DEUXIÈME PARTIE
4° Voici une jeune fille extrêmement timide qui se présente à moi ; il est très-difficile de lui arracher ses péchés : la méthode que je vais donner servira beaucoup dans ce cas; mais il faut l'employer avec tact et circonspection. Je commencerai par ranimer sa confiance et je l'engagerai k jne dire tout ce que sa conscience lui reproche; je ne m'éionnerai de rien : si elle dit qu'elle a commis cette faute deux ou trois fois et non davantage... je lui demanderai en ce cas : Est-ce toutes les semaines, tous les jours... que vous avez fait cela? On doit se servir ici un peu plus, ou un peu moins, de la méthode que nous avons conseillée pour les enfants, page 229 de ce volume; on accuse les amies qui ont des conversations si mauvaises... les jeunes gens qui sont si hardis, etc. Si elle nie un péché que je crois qu'elle a commis... j'ai soin de l'encourager un instant après : combien de fois avez-vous dit que vous avez commis telle faute?...
Tant de fois C'est ici, surtout, qu'il faut aller gradatimy
de la pensée aux désirs, aux regards, aux paroles, aux actes avec qui combien de fois, etc.
Nécessité, souveraine d'interroger avec discrétion. Voici peut-être un cas plus épineux encore, et malheureusement plus commun qu'on ne pense. La pénitente qui se présente a vous, est une de ces personnes rusées, une de ces langues de vipère, si légères et si bien affilées dai& -es réunions; silencieuses et taciturnes uniquement au confessionnal. Interrogez-moi, mon père! Pauvre confesseur, hélas! si rous le faites! Arrangée avec l'assaisonnement que saura parfaitement lui donner la pénitente, la confession va devenir le plat de calomnies le plus délicieux qu'il soit possible
antres péchés... car il se dit à lui-même : s'il me reprend si vivement pour une chose que je regardais comme un scrupule, que serace donc, quand je lui parlerai de ce crime énorme, etc., etc.? 4° Elle décourage le pénitent, car le confesseur lui fait tant de reproches, lui donne tant d'avis, que, fatigué et ennuyé, il finit par dire : Cela n'est pas pour moi. — Que le confesseur écoute donc la confession jusqu'au bout ; qu'il aide le pénitent à déclarer tous ses péchés, et, quand il a une pleine connaissance de la cause, qu'il appuie sur les choses aui sont le plus capables de scandaliser et d'être la source d'autres péchés; et si le pénitent n'est pas transformé en saint, au moins il emportera avec lui l'amour des sacrements, et sera sur le chemin de la vie éternelle.
de servir aux compagnies friandes de joyeux propos. Je conseille au confesseur de porter cette personne à s'accuser elle-même : Dites-moi tout ce qui vous cause de la peine; vous comprenez bien que je ne peux pas deviner vos péchés; vous devez les accuser et me les dire tous; déclarez-les donc avec humilité et sans crainte ; et je vous aiderai ensuite dans ce qui sera nécessaire... Rien ne déconcerte mieux les plans de ces pénitents, et cette manière de procéder est fort juste. Faire le contraire serait exposer le sa crement au ridicule. Que dirions-nous de quelqu'un qui se présenterait avec une cassette fermée et qui nous dirait : devinez ce qu'il y a dedans... ou d'un autre qui dirait à un médecin : ïnterrogez-moi, monsieur le docteur... Vous avez mal à la tête? Non monsieur... A l'estomac? Non plus... A la poitrine? Non. Au pied, au bras, à la jambe? Pas davantage...,. Si quelqu'un sachant fort bien s'expliquer se comportait de la sorte à l'égard d'une personne instruite, est-ce que cette dernière ne se regarderait pas comme insultée ?... Que le pénitent s'explique, et avec cela, je vois s'il est bien disposé ou non... s'il est instruit, ou s'il ne l'est pas; s'il a une conscience timorée, ou relâchée... je vois quelle passion le domine et comment je dois procéder pour les interrogations, etc. Est-il innocent? Je dois m'avancer par degrés, comme nous avons dit plus haut. Est-il pécheur, tout couvert de crimes? Il n'est pas. nécessaire de prendre tant de détours, et je n'ai pas besoin de tant me mettre à la torture pour rechercher ses pensées et ses désirs. Car il est clair que personne n'arrive au dernier degré sans traverser tous les autres. En n'agissant pas ainsi, combien de demandes inutiles et souvent hasardées on fait ! Et aussi, combien de pénitents accoutumés à cette manière d'agir, ne se donnent pas la peine d'examiner leur conscience. Ils disent d'abord ce qui leur vient à la bouche ; et, si le confesseur ne s'astreint pas à leur demander un péché qu'ils ont commis, ils ne l'accusent pas, s'imaginant parfois que ce ne doit pas être un péché, du moment que le confesseur ne leur en parle point. Ces précautions sont doutant plus nécessaires, qu'il y a des personnes qui vont jusqu'à dire des péchés qu'elles n'ont jamais commis, seulement a6n de voir quelles interrogations leur fera le confesseur. Et si ce dernier est du nombre de ceux qui n'usent pas assez de cir-