‹ Le trésor du prêtreChapitre 128 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

7o 11 faut apporter une grande circonspection dans l'explication des sujets délicats; il est nécessaire de les exposer avec des paroles qui puissent être comprises du méchant, et qui n'ouvrent pas les yeux à l'innocent.

80 Enfin, si le catéchiste a soin d'adresser des éloges à l'enfant qui a bien répondu, de le récompenser de temps en temps, d'exciter l'émulation par des disputes et autres pareilles industries, de rendre ses explications agréables en y mêlant quelques histoires, de ne pas prolonger le catéchisme au-delà d'une heure, de faire, a la fin, une récapitulation ou un examen pratique sur le sujet qui a été expliqué : il verra quels fruits abondants produira le catéchisme, principalement, si, après la première communion, on a pu établir ce que, en France, on appelle le catéchisme de persévérance.

9° Afin d'épargner aux enfants mille petites fautes qu'ils sont exposés à commettre, le catéchiste devra être exact à venir un peu avant l'heure indiquée; et quand les enfants réciteront,, il restera debout, le visage tourné de leur côté, afin de mieux les surveiller ; qu'ils sachent bien que rien n'échappe à son regard vigilant, et un seul coup d'œil suffira souvent pour intimider les coupables et pour les faire rentrer dans l'ordre.

40° Une des meilleures industries pour obtenir l'application, la ponctualité, l'attention nécessaire, est d'avoir une liste bien en ordre, sur laquelle on marque les bons et les mauvais points. On pourra donner de petits billets sur lesquels il y aura cette inscription : Bon point. Cinq ou six billets vaudront une image ; quinze ou vingt un livre. Chaque faute fera perdre un bon point. Plusieurs curés tirent au sort une récompense à la fin de chaque catéchisme ; au moins tous devraient de temps en temps faire quelque dispute et une distribution de prix à la fin du cours. C'est par le moyen de ces industries et d'autres semblables que nous avons réuni à Saragosse, même au fort de l'été, environ douze cents enfants, dans le vaste local de S. Dominique, pour assister au catéchisme enseigné par les élèves du séminaire; un autre catéchisme de deux mille enfants établi à Oviedo par l'évêque, et fait avec un art et un zèle presque inimitable, produit des fruits admirables; et j'ai été témoin de ces précieux résultats.

228 TRÉSOR DU PRÊTRB

Manière de confesser les enfants.

il faut les confesser souvent.

Comment le confesseur les interrogera.

Comment il les excitera à la contrition.

Il faut les confesser souvent. Il importe beaucoup que les enfants se confessent souvent, et même avant la première communion, il conviendrait qu'ils le fissent quatre fois par an 1 . Au moins le curé ne peut, sans se rendre coupable de péché grave, négliger de les confesser : 1» au temps pascal ; 2^ quand l'enfant est en danger de mort; 3° quand il le demande, étant en état de péché mortel. Et dans chacun de ces cas, le petit pénitent, s'il est bien dispo-é. a droit, ex justifia, à l'absolution. Et quel doute peut-il y avoir sur cette question? Est-ce que l'enfant n'est pas oblig se confesser dans toutes ces occasions? Est-ce que le IVe Concile de Latran ne dit pas formellement : 0 utriii que sexus fidelis, postquam ad annos discretionis pervc- . omnia sua solus peccata saltem semel in anno fideliter confit eatur?S\, à sept ans. un enfant est capable de péc est-ce qu'il n'est pas capable aussi de recevoir l'absolu': Pourquoi le priver ainsi de la grâce, et refuser à J Christ, si tendre envers les enfants, l'ineffable plaisir d'habiter dans leur âme, demeure sacrée à ses yeux, et ravissante de beauté?

(1) Parmi les nombreuses choses édifiantes que j'ai vues en Belgique, assurément la moins louable n'esl pas certainement le zèle avec lequel les curés élèvent la jeunesse- Quatre fois l'année, ils fonvenir à confesse les enfants qui ont l'âge de raison, mais qui ne communient pas encore. J'en ai trouvé quelques-uns qui les préparaient et les excitaient à la contrition par un discours plein de ferveur avant de les confesser. Aussi, ai-je rencontré des enfants qui. à l'âge de sept ans, se confessaient avec un ordre, une clarté et un repentir admirables. Plût à Dieu qu'il se trouvât en Espagne beaucoup d'adultes aussi bien préparés. Il n'y a rien d'étonnant, après cela, m, dans les endroits où existait cette pratiquera majeure partie des atfants s'approchait pour la première fois de la table sainte sans avoir souillé d'une faute grave la robe de leur baptême.

