‹ Le trésor de TrèvesChapitre 39 sur 47 · DETA IL DU TABLEAU · texte numérisé non relu

DETA IL DU TABLEAU

goupilles maintinrent aux extrémités, mais de façon à pouvoir les enlever à volonté.

Sur le bois même, au point de jonction des traverses, pour les orner et consolider en même temps, on fixa deux cabochons, flanqués de pierres plus petites. La croix fut ensuite emprisonnée dans un réseau filigrane et gemmé, qu'enserra une seconde bordure extérieure faite au repoussé.

Le bois est d'une teinte claire : il semble, par ses veines serrées et presque droites, appartenir à la classe des conifères, qui est l'essence reconnue pour les reliques de ce genre. La croix est formée de huit morceaux, de deux centimètres d'épaisseur et d'inégale longueur. La surface est polie, comme une tablette menuisée.

Le revers de la croix a aussi son intérêt particulier. Les contours sont dessinés par un fil d'or, puis par une bande saillante et à jour, où des animaux et oiseaux de toute sorte jouent au milieu des feuillages. A l'intérieur court un élégant rinceau de filigrane d'or, qui a certainement sa signification symbolique. Dans les miniatures et les vitraux des xnc et xine siècles, la croix sur laquelle meurt le Sauveur est constamment verte et diaprée, suivant l'expression du blason. Ce n'est donc pas un bois mort, desséché, bon à jeter au feu, mais un bois plein de sève, de vigueur et de vie, qui se pare de verdure et d'une abondante frondaison. Le moyen âge l'avait, en conséquence, qualifié arbre de vie, parce qu'il est réellement vivant et qu'il rend la vie à l'humanité qui l'avait perdue par le péché. On peut dire de lui ce que saint Thomas disait du pain eucharistique : « Panis vivus, vitam praestans homini » et encore, avec le même poète théologien : « Mors est malis, vita bonis. » La vie n'est que pour les bons, les justes, les élus, et c'est la croix qui, au dernier jour, après les avoir jugés à sa mesure, les séparera des réprouvés pour qui elle est la mort éternelle.

Quel délicieux revêtement pour cette croix du Sauveur ! A la face antérieure, elle se montre radieuse, étincelante et brillante comme un trophée de victoire qui, lui aussi, participe aux honneurs de la résurrection et du triomphe : au revers, elle est tapissée d'une végétation qui atteste quel effet produit sa vertu dans le monde régénéré.

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