DEUXIÈME PARTIE
partient de paître votre troupeau ; vous êtes guide, votre devoir est de conduire les âmes dans le sentier de la vertu; vous êtes maître et docteur, vous devez donc avec patience et sollicitude leur enseigner la vérité. Heureux pasteur, si parce moyen, vous jetez les précieuses semences de la vertu dans cette terre féconde, que la zizanie du vice n'a pas encore eu le temps de rendre stérile! Quels fruits vous produirez pour la vie éternelle ! Les autres prédications, les autres sermons ce sont des pluies abondantes, et souvent des torrents impétueux qui baignent la terre, mais qui ne la fécondent pas : le catéchisme bien expliqué est comme une pluie paisible qui, la pénétrant et l'imbibant, lui fait produire beaucoup de fruits. Il y a en outre ici cet avantage que l'enfant instruit, et incliné à la pratique delà vertu, dès ses plus tendres années, oubliera rarement le reste de sa vie les principes gravés alors dans son cœur : « Adolescens juxta viam suam, etiam cum senuerit non recedet ab ea (1). » Que le curé prenne donc possession au nom de Dieu de ces âmes innocentes, avant que les passions ne les subjuguent et que le clémon ne vienne s'emparer d'elles.
Pour l'amour de Dieu, vénérables curés, saisissez ce moyen de salut. Il règne dans nos populations une ignorance plus grossière et plus générale qu'on ne le croit communément. Que de pécheurs hélas! « erraverunt ab utero (2)1 » Combien d'adultes et de vieillards connaissent à peine ce qui est absolument nécessaire pour être sauvé! Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que, se laissant tromper par des imposteurs, ils embrassent toute espèce de doctrine, quelque erronée et impie qu'elle puisse être, ne sachant pas discerner par défaut d'instruction, la vérité du mensonge, les principes catholiques des erreurs et des folies de l'hérésie et de l'impiété? Est-ce que Luther et Calvin auraient fait tant de mal, si l'ignorance et la corruption des mœurs, ne leur avaient pas frayé le chemin et préparé le cœur des peuples? Surtout, maintenant que, en punition de nos péchés, Dieu a permis que la liberté des cultes s'introduisît parmi nous, que de victimes ne pourra pas entraîner dans l'enfer chaque 'religion fausse qui s'y établira, et qu» y sera prêchée à des personnes ayant si peu de connaissance de la religion véri-
(1) Prov. xxn, 6. (2) Ps. lxvii, 3.
table! Si donc vous voulez conserver intact le précieux dépôt de la foi, catéchisez le peuple, catéchisez les adultes, mais catéchisez surtout avec un soin très-spécial les petits enfants.
Manière de faire le catéchisme.
Bien faire le catéchisme n'est pas une tâche aussi facile que plusieurs pourraient le croire. Il faut pour cela beaucoup de science, d'habileté, de zèle et de patience. En effet, exposer clairement les mystères sublimes de la religion, en les mettant à la portée des intelligences les plus simples; parler avec précision et netteté; se servir toujours des termes propres, procéder avec solidité et méthode, employer des comparaisons faciles et justes, recourir à des exemples qui. en récréant, instruisent, sans prêter à la critique mordante ; intéresser le sage aussi bien que l'ignorant, l'homme mûr, comme l'enfant turbulent : voilà des choses pour lesquelles il ne faut pas un médiocre talent et qui exigent et supposent un esprit et des connaissances non vulgaires. Cependant cela sera non-seulement possible, mais encore facile, si on fait usage de la méthode suivante, qui ne devra pas moins servir aux catéchistes, qu'aux maîtres des classes supérieures :
1o Le catéchiste ne doit jamais se présenter sans préparation ; qu'il étudie donc, qu'il prépare tout à l'avance : demandes, explications, comparaisons, exemples.
2° Il fera chanter avant et après l'instruction quelque pieux cantique, tant pour rendre attrayante l'explication du catéchisme, que pour implorer le secours divin, et substituer les chants religieux aux chansons profanes et lubriques.
3o II aura soin de tenir séparés les garçons des filles, les disposant de façon à ce qu'il puisse les voir tous facilement, et se rendre compte, en consultant la liste, de ceux qui manquent, afin de les noter.
4° Si l'ignorance est telle qu'il doive enseigner jusqu'à la lettré des prières et des questions sur les choses les plus nécessaires au chrétien, il formera différentes sections, qui