Comment on doit les confesser. Beaucoup do prêtres se Jaissent arrêter par les difficultés de cet important ministère ; mais il faut bien observer que Dieu n'exige pas la même chose de tout le monde. — Il est clair que l'enfant et l'adulte, l'ignorant et le théologien devront se confesser d'une manière différente. Quant aux enfants, il faut les recevoir avec une grande tendresse, leur demander quel âge ils ont, voir s'ils savent un peu de catéchisme, les exciter avec douceur et suavité à dire tout ce qu'ils croient être une offense à Dieu, et les laisser parler. Je regarde comme une chose d'une souveraine importance d'accoutumer le pénitent à s'accuser de lui-même, dès le premier âge. Nous verrons plus tard les résultats de cette habitude, et les avantages qu'en retirent le pénitent et le confesseur. Une fois que l'enfant commence à s'expliquer, on supplée à ce qui peut manquer à sa confession, en aidant sa mémoire, recherchant quelles paroles il a dites, quelles choses il a faites, et combien de fois, etc. Voici une ruse excellente pour tirer d'un enfant que la honte retient, tout ce qu'il a fait, sans s'exposer au danger de le scandaliser : faire qu'il accuse un de ses compagnons. Il y a dans la rue ou dans l'école un petit garçon très-méchant ; n'est-il pas vrai? Ne dit-il pas de mauvaises paroles?... et que dit-il ?Et toi, ne l'écoutes-tu pas? Et n'as-tu pas dit comme lui? N'y $ l-i\ pas aussi un autre enfant qui fait de mauvaises choses?... Comme on ne l'interroge pas sur lui-même, mais sur son compagnon, il ne fait pas de difficulté pour l'accuser... Donc, qu'a-t-il fait? S'il répond : il a jeté des pierres, et volé des fruits, ou autres choses semblables, je me contenterai de lui demander s'il a fait de même ; car c'est un signe qu'il est encore innocent... s'il demeure silencieux et confus, c'est alors qu'il faut aller... avec précaution, en tâtonnant... Voyons, dis-moi; ne crains pas, que faisaitil?... Je m'arrangerai de façon que lui-même ouvre la voie, lui tirant ce qu'il a fait, sans lui enseigner ce qu'il ne sait pas. Je découvre enfin que déjà il connaît ou au moins il sait le mal, et je craias qu'il n'y ait des choses pires encore... J'irai donc gradatim, m'avançant peu-à-peu et lui faisant des questions analogues à celles-ci : Avec qui joues-lu? avec qui dors tu? tu te remues dans ton lit, etc. Qu'est-ce que tyn frèro te faisait? etc. Et tu ne disais rien de cela à ton

confesseur? Tu avais honte de le dire, n'est-ce pas vrai?

Comment il faut les exciter à la contrition. Il reste encore

une autre difficulté qui n'est pas médiocre : c'est celle d'ins--

{)irer à l'enfant un véritable repentir de ses fautes. Etant la égèreté même, les enfants ne comprennent pas la malice du péché ; leur âme semble plutôt habiter la région des appétits et des sens (jue celle de la raison et de l'esprit. C'est pour cela qu'il faut éviter de faire de longs discours; les enfants sont distraits, et ne peuvent tenir leur esprit fixe sur un objet. Excitez-les à la douleur par forme de dialogue. Considère donc, pauvre petit, si tu étais mort quand tu faisais cela, où tu serais maintenant!.... Et là, que le feu est terrible! Les démons qui te tourmenteraient... et pour combien de temps?... et tu ne verrais plus Dieu, ni sa sainte mère; ce sont de si belles choses!... Si maintenant tes parents te

chassaient de la maison, et te brûlaient une main Mais

que serait-ce si Recommenceras-tu encore à faire ces

péchés?... Voudras-tu encore crucifier Notre-Seigneur?... Tu me trompes ; tu veux retourner encore avec ce méchant ami... Vraiment, tu n'y retourneras plus jamais? Obéiras-tu à tes parents et à tes maîtres? Entendras-tu bien la messe? — Une petite pénitence, et qu'il puisse la faire promptement. Que le confesseur prenne ces moyens, et il verra quelles consolations et quels fruits il retirera de la confession des enfants. Le prophète avait raison de* s'écrier : « Ex ore infantium perfecisti laudem (1). » Oui, je mets parmi les confessions les plus consolantes et les plus édifiantes que j'ai entendues dans ma vie, celles qui m'ont été faites par des enfants de sept, huit et dix ans; aussi, un grand ami des enfants, le célèbre chancelier de la Sorbonne disait fortbien : « Video seepe multos frigidos in initio, qui etiam colloquium taie, supra actions suis vel horrent, vel rident, et discedunt calentes, consolati et ubertim fientes. Obtigit mihi crebro talis mutatio. »

(i) Ps. nu, 3.

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