DEUXIÈME PARTIE
Les Consuétudinaires et les récidivistes.
Ici principalement le confesseur se rappellera qu'il n'est pas seulement juge et docteur, mais qu'il est encore médecin des âmes. Plus que jamais il devra recouiir au Père des lumières et à l'Ange gardien du pénitent, afin qu'ils daignent lui inspirer la conduite à tenir dans ces cas difficiles. Car, de sa manière d'agir dépend la guérison du malade, ou l'aggravation de son état ; le salut ou la perte de son âme ; et quelquefois aussi le confesseur lui-même y engage son éternité.
4o Consuètudinaire. Quelque invétérée que soit sa mauvaise habitude, si le pénitent se présente pour la première fois, pourvu qu'il ne soit pas dans l'occasion prochaine du péché et qu'il semble véritablement repentant et disposé a changer de vie, on peut l'absoudre (1).
Mais* direz-vous, il est probable et moralement sûr qu'il tombera de nouveau : soit. Toutefois, faites-y bien attention! Dieu ne demande pas que l'absolution rende l'homme impeccable; il veut seulement que le confess ur n'ait aucune raison fondée de croire que le pénitent a l'intention de le tromper. Le vovant hic et nunc véritablement repentant, et avec la résolution efficace de se corriger, il, peut donc l'absoudre.
Ah! si la première fois que cet infortuné vient à mes pieds, je le chasse, quelle espérance puis-je avoir de lui rendre la santé? En l'éloignant de la fréquentation des sacrements, je le prive du moyen le plus efficace, du moyen en quelque sorte unique qu'il y ait pour le guérir, je veux
f>arler de la grâce sacramentelle, grâce qui, non-seulement ui remettrait les péchés commis, mais qui, en outre, lui donnerait des forces, des secours pour ne plus retomber.
2° Récidivistes. Mais le pénitent revient pour la seconde, la troisième, la centième fois ; ce n'est plus maintenant un consuètudinaire que j'ai à traiter; c'est un récidiviste. Mon vénérable frère, trouvez-vous en lui quelque amendement?
(1) S. Lie. n. 150.
A-t-il mis en pratique les moyens que vous lui avez suggérés, surtout celui de se confesser souvent? Si, après être tombé précédemment tous les jours, et plusieurs fois par jour, il vous revient avec trois ou quatre chutes seulement par semaine ou par mois, donnez-lui l'absolution : « Inûr-
mitas haee non est ad morlem resurget frater tuus [\). »
Cette docilité avec laquelle il vient vous trouver est un gage certain de salut : excitez sa confiance, et il guérira.
31-' Mais c'est à peine s'il amis en œuvre quelques-uns des moyens que vous lui avez indiqués; et ses chutes sont toujours aussi nombreuses; il est même tomb : plus fréquemment. Alors vous pouvez différer l'absolution. Mais vous devrez la lui donner, fût-il dans l'état dont nous parlons si vous voyez en lui des signes extraordinaires de repentir ; s'il vous dit" alors des péchés qu'il a cachés par honte dans d'autres confessions; si. en ne communiant pas. il doit éprouver un grave dommage; s'il avait passé auparavant des années entières sans se confesser; on comprend: pour ce dernier cas, que. s'il n'y avait pas dans cette âme quelque chose de sincère, il lui en coûterait peu de s'abst nir de la i m durant un même nombre d'années, et même durant toute sa vie.
4° Grande prudence pour l'absolution. Oui, il faut quVn toute chose, le confesseur procède avec une grande prudence : mais cette qualité lui est principalement nécessaire quand il s'agit dé refuser ou de différer l'absolution. Il est facile da dire : Vous reviendrez dans quinze jours; mais il n'est pas au;s; facile de remédier aux conséquences de ce délai. Hélas! ils ne sont plus ces temps h'ureux où celui qui ne remplissait pas le devoir pa-ca! était regardé comme un monstre et un hérétique. De nos jours, l'homm? qui accomplit ce précepte sacré passe plutôt pour un insensé et un fanatique. Si donc, en refusant l'absolution, nous achevons d'éteindre cette foi déjà si languissante, et presque mourante dans certains cœurs; si. à la licence effrénée des mœurs, à ia violence des passions, aux tentations de l'ennemi, à la force du .respect humain ; si, à l'étroit ?se du chemin du ciel, nous ajoutons encore l'inconvénient de renvoyer avec dureté le peu de personnes qui fréquentent les sacrements, qu'adviendra-t-il des âmes?
(1) Joan. xi, 4»