‹ Le trésor du prêtreChapitre 177 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tique de l'Evangile, une seule de ces âmes sortie de la tiédeur, donnera plus de gloire au Seigneur, et soutiendra avec plus de courage les intérêts de la gloire de Dieu, que ne le taisait la multitude ordinaire qui suivait Jésus. Mais, comment pourra s'opérer cette merveille?

Etudier le caractère de chacun. Il y a des pénitents qui sont doués d'une bonté naturelle : « Scrtitus sum animam bonam(4); » ils ne font pas le mal; mais ils ne savent pas non plus faire le bien ; ils ont une belle apparence de vertu, mais le fond, la solidité manque : « Animée saeculares, débiles, delicatae, filiae et non filii, in quibus nihil est fortitudinis, nihil est virilis animi (2). » Le directeur tirera peu de parti de ces âmes qui ne sont ni mondaines ni spirituelles ; mais il ne doit pas les abandonner. Qu'elles continuent à marcher dans leur innocence, qu elles s'acquittent fidèlement de leurs exercices de piété ou de leurs prières vocales; qu'on les perfectionne dans l'accomplissement des devoirs ordinaires; qu'elles communient quelquefois dans l'année, ou dans le mois; elles ne sont guère susceptibles d'une plus grande perfection. Il faut surtout les éloigner des dangers : car si, par ce secret orgueil qu'a coutume d'inspirer l'innocence, elles viennent à tomber dans quelque précipice, avec quelle difficulté elles se relèveront, et rentreront dans le chemin du salut ! — Il y a d'autres âmes d'un caractère magnanime, dans lesquelles l'innocence n'est pas tant un don gratuit de la nature, qu'un effort et un triomphe de la grâce ; anges dans une chair humaine, elles ont de la nature angélique et la pureté et l'intelligence. Que le directeur compte donc, qu'il a trouvé en elles un diamant céleste, avec lequel l'Esprit-Saint veut fabriquer une œuvre digne de son amour et de son infinie sagesse, si personne ne se met à la traverse de ses desseins. Hic est /Mus meus dilectus, in quo mihi bene complacui (3). Qu'il se figure gue le Seigneur lui dit comme à Jérémie : « Je vous établis aujourd'hui sur cette âme, pour arracher et pour détruire et pour perdre ce qu'il y a de vicieux en elle, et pour édifier et planter toutes sortes de vertus (4).

1] Sap. vin, 19. (2) Bern. de Epiph. (3) Màtth. vu, 17.

4) JÉft'SM. I, 10.

Commencer par purifier lame. Sans rien dire qui puisse inspirer de la vanité à ces âmes ou leur enseigner le mal, il faut commencer par les purifier des scories du vice. Qu'elles fassent une confession générale, si elles n'en ont jamais fait ; si elles ont, dans d'autres circonstances confessé les péchés de toute leur vie, on se contentera de rechercher les passions, les inclinations, les affections désordonnées qui se trouvent en elles. Le directeur s'arrangera de façon à ce qu'elles lui révèlent entièrement leur conscience, leurs vices, leurs vertus et tout ce qui se passe en elles de bien et de mal ; il leur dira que, si elles veulent véritablement avancer dans le chemin de la vertu, encore qu'elles soient parfaitement libres de s'adresser à un autre quand elles le désireront, il est nécessaire qu'elles le tiennent au courant de tout ce qui leur arrivera d'extraordinaire.

Xe pas vouloir tout corriger à la fois. Quelle attention le jardinier ne met-il pas dans la culture d'une plante délicate! Le Seigneur lui-même disait aux apôtres : « J'ai encore d'autres choses à vous dire; mais vous ne pouvez pas les comprendre maintenant. Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera tout [i). » Imitant un si sage maitre, le directeur devra obtenir d'elles qu'elles observent fidèlement les points suivants, se gardant de leur en demander davantage pour le commencement : Eviter le péché mortel, et les péchés véniels les plus considérables... assister à la messe tous les jours s'il est possible... rendre au moins une visite à Jésus-Christ dans le sacrement de son amour, en allant à l'église où il réside, quoiqu'on puisse s'acquitter en esprit de ce pieux devoir dans sa propre maison... faire l'examen général de conscience et réciter le chapelet chaque jour... souffrir avec patience les maux que Dieu leur envoie... s'abstenir des vains plaisirs, se confesser et communier tous les cinq ou huit jours... et surtout bien remplir les devoirs de leur état.

Faire avancer les âmes par degrés dans la vertu. A mesure que le Saint-Esprit exercera son action sur ces âmes et le9 détachera davantage des vanités et des affections terrestres, le directeur leur insinuera des" pratiques plus parfaites; il

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