la jeunesse. C'est le côté brillant de l'œuvre ; au détail, on fait la part de la critique. Les bordures sont maigres; le champ des tableaux uniforme, le dessin dur et incorrect, la mise en scène un peu gauche. A cette date, les manuscrits français et italiens sont infiniment supérieurs sous tous les rapports.

Le fond est de trois sortes : doré et gaufré, doré avec semis d'aigles à deux tètes se détachant en noir, rouge avec aigles d'or, l'un et l'autre imitant des tentures ou encore quadrillé or et couleur.

36 EVANGELIAIRE DE FALKENSTEIN

La première page nomme le donateur et date le manuscrit de l'an 1380 : nous sommes à la fin du xivc siècle et l'aspect général est encore celui du commencement de cette période dans notre pays. L'Allemagne était donc en retard pour la peinture sur vélin. On lit tout autour du portrait en pied de l'archevêque, en gothique carrée et en or :

Cuno. de. falkenstein : archiepiscopus treuerensis. hune, librum. . fieri . fecit. anno. domini. . millesimo. . CCCmo. . octuagesimo. . die. octaua. . mensis. , maij.

Le fond imite une tenture à fond d'or, fleurdelisée de blanc et rayée obliquement en bleu et en rouge. L'archevêque est assis sur deux aigles bistres et ses pieds posent sur deux lions fauves accroupis, au-dessus des deux écussons de la ville de Trêves et de ses armes personnelles (d'or, au chef de gueules), ressortant sur un sol vert. Il est vêtu pontificalement : son pallium blanc, à croix noires, tranche sur son ample chasuble bleue, qui recouvre une dalmatique rose; ses gants sont blancs, comme sa mitre gemmée, à double orfroi en titre et en cercle avec un saphir rond à la pointe. Un vélum blanc est suspendu à la naissance de la volute de sa crosse d'or tournée en dehors : il ne lui sert pas à envelopper sa main gauche pour tenir la hampe. Sa droite levée bénit à trois doigts. Ses cheveux sont longs et sa barbe courte : un collier noir, tissé de fleurons crucifères d'or, entoure son cou. Ses chaussures sont de couleur bistre.

Cette miniature, haute de o, 22 et large de o, 145, méritait d'être reproduite en raison de sa singularité, car il est rare de voir le donateur figuré autrement qu'en priant, attitude plus humble et plus digne en même temps. Cependant on pourrait y trouver cette excuse que l'évèque, bénissant le diacre qui va chanter l'évangile, est ai nsiparé et assis à son trône.

La première page montre les élus entrant au ciel et alors les anges font résonner, en signe de joie, les instruments les plus variés : tambourin, cornemuse, hautbois, double tympanon, guiterne, mandoline, trompette double, psaltérion, orgue portatif, triangle, harpe, flageolet, viole, clarinette, clochettes frappées, clochettes à main, vielle, guitare, busine.

A l'Annonciation, l'enfant Jésus, nu et nimbé, tenant une croix à la main, descend du ciel vers Maria, à la suite de la colombe divine qu'envoie le Père éternel.

La couverture de ce bel évangéliaire est en cuir gaufré, avec coins de cuivre découpé en trèfle. Elle doit dater du même temps que le manuscrit.

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