MOYENS PRATIQUES POUR BIEN ENTENDRE LES CONFESSIONS
1° Avant d'entrer au confessionnal. Il ne suffit pas de connaître en théorie le ministère sublime du Confesseur : il faut encore exciter sa foi et penser quelques instants à la grande action qu'on va faire. Dans cette foule de pénitents quo vous avez sous les yeux, ô ministre du Très-Haut, est-ce qu'il ne vous semble pas voir représentée la multitude d'infirmes, d'aveugles, de boiteux et de paralytiques qui, étant couchés sur le bord de la piscine probatique, attendaient que l'ange du Seigneur descendit pour remuer l'eau (2) ? Vous
(1) Nous omettons ici un passage qui regarde exclusivement l'Espagne.
(2) Joan. v. 4.
êtes l'ange fortuné qui va rendre la santé, non pas au premier qui descendra dans cette piscine miraculeuse, mais à tous ceux qui s'y plongeront, quelle que puisse être leur infirmité. Armez-vous donc de patience et de constance, afin qu'aucun pécheur ne puisse dire : Hominem non habeo. Sans doute ce tribunal sacré est entouré de difficultés, il en est rempli': dégoûts, ennuis, curiosité, excès tantôt de rigueur, tantôt de condescendance, impatiences, tentations impures même, tout cela viendra parfois vous assaillir ; comment voulez-vous que le fort armé se laisse chasser de sa demeure sans essayer de frapper ou au moins d'inquiéter le vainqueur qui le dépossède? Mais ne craignez point: « Fideiis Deus, qui non patietur vos tentari supra id quod potestis. sed faciet etiam cum tentatione proventum (1). » Vous ne vous asseoierez pas tout seul au confessionnal • Dieu vous assistera, n'en doutez pas ; il vous inspirera, car il se tient avec vous tandis que vous confessez : « Ecce ego vobiscum sum 2 . » D'un autre côté, en vous acquittant bien d'un ministère si sacré, quelle gloire ne rendez-vous pas à Dieu, et quels biens ne procurez-vous pas au prochain et à vous-même? A Dieu seul appartient le privilège de dispenser la grâce et la gloire : « Gratiam et gloriam dabit Dominus 3; ; » mais il a daigné vous associer à un si grand honneur, et le partager avec vous. En remplissant les autres fonctions du sacerdoce, vous semez ; c'est ici que vous recueillez les fruits ; dans les autres ministères vous préparez l'âme à recevoir la vie de la grâce ; ici vous la lui communiquez. Si vous vous acquittez parfaitement de voîre devoir, le ciel va compter bientôt des élus de plus; bientôt ces âmes qui avaient été les esclaves du démon vont devenir les enfants de Dieu et les héritiers du ciel; et, si elles ont le bonheur de jouir déjà de ces augustes privilèges, elles devront au moins à cette confession un nouvel accroissement de grâce et de gloire pour toute l'éternité. Quel courage, quel zèle, quelle pureté d'intention ces réflexions, et d'autres semblables ne sont-elles pas de nature à inspirer! Mais qui ètes-vous donc, ô serviteur inutile, cendre et poussière, pour vous asseoir au tribunal de Dieu lui-même, pour
(1) 1 Cor. x. 13. (2; Matth. xxvm, 20. (3) Ps. lxxxiii. 12.