DEUXIÈME PARTIE
pénitences, selon les forces de chacun et selon la nîesure de la grâce reçue, tout le monde marche dans la voie de la perfection avec douceur, sécurité et profit. En un mot, la prudence joint la justice à la miséricorde, le zèle à la piété, l'intérêt propre à l'avantage et à l'utilité du prochain, les œuvres de la vie active à celles de la vie contemplative ; de sorte que, semblable aux Anges de l'échelle de Jacob, l'homme apostolique s'élève par l'oraison, et pénètre jusque dans le secret des cieux, afin de traiter avec Dieu ; et il n'oublie pas pour cela de descendre jusqu'à terre, où Jacob se tient endormi, afin de réveiller les âmes qui sont plongées dans la léthargie de la tiédeur ou du péché, et de les rendre ferventes.
2° Si la prudence est à ce point nécessaire à l'homme ; si le Sage s'écrie : « Heureux celui qui a trouvé la sagesse et qui est riche en prudence ; car le trafic de la sagesse vaut mieux que celui de l'argent ; et le fruit qu'on en retire est plus excellent que l'or le plus fin et le plus pur (4), » combien ne sera-t-elle pas nécessaire au prêtre, surtout quand il est curé ou directeur des âmes? Les autres vertus sont communes à ceux qui commandent et à ceux qui obéissent, ceci est un principe de philosophie; mais la prudence est la vertu propre de ceux qui ont l'autorité. Quelque indiscrète qu'ait été la chose commandée, quand, à son tribunal, le Juge suprême demandera compte à chacun de ses œuvres, le pénitent ou l'inférieur pourra dire : « Seigneur, je n'ai fait qu'exécuter les ordres et suivre les conseils de ceux que vous m'avez donnés pour me conduire, comme étant vos ministres et vos représentants sur la terre; » et loin que cette obéissance lui soit préjudiciable ou imputée à faute, elle lui méritera une récompense infinie ; c'est sur le confesseur, sur le ministre indiscret qui commande, que pèsera la plus terrible responsabilité.
3o Et que dirons-nous, si nous ajoutons à cela les circonstances difficiles dans lesquelles le prêtre se trouve : « In medio nationis pravae et perversse (2), sieut oves in medio luporum (3). » Quel tact et quel esprit de discernement il faut avoir, pour reconnaître les faux amis, « qui
(1) Prov. m, 13 et 14. (2) Philip, h, 15. (3) Matth. x, 16.
2ô TRÉSOR DU PRÊTRE
veniunt ad vos in vestimentis ovium. intrinsccus antem sunt lupi rapaces 1! • Hélas! combien de pharisiens « consiLium inierunt ut eaperent eum in sermone 2 !» Un taux pas qu'on fait, une réprimande, un regard, une parole moins discrète suffisent pour perdre les fruits d'un nombre considérable d'années ; un zèle qui se précipite trop, un conseil inconsidéré peuvent rendre stériles les plus grandes fatigues, et détruire le résultat de la mission qui aura été le plus couronnée de succès. Quelle prudence est nécessaire en chaire, au. confessionnal, dans les conversations particulières, et dans toute notre vie publique et privée, afin que tous ceux qui, le jour et la nuit, nous observent et nous épient, au dehors et jusque dans notre maison, ne trouvent jamais en nous le sujet de nous discréditer devant ie public : « Ut is qui ex advcrso est, vereatur niiiii habens m a km dicere de nobis '3 ! » Hélas! combien de. curés et d bommes apostoliques très-zélés qui. pa* une légère indiscrétion, par une action ou une parole innocente assurément, mais interprétée avec malignité, se sont compromis pour toujours!