DEUXIÈME PARTIE
acquitte mal. Ce ministère, dit le père Segneri, est le bâton du prophète, qui, dans la main d'un Elisée, donne la vie aux âmes ; mais qui, manié par un Giési inexpérimenté, les tue ou les confirme dans la mort. En sorte qu'on peut dire tout spécialement, du confesseur : « Mors et vita in manu lin— guae (4). » Et cet oracle de Siméon s'accomplit en lui : « Positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum (2). » Pour éloigner de vous, ô vénérable directeur des âmes, l'affreux malheur d'être pour plusieurs une occasion de ruine et de perdition, considérez donc la haute position que vous occupez dans cet auguste tribunal.
Vous t nez la place de Dieu. Ce que le Seigueur disait de certains juges : « Ego dixi : Dii estis (3), » il l'a dit aussi de vous. 11 y a plus, les titres glorieux qui distinguent son adorable 'personne, il vous les a accordés : « Ego sum via, veritas et vita (4). » Dieu vous a donné d'être la lumière du monde et le docteur des âmes; comme tel, vous devez connaître vos obligations; la valeur et l'efficacité des sacrements, les censures, les empêchements de mariage, et les différentes sortes de péchés et leur degré de gravité ; vous ne pouvez rien ignorer de tout cela, étant obligé d'enseigner ce que doit savoir et pratiquer le pénitent qui veut se sauver. Dieu vous a fait le dépositaire de la vérité et le juge de son peuple : vous devez donc avec une entière intégrité, sans respect humain, sans acception des personnes, instruire la cause, chercher le nombre et la gravité d'> fautes, peser les circonstances qui changent les espèces, juger des mauvaises habitudes et des occasions du péché, et ensuite prononcer la sentence selon la plus pure et la plus exacte justice. Enfin, Dieu vous a établi le docteur et le juge des âmes, non pas pour que vous les instruisiez, les jugioz selon vos caprices, mais afin que, semblable à un bon médecin, vous leur rendiez la santé et la vie. Découvrant avec habileté les maux dont souffrent les malades, et leur appliquant le remède convenable, non-seulement vous devez l;*ur rendre la santé, mais encore il faut que vous préveniez les rechutes, et que vous délivriez votre pénitent de la mort éternelle : « Ego sum via, veritas, et vita. » C'est pour cela
jl] Prov. xvm, 21. (2) Luc. il, 34. (3) Ps. lxxxi, 6. (4) Joan. XIV, 6.
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que Jésus-Christ est venu dans le monde: « Veni ut viiam habeant et abundantius habeant 1 . » C'est pour cela qu'il a institué cet ineffable sacrement, et qu'il vous a établi juge et docteur des âmes ; il vous a revêtu de cette dignité, afin que vous leur donniez la vie, et que vous puissiez dire en vertu de votre ministère : a Ego vitam aeternam do eis, et non peribunt 2;. » Oh ! combien ils se trompent, ceux qui, faisant abstraction de cette qualité divine de médecins et de pères des âmes, siègi nt au saint tribunal comme des docteurs et des juges arbitraires, pour lier et délier les consciences à leur fantaisie!
Le sacrement de Pénitence est un jugement, un tribunal véritable; le confesseur est un véritable juge. Mais quelle différence immense existe entre ce tribunal et celui de Dieu, entre ce juge et le juge suprême! Au tribunal de Dieu, il n'y a pas de place pour la miséricorde : « Judicium sine misericordia 3 ; » mais au tribunal de la Pénitence, non-seulement la miséricorde a sa place, mais encore le sacrement est précisément établi pour accorder le pardon et faire miséricorde ; c'est là que s'accomplissent ces paroles : « Justifia et pax osculatae sunt 4 . » Dans le premier tribunal, il n'est question que de châtiments et de récompenses; dans le second, la justice vindicative s'exerce d'une telle manière, qu'au prix d'une p ine légère, on évite les châtiments éternels, et l'on reçoit des récomp nses infinies; au premier tribunal, c'est la terreur; au second, c'est la consolation, l'espéranc? et le salut des âmes. Là. c'est un Dieu infaillible qui juge: ici, bien qu'un homme faillible remplisse les fonctions de juge, il est cependant le lieutenant de Dieu. Là, Biége*le juge suprême des vivants et des morts, ici, siège un juge secondaire qui plus tard sera jugé à son tour : « Ego justitias judicabo (5). »
Avertissements. Que de conséquences importantes découlent de ces principes lumineux et incontestables! Vous êtes docteur des âmes; cela est vrai, mais si vous p°nsez qu'en avertissant le pénitent d'un empêchement occulte de mariage ou d'une autre obligation grave qu'il ignore de bonne
IJJoan. x, 10. (2) Joan. x, 28. (3) Jac. il, 13. i) Ps. LXXXIV, 3. (5j Ps. LXXIV.