‹ Le trésor du prêtreChapitre 136 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ser do ! ni-même. Malheureux que je suis, si j'avais mis en pratique ce conseil à l'égard d'une jeune personne qu'on allait porter à l'hôpital et qui promettait plusieurs mois de vie encore ! Elle mourut en chemin ; pauvre fille qui se tenait pour ainsi dire toujours à l'église, prenant soin d'un autel avec un zèle admirable, et qui hélas 1 ne s'était pas confessée depuis plusieurs années 1

Enfin il faut savoir garder une mesure dans les interrogations. Le confesseur prudent demandera seulement ce qui est le plus important pour connaître l'état de la conscience du malade. Le principal, c'est la contrition. Telle est la pensée du père Arbiol (4) et de Roncaglia, tous deux si remarquables par leur sagesse et leur prudence : « Totus débet incumoere ut vere doleat de peccatis suis (2). » Le curé pourra représenter au malade l'infinie bonté de Dieu envers lui, et sa noire ingratitude à l'égard de Dieu ; mais il fera cela avec précaution, afin que le démon ne le précipite pas dans le désespoir : « Ut spes quse exeuntibus est maxime necessaria, non frangatur sed foveatur », dit le Docteur'angélique (3).

Je dirai avec Lohner : qu'il lui impose une 'pénitence trèslégère; ses douleurs supportées avec patience, les indulgences que le prêtre tâchera de lui appliquer, pour augmenter son mérite, avant qu'il ait perdu connaissance, suppléeront ce qui manque à la grandeur de la pénitence qu'il devait faire. Une chose importe bien davantage encore et s'obtient plus difficilement : c'est qu'il n'entre jamais dans la chambre du malade aucun de ses complices ou de ses compagnons de désordre; qu'il ne s'y présente personne dont la vue puisse exalter ses passions, et surtout allumer en lui le feu de la colère, ou des sentiments de haine; personne dont les conversations libres et mondaines puissent le détourner de ses bonnes résolutions, et distraire son attention de la seule chose nécessaire, unum necessarium, qu'il imperte tant alors de mettre en sûreté.

Ces résultats, on le voit, s'obtiendront difficilement, si le malade n'est pas libre de tout souci temporel. Le prêtre fera donc en sorte qu'il règle de suite ce qui concerne son testa-

(1 j Arb. vis. de enf. c. 10. (2) Theol. Mor. t. 2, tract. 19, q, 3, c. 3. (3) Thora. supp. ad. p. 3, q, 29, art. 4.

ment, et en même temps les charges que sa conscience lui impose. Le curé et le confesseur s'efforceront de le visiter souvent, et feront tout pour le consoler.

Les pécheurs opiniâtres. Malgré toute la charité possible le curé se trouve parfois en face d'hommes endurcis qui diffèrent toujours leur confession. Il faut, dans ce cas, prier soi-même et faire beaucoup prier. En conversant avec le malade, le prêtre s'efforcera de dissiper les préjugés que les séculiers ont trop souvent contre les sacrements. Il lui dira que Jésus-Christ les a institués pour le salut non-seulement des âmes, mais des corps, comme la grâce accordée à S. Ca« mille de Lellis en fait foi. Il ajoutera que, en retardant trop à les recevoir, il peut arriver que pour recouvrer la santé, un miracle devienne nécessaire; et comme Dieu n'en opère pas sans nécessité, le malade s'exposerait ainsi au danger de ne pas recevoir ce bienfait. Peut-on concevoir une folie plus grande que celle de craindre la visite du céleste médecin, ie seul qui peut donner au médecin du corps la lumière, aux remèdes l'efficacité, et la santé au malade? Et en effet, quand le malade a reçu les sacrements au commencement, alors qu'il a encore le plein usage de ses facultés, il se trouve tout à coup dans un calme admirable, il goûte un repos moral indicible; et bien des fois, à la résignation parfaite que son âme éprouve pour tous les maux qu'il piaira à Dieu de lui envoyer, vient heureusement 's'ajouter la guérison.

Voici une industrie qui souvent produit un excellent effet : on propose au malade une neuvaine de prière?, et on l'engage à offrir à Dieu une confession et une communion, pour recouvrer la santé, si son adorable majesté le juge convenable. C'est ordinairement un moyen excellent pour faire confesser les phthisiqucs et d'autres qui, atteints de longues maladies, se consument et finissent sans s'en apercevoir. D'autres fois, comme le conseillent le Rituel romain et S. Charles Borromée, on peut profiter de quelque bonne occasion, d'une neuvaine, par exemple, ou d'une de ces grandes fêtes dans lesquelles les fidèles, qui ont à cœur leur salut ne manquent jamais de communier.

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