‹ Le trésor du prêtreChapitre 138 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE. 24T · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 24T

4° Quand bien même le médecin ne l'ordonne pas. Ne pas vouloir administrer les sacrements tant que le médecin ne l'a pas ordonné, est une règle de conduite très-blâmable, encore que le médecin ne soit ni irreligieux, ni impie. En effet, dans les cas pressants, tandis qu'on va chercher le médecin, le malade meurt sans sacrements ; ou bien le docteur, quelque bon qu'il soit, craint d'alarmer le malade ; ceux de la maison sont les derniers à s'apercevoir des progrès du mal ; de sorte que l'infortuné, ne se croyant pas en danger, diffère toujours : en attendant ainsi, combien de fois le curé s'expose à avoir la douleur d'administrer les sacrements avec la presque certitude qu'ils ne sont d'aucune utilité au pauvre mourant ! Toutefois, dans les cas douteux, et quand la maladie ne présente pas par elle-même un grand danger, le curé peut suivre l'avis d'un médecin pieux.

5° Enfants. Ah! il ne faut pas négliger les enfants qui ont atteint l'âge de raison... Mais direz-vous, ce sont des petits ange? de Dieu... Ah! vénérables prêtres, n'est-ce pas assez que le démon fasse une si cruelle guerre aux enfants, et mette tout *en œuvre pour leur dérober l'innocence ? Faudra-t-il que le curé leur donne le dernier coup qui les précipite en enfer, en ne se souciant pas de les visiter, ni de leur admini trer les sacrements qu'ils peuvent recevoir étant malades, sous ce prétexte : Ce sont des petits anges de Dieu; ils ne savent pas ce qu'ils font. Quand bien même la Sainte-Ecriture ne le dirait pas, ne le voyons-nous point par les confessions générales des adultes, et ne le savonsnous pas par expérience, « sensus et cogitatio humani cordis in malum prona sunt ab adolescentia sua (4)? » Pourquoi donc refuser le Viatique et l'Extrême-Onction aux enfants qui, s'ils n'ont pas encore communié jusqu'ici, sont regardes comme ayant assez de raison pour pécher, et assez d'intelligence pour goûter même jusqu'à un certain point les choses de la piété? Qu'ils soient ou non des petits anges de Dieu, pourquoi les priver des secours et des degrés de grâce et de gloire qu'ils pourraient se procurer par les sacrements? Voilà une chose que recommandent Suarez, Benoît XIV, S. Thomas et d'autres graves Docteurs : pourvu

(1)Gen. vm, 21.

que l'enfant soit doli capaxf le curé ne doit pas hé:iter à lui administrer le Viatique et l'extrème-Onction (T.

Cependant, si ces enfants n'avaient pas encore l'usage de la raison, on ne devrait leur administrer ni l'Eucharistie, ni l'Extrème-Onction, soit parce que cela est contraire à la discipline actuelle de l'Eglise, soit parce qu'on pourrait, de la sorte, exposer les sacrements à de très-graves irrévérences [2). Quand on doute si l'emant a le discernement voulu, on lui donne l'absolution sub conditione.

6° Les mourants. Il faut donner absolute l'absolution au mourant, dans le cas même où, ne pouvant se confesser, il la demande de quelque manière que ce soit (3) ; et conditionate, à celui qui aurait demandé à se confesser, qui en aurait exprimé le désir, quand bien même actuellement il serait privé de sentiment [4) ; à tout chrétL n qui a vécu d'une manière exemplaire ,5) ; à ceux même qui auraient eu une conduite scandaleuse, quand ils étaient en santé G ; et enfin à ceux-là même qui auraient été frappés d'apoplexie dans l'acte même de l'adultère, du vol, ou de tout autre péché. Car. dans de tels cas, l'Eglise permet de se servir de la plus petite probabilité pour sauver les âmes; et qui nous dit que cet infortuné qui, peu d'instants auparavant, provoquait le ciel par ses péchés, frappé subitement par la justice divine, n'est pas rentré en lui-même, et reconnaissant, détestant ses folies, ne* s'est pas. à l'exemple du bon larron, réconcilié avec Dieu 7 *? S. Liguori, Elbel, Gury et autres.

7° Peut-on réitérer l'absolution? Il convient aussi, quand la maladie et l'agonie est longue, de donner plusieurs fois l'absolution, saltem conditionate. Qui sait si la première a été valide ? J'ai rencontré des personnes qui avaient reçu plusieurs fois l'Extrème-Onction, parce qu'on les croyait en danger de mort ; et, toutes les fois, elles s'étaient mal confessées [8)« Qui sait si le malade n'est pas tombé dans un

(1) Suar. tom. 3, quaest. 80. (2) Gcry de Euch. n. 320.

(3) S. Lig. n. 480. (4) Rit. rom. (o) S. Lig. n. 482. (6) Collet, c. 6. (7) S. Lig. n. 483.

(S) Je disais cela un jour à un archiprêtre de Belgique. Il avait regardé longtemps cette pratique, comme nouvelle et téméraire; mais U *n'avoua alors que le fait suivant avait réformé son opinion à

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