COUVERTURE DU LIBER AU RE US
La couverture est encadrée dans une bordure, à contours perlés, où des gemmes sont mêlées à des feuillages saillants et contournés, et divisée horizontalement en trois zones, chacune de trois compartiments. Chaque panneau est délimité par une petite bande feuillagée et gemmée.
Le moyen âge se préoccupait beaucoup de faire beau et riche. Pour cela, il ne craignait pas d'emprunter à l'antiquité ses camées et ses intailles : ordinairement, il les prisait pour la seule couleur ou leur vif éclat. Cela est si vrai qu'il les plaçait n'importe comment, de travers ou à rebours, sans tenir compte du sujet. D'autres fois, au contraire, le sujet lui plaisant et pouvant s'interpréter dans un sens chrétien, il n'en redoutait pas l'emploi et le mettait en évidence : un empereur devient alors le Christ et Jupiter avec son aigle se transforme en saint Jean l'Evangéliste (Trésor de la cathédrale de Chartres).
Une idée de ce genre a dû régler ici la composition, puisque le camée impérial forme le centre vers lequel convergent les évangélistes et les évèques, qui tiennent leur mission du Christ et qui, sans cette interprétation, seraient privés de Celui qui les inspire et les envoie par le monde.
Les évangélistes sont disposés en croix autour du camée : en haut, saint Jean, le plus sublime des quatre; en bas, saint Mathieu; adroite, saint Luc et à gauche, saint Marc. L'ordre traditionnel est interverti sur deux points, au détriment de saint Mathieu et de saint Marc, descendus à un rang inférieur. Comme l'a pratiqué le moyen âge allemand et ainsi que le faisait encore au xv° siècle Fra Angelico en Italie, le type combine ensemble le personnage et son attribut, c'est-à-dire que sur un corps d'homme, vêtu et ailé, est implantée la tète de l'animal correspondant, aigle pour saint Jean, bœuf pour saint Luc, lion pour saint Marc, homme pour saint Mathieu. Et, afin qu'on ne se trompe pas sur leur identité, leur nom est inscrit en majuscules sur le phylactère qu'ils développent.
Les quatre angles sont occupés par quatre saints, abrités sous des dais en accolade festonnée. A droite et en haut, à la place d'honneur, l'apôtre saint Jean, S. IOHANES,et à gauche, saint Agricius, S. AG A RI CI «s, au pied de qui est prosterné le donateur, chape, son écusson, sommé de la crosse, lui faisant face.
En bas, à droite, S. Maximin, SI MAXMINms (le graveur a eu une distraction en plaçant avant l'initiale M 1'/ qui ne devait venir qu'après l'X), qui nous intéresse particulièrement, en raison de son origine poitevine. Le dernier est saint Fibicius, S ETSICZh/s dont 1j nom a été mal orthographié parle graveur. Les trois évoques de Trêves sont habillés pontificalement avec la chape, la crosse et la mitre.