‹ Le trésor du prêtreChapitre 17 sur 311 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

pauvres, grossiers, ou par de grands pécheurs ; se tenir à son poste, et dans l'emploi qui est assigné, en dépit des répugnances de la nature, quand on n'a en perspective que les dégoûts, les travaux, et les persécutions; rester courageusement au milieu de ces angoisses, c'est aimer purement Dieu, c'est être enflammé d'une charité ardente, c'est imiter le divin Rédempteur, qui, malgré toutes sortes d'offenses el ^'injures, demeura constamment sur la croix.

Et pourquoi n'imiterions-nous pas un si noble exemple? Dieu ayant souffert pour nous, n'est-il pas juste que nous souffrions de notre côté un peu pour son amour? Et puisque les âmes lui ont coûté tant de fatigues, tant de tourments, il convient sans doute qu'elles nous coûtent à nous aussi quelque chose, et que nous endurions à cause d'elles des tribulations, toujours légères auprès de celles du divin Maître. En outre, la persévérance n'est-elle pas ce qui constitue le principal mérite des bonnes œuvres, et ce qui décide de l'heureux succès de notre ministère? Une ou deux gouttes d'eau tombées d'en haut ne suffisent pas pour creuser la pierre; et pour abattre de fortes murailles, il faut plus d'un boulet ; mais il tombera de la gouttière tant de gouttes d'eau ; et l'ennemi lancera un si grand nombre de projectiles, que les rochers les plus durs finiront par se fendre, les plus formidables remparts tomberont en poussière.

Ainsi, vénérables Prêtres, si ce cœur de pierre ne cède pas au choc vigoureux de six ou sept sermons; si, après donx ou trois confessions, ce pénitent continue de pécher, ne perdons pas courage pour cela. Déjà depuis plusieurs années, Jésus-Christ prêchait ses disciples et le peuple d'Israël ; combien sa vie était sainte, sa doctrine irrépréhensible, ses comparaisons justes, ses paraboles simples, ses miracles clairs et patents ! Et avec tout cela, non-seulement, il ne recueillait que très-peu de fruits, mais encore les Scribes et les Pharisiens, loin d'en profiter et de se convertir, devenaient de plus en plus mauvais. Il ne se découragea pas cependant, et n'interrompit pas un seul instant la haute mission que son Père lui avait confiée. A combien plus forte raison devons-nous agir de la sorte, nous qui ignorons si de cette instruction, de cet avis bien donné, ou de tel moyen que nous pensons employer, ne dépend pas la

conversion d'une âme, et parfois d'un grand nombre d'âmes?

Elle en dépend certainement. Si nous étions embrasés d'un zèle ardent nous pourrions dire avec le prophète Isaïe : « Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y retournent plus, mais qu'elles abreuvent la terre, la rendent féconde et la font germer, et qu'elles donnent la -emence pour semer, et le pain pour se nourrir : ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne retournera point à moi sans fruit; mais elle fera tout ce que je veux, et elle produira l'effet pour lequel je l'ai envoyée. « Verbum meum... non revertetur ad me vacuum ; sed faciet quascumque volui, et prosperabitur in bis ad quae misi illud [4). » Quelquefois ce ne sera pas nous qui recueillerons le fruit de ces sermons; d'autres auront ce bonheur; non pas peut-être de suite, mais dans un temps peu éloigné, à 1 heure de la mort, ou au moment fixé par la divine miséricorde. Qui sait si, dès à présent! même, on ne recueille pas des fruits abondants devant Dieu? « Il ne juge pas des choses par ce qui en paraît aux yeux des hommes. Car l'homme ne voit les chosas que par* le dehors; mais le Seigneur voit le fond du cœur. — « Homo enim videt ea quae parent; Dominus autem intuetur cor 2 . » Et puis il ne faut pas seulement considérer le bien que nous faisons; il est encore plus nécessaire de voir le mal que nous empêchons.

Supposons donc que, même aux yeux de Dieu, le fruit produit par notre travail soit peu considérable; supposoas que les conversions soient très-peu nombreuses; est-ce qua le retour à Dieu, le salut d'une seule âme vous semble avoir une valeur si petite 1 Assurément, notre glorieux père S. Ignace ne pensait pas ainsi, quand, occupé par des affaires de la plus haute impori;inceLOur le bh-n de l'Eglise et le salut des âmes, étant général et fondateur de la Compagnie de Jésus, il allait par les rues de Rome, accompagnant au monastère de sainte Marthe une femme de mauvaise vie nouvellement convertie à Dieu. Quelques personnes lui disaient qu'il perdait son temps inutilement; car ces sortes de créatures sont si endurcies dans le vice, qu'elles y reviennent facilement ; niais le saint, dévoré de zèle pour

(1) Isa. ly, il. ($ I Reg. xvi, 7.

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