MANDAVIT PERFECTUM
De cette inscription il ressort que la relique est bien de sainte Anne et que le reliquaire a été perfectionné, c'est-à-dire achevé, complété à la demande et aux frais du vénérable et généreux Christophe, archicomte de Rineck, doyen de la cathédrale de Trêves. Une ancienne copie qui nous a été communiquée porte : « Venerabilis et generosus Dominus Christophorus archicomes de Rineck, Ecclesiae Trevirensis decanus. » Or, son titre laïque a été omis dans la transcription de l'épigraphe et le titre ecclésiastique reste seul.
Du reliquaire primitif, attribuable au xivc siècle, le pied seul a été conservé ; tout ce qu'il supporte appartient à la restauration de l'an 1531 et est conçu dans le style flamboyant qui avait encore cours en Allemagne.
4o BRAS-RELIQUAIRE
Ce soubassement est à la fois élégant et insolite ; gracieusement découpé à jour, il ne se présente jamais sous cette forme dans les bras-reliquaires qui, d'ordinaire, sont dépourvus de socle. En plan, il dessine un hexagone, chaque pan reproduisant le môme type architectonique, à savoir : un fenestrage à cinq baies amorties en ogive tréflée, flanqué de deux épais contreforts terminés en clocheton, et dominé par un gable dont les rampants sont hérissés de crochets serrés et qui, au sommet, s'épanouit en un bouquet de feuilles d'érable.
Le bras est rond, comme l'exigeait la nature : cependant la transition de l'hexagone au cylindre ne peut s'opérer qu'à l'aide d'arêtes qui s'éteignent graduellement. La liturgie dit expressément que Dieu, par amour pour ses saints, les orne d'un vêtement de gloire : « Amavit eum Dominus et ornavit eum, stolam srloriae induit eum. » La robe d'honneur est ici exprimée par une double manche, l'une et l'autre galonnées à leurs extrémités d'une passementerie où des quatrefeuilles sont inscrits dans une série de losanges.
Au poignet s'ouvre une porte, fixée par deux charnières et décorée de deux accolades, comme si elle avait deux battants : une goupille, retenue par une chaînette, la maintient fermée. Par ce guichet on peut voir la relique renfermée dans le reliquaire, auquel elle a fait donner l'aspect d'un bras, parce qu'elle-même est un os de ce membre : telle fut la tradition constante du moyen âge qui, par l'aspect extérieur de l'enveloppe, permettait de reconnaître, à première vue, la partie du corps saint exposée à la vénération publique.
Comme la relique était double, une provenant du bras et l'autre de la main, une petite fenêtre a été pratiquée dans le pouce, ce qui dénote qu'à l'intérieur se conservait soit le pouce entier, soit seulement une de ses phalanges. La main est ouverte et se présente par la paume : l'index, en s'abaissant sur le pouce, le montre comme objectif de la dévotion.
Tout le reliquaire est en argent, travaillé au marteau et ciselé. Pour lui donner plus de relief, l'artiste a doré les saillies et les galons des manches. Ce ton jaune avive une surface blanche qui, sans cette précaution, risquerait d'être froide et monotone.
Au point de vue de l'art, l'objet est correct, mais un peu trop raide et guindé dans son ensemble. Soupçonnerait-on que la renaissance, si habile à modeler les chairs, a déjà fait son apparition en Europe ?