DEUXIÈME PARTIE
foi, vous vous exposez à voir votre avis mal reçu et produire mauvais effet, n'oubliez pas alors que vous êtes médecin ; qu'il vaut mieux en ce cas ne pas avertir le pénitent, et permettre un péché matériel, plutôt que de l'exposer au danger de commettre des péchés formels très-graves : « Ubi scirem tibi non prodesse, te non monerem, te non terrerem (1). »
Obligation incertaine. Vous çonsulte-t-on au sujet d'une restitution ou d'une obligation, qui est pour les théologiens un sujet de controverse, et qui, par conséquent, est incertaine? N'oubliez jamais que, comme le médecin, vons avez différentes sortes de malades : des uns vous devez éloigner la mort ; dans les autres, c'est la vie spirituelle de la grâce qu'il vous faut augmenter. Considérez donc les circonstances dans lesquelles se trouve le pénitent. Sa vertu est-elle faible? Alors, il vous est facile de comprendre qu'en imposant dans ce cas une obligation héroïque, qui peut-être n'existe pas, vous l'exposez à commettre une faute grave, s'il n'a pas le courage de la remplir ; ne la lui imposez donc pas sous peine de péché. Trouvez-vous, au contraire, que cette personne est généreuse et disposée aux actions les plus héroïques? Dites-lui alors, par exemple, que, quoi que rigoureusement parlant, elle ne soit pas obligée à restituer, elle fera bien cependant de rendre cette somme, ou de l'employer, soit totalement, soit en partie, à des œuvres de miséricorde ; vous la ferez, de la sorte, avancer beaucoup dans la vertu.
Pénitence. Vous êtes juge : cela est vrai; mais faites attention que, en imposant une longue et difficile pénitence qui oblige; en ordonnant, par exemple, à un enfant timide, de demander pardon à ses parents ; à un journalier, de réciter chaque jour telle partie du rosaire, durant de nombreux mois ; à un autre, d'aller se confesser tous les mois, vous les exposez à commettre un péché grave, s'ils négligent d'accomplir cette pénitence. Rappelez-vous donc que vous êtes aussi médecin ; imposez une pénitence facile ; et conseillez-en, si vous le voulez, une autre plus difficile, mais qui soit de subrogation. Il vaut mieux exposer les âmes à aller en purgatoire, pour n'avoir pas suffisamment satisfait
(1) Acy. hum. 4t.
à la justice divine, que de les faire descendre en enfer\ pour n'avoir pas accompli des pénitences difficiles.
3° Cornant se comportera le confesseur dans le conflit d'opinions diverses. Vous êtes juge et docteur; mais vous *tj3S faillible et exposé à vous tromper; et si, dans certaines questions, des hommes, des docteurs, non moins éminents par leur science que par leur vertu, se trompent, dans quelles erreurs ne pourri ez-vous pas tomber, aveuglé par la passion et privé des grâces et des connaissances qu'ils possédaient? Sachez donc vous défier de vos lumières et de votre propre jugement, quelque conforme à la raison qu'il puisse vous sembler : n'accordez pas même à l'auteur que vous avez étudié une confiance absolue, et gardez-vous de vouloir vous former, avec ses principes, une règle inviolable de conduite pour tous les cas; sachez au moins douter, lisez les auteurs qui ont un sentiment contraire, et n'avez jamais honte de consulter les hommes savants et expérimentés, et de suivre leur sentim-
Questions controversées. Vous êtes juge et docteur, maib vous devez toujours demeurer dans une complète subordination à l'Eglise, colonne infaillible de la vérité; elle tient la place du juge suprême qui. un jour, vous fera rendre un compte rigoureux des décidions que vous aurez prises, des sentences que vous aurez portées. Et qui ètes-vous donc pour vous établir au-dessus de l'Eglise, et pour anathématiser les sentiments qu'elle n'ose pas réprouver? Qui ètesvous do.ic pour inquiéter certains pénitents, pour leur refuser l'absolution, par le seul motif qu'ils suivent une opinion différente de la vôtie ? L'Eglise ayant prononcé lb « Non sunt inquietandi ». oseriez-vous, par exemple, condamner celui qui suit ou enseigne la doctrine de S. Liguori? Refuseriez-vous l'absolution à celui qui n'aurait pas reçu plu- de cinq ou six pour cent d'intérêt? R -jet t riez-vous celui qui, étant disposé à se soumettre et à indemniser l'Eglise, aurait racheté des rentes pour se délivrer d'une injuste vexation? Si Benoit XIV détend aux Evéqnes de dirî— mer dans leurs synodes les questions controversées parmi les docteurs; et si lui-même, lorsqu'il était Souverain Pontife, et le flambeau de l'Eglise. -a laissé tant de problèmes, objets de discussions graves, sans les résoudre; comment oseriez-vous, de votre autorité privée, décider toutes ces