‹ Le trésor du prêtreChapitre 152 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

rigide et intraitable qu'il rencontre ; et voici ce qui arrive : le pauvre pécheur déclare qu'il a été plusieurs années sans se confesser; c'en est assez parfois pour que le confesseur le repousse, et n'en veuille pas entendre davantage. Quel malheur 1 Ou bien, s'il ne le renvoie pas, il l'importune par tant d'interrogations sur une pensée mauvaise dont il s'accuse, lui demandant jusqu'aux circonstances les plus minutieuses et les plus inutiles du péché ; il le retient durant tant d'heures, le fait revenir tant de fois, qu'il finit par le décourager. 11 lui rend le chemin du ciel si étroit, en ne lui accordant que quatre onc es de nourriture pour la collation, les jours de jeûne; en blâmant relativement à l'usage du mariage, ce que les les auteurs les plus graves et les plus discrets permettent; interdisant les rapports conjugaux durant la grossesse, durant l'allaitement, à celui qu'il voit horriblement tenté, et ajoutant à tout cela des réprimandes si sévères, des pénitences si difficiles et si prolongées, que l'infortuné pécheur arrive à croire impossible la pratique de la vertu. Les passions ayant jeté des racines profondes dans son âme^ il succombe bientôt de nouveau à la tentation ; et, se rappelant les tortures auxquelles il a été soumis pour se confesser, il n'a plus le courage de retourner au saint tribunal; il roule d'abîme en abîme, se désespère et se perd éternellement. Et ainsi, un confesseur rigide cédant a un faux zèle, damnât salvandum, précipite dans l'enfer celui qui, conduit par les avis sages et les industries suaves d'un bon confesseur, aurait fréquenté les sacrements, abandonné le péché et obtenu la céleste récompense : salvat damnandum.

Voilà un terrible malheur. Cet extrême est le plus funeste de tous ceux que peut embrasser un confesseur imprudent Au moins la présomption inspirée par une excessive condescendance, laisse dans l'âme quelque force, quelque énergie pour agir ; le pénitent, ne perdant pas le goût des sacrements, on peut espérer qu'en continuant à les fréquenter, il finira par trouver un jour un médecin plus habile et plus zélé, qui, lui faisant connaître le mauvais état dans lequel il se trouve, l'aidera avec des remèdes pleins d'efficacité à recouvrer la vie, la santé parfaite. Mais une excessive rigueur enlève à l'âme toute espèce de goût et d'attrait pour les œuvres de piété, et principalement pour les sacrements,

par îa tristesse et le désespoir qu'elle engendre. Qu'y a-t-il en ce cas autre chose à attendre, sinon que l'âme, secouant tout frein, coure à l'abîme et s'y précipite.

3° Suivre un système inflexible. Il existe un autre écueii plus difficile à apercevoir, mais qui n'est pas moins commun ni moins funeste que ceux dont nous venons de parler. Combien de confesseurs viennent s'y heurter, et causent ainsi les naufrages les plus lamentables ! Et quel est cet écueii ? C'est celui de se faire à l'avance une régie invariable de conduite, et de suivre un système inûexible au tribunal de la pénitence, se servant pour tout le monde de la même mesure. Que dirions-nous d'un médecin qui prescrirait à tous le même remède, quelle que fût la maladie et le tempérament du malade? Et que penser des confesseurs qui prennent pour loi invariable une règle de ce genre? A ceiui qui aura proféré un blasphème, assisté à un bal, laissé passer tant rie temps sans se confesser, je refuserai l'absolution ! Et s'il va jusqu'à dire du haut de la chaire qu'il n'absoudra pas de tels pénitents, quelle indiscrétion! Pour ne point parler d'une foule d'autres inconvénients très-graves, est-ce qu'une telle déclaration ne sera pas la cause que beaucoup ne se confesseront pas, ou que, s'ils le font, ils cacheront, par honte, leurs péchés au confesseur?

Assurément, s'il y a des cas où il faut procéder avec réflexion, et où il est nécessaire d'éviter l'application uniforme d'un système invariable, c'est bien quand il s'agit d'administrer ce sacrement qui donne ou ôte la vie à l'âme. Accorder une même bénédiction à un Jacob élu de Dieu et à un Esaii réprouvé, c'est s'opposer aux desseins du Seigneur. Le même remède peut sauver les uns et faire périr les autres, selon la disposition des malades. Il est donc nécessaire de procéder avec beaucoup de prudence et de précautions dans une chose dont les conséquences sont si graves, et de méditer souvent ce remarquable passage de l'encyclique de Léon XII.

