DEUXIÈME PARTIE
Viatique et Extrême-Onction. — Solution de quelques doutes.
Nous ne faisons pas ici un traité de théologie ; désireux toutefois d'instruire le prêtre sur ses principaux devoirs, avec toute la solidité et la brièveté possibles, nous ne pouvons nous empêcher de dire quelque chose sur cet important sujet.
4° Obligation qu'a le curé de les administrer. Le curé est-il obligé d'administrer le saint viatique à tous les malades de sa paroisse qui en ont besoin et qui en sont dignes? Oui certainement, et il n'en peut être dispensé ni par la pauvreté des parents, ni par la malpropreté de la chambre, ni par la contagion, ni par la mauvaise odeur et l'aspect dégoûtant des plaies; il n'y a absolument que le péché qui doive l'arrêter... Il est juste, en temps de peste, de prendre les précautions conseillées par la prudence, comme de respirer du vinaigre, d'en faire arroser les pavés, de ne pas entrer en sueur dans la chambre du malade, de ne pas s'exposer au danger de respirer son haleine, de faire en sorte qu'il ne remue pas les couvertures de son lit, de se laver les mains et la tête avec de Feau froide au retour, etc.
Néanmoins, Suarez (1) et d'autres docteurs exemptent de porter le viatique, en cas de peste, le curé qui serait seul dans la paroisse, s'il y avait véritablement lieu de craindre qu'il ne fût atteint de la contagion ; car, en voulant porter le viatique à ceux qui sont déjà confessés, il exposerait de la sorte beaucoup de malades à mourir sans recevoir le sacrement de pénitence. Alors, supposé toujours qu'il n'y eût pas un autre prêtre pour porter le viatique, d'après la règle : Ex duobus malis minus est eliqendum, il serait préférable, qu'après avoir mis les malades en état de grâce, au moyen du sacrement de pénitence, il les laissât mourir sans- le saint viatique, qui n'est pas indispensable pour le salut, plutôt que d'exposer à mourir sans confession d'autres cho-
(1) Suar. disp. 44, sect. 3.
lériques, et même le peuple tout entier, dans le cas où luimême viendrait à succomber au fléau.
2° Par lui-même. Le curé est-il obligé d'administrer le Viatique? Il n'y a pas de doute que le curé ne puisse en charger un autre ; aussi Bastero dit que si, de temps en temps, il charge un autre de porter le Viatique, il ne pèche pas ; s'il le fait habituellement, il pèche véniellement ; mais si, n'étant empêché en aucune manière, il n'administrait presque jamais les sacrements, il serait dans un état permanent de péché. Car, outre qu'il y est obligé par son office, la S. G. C. l'a ainsi ordonné v10 mars 4842). Afin qu'aucun curé ne se refuse de porter, en personne, le Viatique aux malades, le Bienheureux Jean de Ribera, archevêque de Valence et patriarche d'Antioche, avait l'habitude d'aller l'administrer lui-même aux malades les plus pauvres. Comme quelqu'un lui disait que cela appartenait plus au curé qu'à l'évèque, il répondit : « Quoi donc, est-ce que je ne suis pas moi aussi curé et le premier administrateur des sacrements ? Notre Dieu si bon a daigné aller en personne dans la maison des malades; et je refuserais de le leur porter I ) ! »
3° Quand devra-t-on administrer les derniers sacrpmenlsf Le malade est susceptible de parcourir trois différentes phases. Il entre dans la première lorsqu'il se trouve obligé a garder le lit ; alors, l'esprit de l'Eglise et l'intérêt spirituel du malade demandent qu'on lui administre le sacrement de pénitence ; car, à proprement parler, c'est alors, et pour ainsi dire, alors seulement, qu'il sera en état d'accomplir cet acte à sa propre satisfaction et à celle du confesseur. Le malade arrive à la seconde phase, quand sa maladie s'aggrave de manière à le mettre en danger de mort; et alors il faut lui administrer le saint Viatique. Enfin, quand le danger augmente, au point que le malade s'achemine vers la mort, on doit lui donner l'Exirême-Onction. Si la maladie amène les deux premières phases ensemble, on doit confesser et communier le malade ; et si, dès le commencement, les trois phases se présentent en même temps, on administre à la fois les trois sacrements (2).
(1) Solimeno, Cortej. eue. lib. 4. c. 4.
(2) Bast. t. 2, ass. 14 et Rituel rom. de corn. inf.