‹ Le trésor du prêtreChapitre 166 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lui dicter, en quelque sorte, la sentence qu'il doit ratifier dans les cieux? « Anticipatum Christi judicium, » c'est ainsi que S. Cyprien appelle le sublime ministère que vous allez exercer. Aussi, avec bien plus de raison que Josaphat le disait aux juges qu'il avait établis dans ses états, je vous le dirai : « Considérez ce que vous faites ; ce n'est pas le jugement d'un homme que vous exercez, mais le jugement de Dieu. » Jugez donc, comme lui-même jugerait, avec une intégrité incorruptible, sans égard à la qualité des personnes, avec le plus grand désintéressement, le cœur fermé à tout don, à toute sollicitation. Considérez que le souverain Juge assiste à vos jugements, et que la sentence que vous prononcerez retombera sur vous au jour où il faudra rendre les comptes : « Videte quid faciatis : non enim hominis exercetis judicium, sed Domini : et çuodeumque judicaver'uis, ïn vos redundabit \\). » Tout ceia étant d'une importance souveraine, avant de vous asseoir au confessionnal, vous pourrez dire une oraison enrichie de cent jours d'indulgence par Pie IX, qui se trouve dans notre Manne du prêtre.

2° Ûurant les confessions. Le bon prêtre ne perdra jamais de vue cette pensée, que Dieu le regarde, l'écoute et le juge, et que tout ce qu'il dit maintenant en secret, sera révélé un jour à l'univers entier. — Sent-il son esprit, accablé par la fatigue? Qu'il le ranime par la pensée du ministère subliirie qu'il exerce. — Quelque vaine complaisance en luimême, quelque sentiment d'orgueil vient-il se glisser dans son cœur pour lui enlever le mérite éminent d'une œuvre si sainte? Qu'il purifie son intention, demandant au Seigneur, d'adresser les pénitents au confesseur qui saura prendre avec plus de zèle les intérêts de sa gloire, et mieux conduire les âmes à la perfection. — Une tentation de curiosité ou une pensée moins pure vient-elle à naître dans son esprit ? Qu'il redouble de vigilance, qu'il adresse au ciel ces oraisons jaculatoires : « Monstra te esse Matrem. Cor mundum créa in me Deus, et spiritum rectum innova in visceribus meis ; » ou bien encore, qu'il aille se cacher dans les plaies de Jésus crucifié : a Non inveni tam efïïcax remô-

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rîium. quam vulnera Christi ; in illis dormio securus, et requiesco intrepidus. » [S, Aug . — Se présente t-i! un doute, une difficulté imprévue? « Sedes Sapientise. ora pronobis ». Eclairez-moi, inspirez-moi, ô Seigneur! Trou\re-t-il un pécheur obstiné, avei.jle, qui refuse la lumière, un malade a^sez tristement atteint pour se révolter contre le médecin qui veut lui rendre la santé? Qu'il invoque l'ange gardien ae ce pauvre pénitent; qu'il dise à Dieu qui sait triompher des volontés les plus rebelles : Seigneur, c'est vous qui m'avez mis ici; je tiens votre place, assistez-moi ; car sans votre aide, je ne puis dignement m'acquitter d'une fonction aussi sacrée.

Encouragez avec bonté le pénitent ; écoutez-le sans le troubler et sans faire aucun geste qui puisse révéler indirectement le sceau de la confession ; interrogez-le pour suppléer à ce qui manque dans ses accusations, et mettez une prudence exquise à scruter les replis secrets de sa conscience embarrassée, évitant toujours les conversations inutiles. Il sera bon aussi, dans les confessions longues et scabreuses, de mêler de temps en temps quelque petite réflexion sur la divine miséricorde et sur le danger où se trouve le pécheur de se damner, aûn que l'accusation prolongée des péchés impurs n'expose pas le pénitent et le confesseur au danger d'èire tentés, même au tribunal de la pénitence.

Après avoir découvert l'état du pénitent, le confesseur doit se demander à lui-même : Que ferait, que dirait Jésus- Christ, s'il était à ma place? C'est alors que, secondé parla grâce divine, il doit commencer à montrer avec tendresse au pénitent les profondes blessures de son âme, la noire ingratitude avec laquelle il a répondu aux bienfaits divins, et ce qu'il a à faire désormais, pour réparer les folies de sa via passée. Il doit en outre étudier les dispositions du pénitent et les inspirations de la grâce qui lui viennent, aûn de voir quel parti il pourra tirer de cette âme, et quelle chose Dieu demande d'elle. Quel bonheur s'il obtient d'arracher à l'enfer cette proie que Lucifer regardait déjà comme sienne; ou au moins, quelle consolation s'il parvient à l'aire réparer quelques-unes des offenses dont chaque jour Dieu est abreuvé, et s'il en empêche un certain nombre!

Il ne triomphera pas toujours de la dureté du cœur nu-

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