« Comme un bon médecin, dit ce pape dans la mémorable encyclique qu'il fit en 1826, à l'occasion du Jubilé, le confesseur versera le vin et l'huile sur les plaies dé malade ; il recherchera avec sollicitude les circonstance- du

f)écheur et du péché, car ce sont elles qui lui indiqueront es conseils qu'il faut donner, les remèdes qu'il est néces-

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saire d'appliquer, employant toujours ceux qui ont le plus d'efficacité pour rendre Ja santé au pauvre malade. Il ne perdra pas de vue ces instructions du Rituel romain : Vïdeat diligenter sacerdos quando et quibus conferenda, vel neganda, vel differenda absolutio : il ne s'en trouvera aucun pour absoudre des personnes indignes de l'absolution, comme, par exemple, ceux qui no donneraient aucun signe de contrition, qui ne voudraient pas déposer leur haine, leurs inimitiés; ou qui, le pouvant, ne voudraient pas rendre le bien d'autrui, ni abandonner une occasion prochaine et volontaire de péché, ni s'abstenir d'offenser Dieu, ou qui ne seraient aucunement disposés à réformer leur vie; ou qui, ayant donné des scandales publics, ne voudraient pas les réparer publiquement, et les faire véritablement disparaître.

« Qu'ils sont loin de suivre cette règle, les confesseurs qui, entendant une faute d'une certaine gravité, ou voyant un pénitent souillé de plusieurs sortes de péchés, lui disent à l'instant : Je ne puis vous absoudre ! « lis nempe ipsis mederi récusant, quibus maxime curandis ab eo sunt constituti qui ait ; Non est opus valentibus medicus, sed maie habentibus (1). » Les cruels! Ils refusent précisément de rendre la santé à ceux pour lesquels ils ont été envoyés par le divin Sauveur qui a dit : « Ce ne sont pas les personnes en eanté qui ont besoin de médecin, mais les malades. »

« Qu'ils sont loin de suivre cette règle, ceux qui ne trouvent jamais des signes assez clairs d'un examen soigneusement fait, d'une douleur, d'un bon propos suffisant pour absoudre le pénitent, et qui croient avoir pris un parti prudent et sûr en remettant l'absolution à un autre moment : « Tutum se cepisse consilium putant, si homines in aliud tempus absolvendos dimiserint. »

« Certainement, s'il est nécessaire d'adopter un juste milieu en quelque chose, c'est bien dans l'administration de ce sacrement ; afin que d'un côté, en donnant trop facilement l'absolution, on ne soit pas la cause que les péchés 80 multiplient à l'infini ; et que, de l'autre, en l'accordant trop difficilement, on n'éloigne pas les âmes de la confession et on ne les plonge pas dans un désespoir éternel. Sans doute, beaucoup s'approchent de ce sacrement sans avoir

(1) Matth. ix, 12.

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les dispositions requises; mais il est aussi certain, que trè* souvent des personnes d'abord indignes de l'absolution en deviendrai nt dignes, si le prêtre se revêtant des entrailles miséricordieuses de Jésus-Christ, qui « non venit vocare justos, sed peccatores [i , » .avait les traiter avec amour, patience et mansuétude. Que le confesseur comprenne donc bien que, s'il n agit pas de ia sorte, il ne sera pas plus digne d'entendre les confessions, que les pénitents de recevoir l'absolution."

« Aussi, comme les miséricordes du Seigneur sont infinies, et quj les trésors de sa bonté sont inépuisables », on ne doit pas appeler indigne de l'absolution celui qui aurait commis des crimes très-graves, ou qui aurait passé beaucoup d'années sans se confesser; ni celui qui. ayant un esprit lourd ou peu cultivé, ne se serait pas suffisamment examiné, étant pour ainsi dire incapable de ie faire, sans l'aide du confesseur ; mais on doit regarder comme n'étant pas capable de recevoir 1 absolution, faute des dispositions voulues, uniquement celui qui, après que le prêtre a mis toute la diligence possible à l'interroger, de manière toutefois à ne pas iui causer trop d'ennui : « diligentia non qua praeter modum graventur; » après qu'il a épuisé tout ce qu'il y a de charité dans son cœur pour l'exciter à la détestation de ses pèches ; après qu'ii l'a recommandé à Dieu du plus intime de son âme; celui, dis-je qui. après tout cela, n'a pas la contrition et le repentir qui dispose l'âme à acquérir la grâce de Dieu dans ce Sacrement.

« Mais, quelles que soient les dispositions dans lesquelles le pénitent s'approche du saint tribunal, il n'y a rien que le confesseur doive éviter avec plus de soin que de lui faire perdre par sa faute, la confiance dans la bonté divine, et de le congédier avec le dégoût du sacrement de la réconciliation. Que si, pour de justes raisons, il doit différer quelque temps l'absolution, il le fera avec des paroles empreintes de lu plus grande bienveillance, lui montrant que c'est l'accomplissement fidèle de son ministère, et le bien spirituel du pénitent qui l'exige. Il lui recommandera avec la plus grande charité de revenir le plus tôt possible, afin qu'après s'être acquitté des pratiques qu'il lui a indiauées, il puisse, les

(lj Luc. ▼, 23.

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