II
Zelum tuum informet scientia.
Il ne suffit pas que le zèle soit inspiré par la charité ; on doit encore prendre garde qu'il ne dégénère en une ferveur inconsidérée, que S. Paul imputait à ces Israélites, dont il disait qu'ils avaient le zeie de Dieu, mais non le zèle selon la science : « Testimonium enim perhibeo illis, qued aemulationem Dei nabent, sed non secundum scientiam (2). » Le zèle doit donc être, non-seulement ardent, mais encore
(1) Apec, xn, 2. (2) Rom. x, 2.
Trésor II. 2
prudent. « Zelum tuura informet scientia. » Le mot scientia a deux sens : il signifie le véritable savoir, et le tact, la prudence. Je ne parlerai pas ici du savoir ; dans le second livre de cet ouvrage, nous avons déjà vu les maux graves qu'ur prêtre ignorant causerait à Dieu, à l'Eglise et à lui-même je veux seulement appeler l'attention du lecteur sur la pru dence, qui doit modérer et diriger l'ardeur du zèle apostolique.
Grande prudence. Notre zèle doit être prudent pour trois raisons : 1° Parce qu'il n'y a point de vertu sans la prudence. L'ange de l'Ecole dit que la prudence doit accompagner toutes les vertus, et leur donner son appui dans l'exercice de leurs actes ; aussi, mérite-t-elle d'être app lée le couronnement et la perfection de toutes les vertus morales (4). Et la raison en est claire : un acte ne peut pas être appelé vertueux, s'il n'est accompagné des circonstances convenables de temps, de lieu et de personnes. S ra-t-il possible qu'une vertu dépourvue de prudence, discerne l'opportunité de ces circonstances, quand ia prudence a exclusivement le rôle de démêler tout cela avec certitude, et de juger de la capacité et de l'aptitude de chaque personne et de chaque chose ? La prudence, dit S. Bernard, est ce qui ordonne, modère toutes les vertus, ce qui leur donne du lustre et de la stabilité. Elle n'est pas tant une vertu, que la gouvernante et le guide de toutes les vertus, la modératrice des affections et la maîtresse des mœurs. « Toile discretionem, et virtus vitium erit 2 . a Enlevez à un homme la prudence, et aussitôt toutes ses vertus se changeront en vices En effet, elle donne la ruse du serpent à celui qui a la simplicité de la colombe; elle fait que le supérieur n'afflige pas ses inférieurs en leur refusant ce qu'il devrait leur accorder, et qu'il n'introduit pas parmi eux le relâchement, en leur permettant ce qu'il devrait leur refuser. Elle éprouve et examine ceux qui feignent d'être saints; elle a mille moyens pour découvrir leur hvpocrisie, afin que les simples ne se laissent pas tromper ; elle dispose tout avec une telle efficacité, qu'en distribuant les emplois et en imposant les
1) S. Thom. 2, 2, 9, 47, art.' 5 et 166. Bern. serm. 40 in Cant.