DEUXIEME PARTIE
la gloire de Dieu, répondait : « Ah ! si au prix de toutes lesfatigues et de tous les travaux de ma vie, je pouvais obtenir que ces malheureuses passassent une nuit sans pécher, je me croirais bien payé de toutes mes peines, pourvu que la divine Majesté ne fût pas offensée, même durant ce court espace de temps ; et cela, quand même je serais certain qu'elles devraient retourner de suite à leur misérable vie (1). » Voilà le véritable zèle pour la gloire de Dieu.
Et quand même personne ne se convertirait, quand personne ne s'abstiendrait de pécher, ne fût-ce que pour une heure, Dieu nous donnerait encore la même récompense, que s'il y avait eu de nombreux retours. Ne perdez pas confiance, ne vous découragez jamais, écrivait S. Bernard au pape Eugène, qui avait été autrefois son disciple, si Rome opiniâtre et rebelle ne veut pas se rendre à la grâce : « Noli diffidere : curam exigeris, non curationem (2). » Dieu ne demande pas que vous guérissiez les infirmes, mais que vous ayez soin de leur appliquer les remèdes en rapport avec leur mal. C'est à ce soin, et non au résultat, que la récompense est promise. « Unusquisque autem propriam mercedem accipiet secundum suum laborem (3). » Chacun, dit l'Apôtre, recevra un prix et une récompense en rapport avec son travail, et non avec le fruit qu'il aura produit, parce que le succès ne dépend pas de nous. C'est à cause de cela que l'Apôtre, comme le fait parfaitement observer S. Bernard, dans le passage cité plus haut, ne dit pas : « Plus omnibus fructificavi, » mais « abunianti^.s illis omnibus laboravi (4). »
Bien loin de perdre la récompense, si le succès que nous étions en droit d'attendre ne répond pas à nos travaux apostoliques et à nos sueurs, nous méritons dans ce cas ordinairement une plus belle couronne ; car, comme nous le disions plus haut, quand le prédicateur voit le peuple en grand nombre accourir à ses sermons; quand il voit ses efforts applaudis, ses entreprises couronnées d'un heureux succès, il éprouve tant de douceurs et de consolations, qu'il ne sent plus la fatigue ; et s'il ne se tient pas bien en garde contro lui-même, il est à craindre hélas! qu'il ne soit tenté
(1) Rib. Vie de S. Ignace, cl. 3, c. 3. (2) Bern 1. L de Consid. ad Eug. (3) I Cor. m, 8. (4) I Cor. xv, lu.
d > vaine gloire, et qu'un jour on ne lui dise : « Recepisti mercedem tuam (4). » Il n'en est pas ainsi pour l'ouvrier plein de zèle, qui n'a, aux yeux du monde, que des insuccès dans toutes ses entreprises ; par cela seul qu'il ne recueille que des déplaisirs et des amertumes, et que, travaillant avec plus de peine, il a besoin d'une plus grande magnanimité, il pratique des vertus plus héroïques. Quelle récompense pour lui, quand Dieu lui dira : « Protector tuus sum et merces tua magna nimis (2
Exemple remarquable de longanimité.
Voici un fait qui complétera et confirmera ce que nous avons dit, en démontrant : 1° combien il importe de ne jamais se décourager, quoi qu'il arrive ; 2Ù combien Dieu bénit les efforts persistants des hommes apostoliques; et 3o combien il est certain qu'il se trouve difficilement des populations capables de résister à la grâce, si te prêtre travaille avec constance et avec ardeur à leur comersion.
Il y avait en France, dans le diocèse de*** un village dont la population ne s'élevait pas au-dessus de trois cents âmes. La rudesse de ses habitants, leur petit nombre, leur indifférence profonde pour la religion, l'habitude qu'on y a>'ait de ne pas remplir le devoir pascal — quarante femmes seulement et guères plus de cinq hommes y étaient fidèles — l'éloignement de l'église, tout contribuait à faire de cette paroisse une des parties les plus stériles de la vigne du Seigneur. Un de nos pères qui vient de mourir, après avoir été'pendant longtemps l'ârne de la mission de Madagascar fut appelé pour donner une retraite à ce malheureux peuple. Tout le monde le dissuadait d'entreprendre une pareille besogne, et on lui prédisait le plus triste résultat ; il s'appliqua néanmoins à en assurer le succès du mieux qu'i: put. Il commença donc le mercredi des Cendres, la cérémonie ayant attiré assez de monde. Afin de gagner plus facilement la population, il engagea les pères et Tes mères à lui envoyer les enfants de la première et de Ja seconde communion, pour les Exercices spirituels qu'il avait l'in-
(1J Mattb. vi, 16. (2) Gen. xv, 1.