‹ Le trésor du prêtreChapitre 179 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tifications, à la bonne heure : mais de grâce qu'on ne réprouve pas ce que les saints et les Ordres religieux ont sanctionné par leur exemple durant le cours de tant de siècles.

Etre prudent pour les accorder. Afin de ne pas aller audei£ des limites de la discrétion, le directeur doit avoir égard à l'âge, aux forces, à la complexion, à la qualité età la durée des pénitences qu'il permet. Qu'il soit plus libéra, pour les religieux que pour les séculiers; pour les personnes oui sont dans le célibat que pour celles qui vivent dans l'état du mariage ; pour les grands pécheurs que pour les innocents... il pourra accorder à un jeune homme robuste, ce qu'il ne devra permettre que difficilement à un tendre enfant ou à un vieillard. Faire de longues veilles,. dormir sur la terre nue, l'espace de quelques heures seulement, et interrompre son sommeil ; ne pas porter suffisamment de vêtements pour se garantir du froid, boire de l'eau pure pour étancher sa soif, se livrer à des jeûnes continuels et rigoureux, se donner la discipline sur les épaules, porter le cilice à la ceinture, faire couler son sang, voilà des choses généralement très-nuisibles à la santé. Il n'est pas nécessaire d'embrasser ces mortifications, pour retenir ses sens sous le joug. Mais permettre un jeûne le samedi ou le vendredi; une, deux, trois disciplines de trente, quarante ou cinquante coups au p!us par semaine, et avec un intervalle entre chacune, quand on ne souffre d'aucune indisposition; autoriser certaines personnes robustes et avides de mortifications à porter le cilice deux ou trois heures, et seulement deux ou trois jours par semaine; surtout avec la recommandation d'unir ces mortifications, aux douleurs et aux souffrances de Jésus-Christ, durant sa passion, et de les offrir à Dieu dans le but de satisfaire pour ses propres fautes, de réparer les péchés des autres et d'obtenir du ciel la conversion des pécheurs; accorder, disons-nous, de telles permissions, ce n'est pas faire une chose qui pourra nuire aux personnes d'une complexion solide, ou qui les exposera facilement à la vanité, car il sera toujours aisé de voir qu'en somme cela est peu considérable. De plus, ces mortifications ouvrant aux âmes pieuses un champ vaste pour méditer pratiquement les souffrances de notre divin Sauveur, allumeront dans leur cœur le feu de l'amour divin, et leur ins-

pireront un grand courage pour embrasser les vertu? les plus héroïques. Oh ! comme les curés et les prêtres zélés formeront de délicieux parterres pour le ciel, dans leur paroisse, en employant de semblables moyens! Quelles belles et odorantes fleurs, quels fruits savoureux les esprits bienheureux n'auront-ils pas à y admirer! Combien d'âmes vertueuses ne tardera-t-on pas a y voir ! Mais pour que des fl: ors si délicates ne se flétrissent* point, il y a des précautions nécessaires à prendre.

Que le prêtre soit expèditif dans la confession des femmes. Plaise à Dieu, dit le Père Lejeune, qu'il n'y ait pas bientôt pour le prêtre obligé de traiter avec ces personnes dévotes, « lucrum cessans. damnum emergens, periculum sertis. » Quels maux pourraient en résulter pour le confesseur, et pour les pénitents! L'amour spirituel se change facilement en amour charnel, disait le Père Balthazar Alvarez ; et les saints docteurs Augustin et Bonaventure disaient encore mieux : « Amor spiritualis gênerai affectuosum. affectuosus obseqmesum, obsequiosus familiarem. familiaris carnalem. » A combien pourrait-on adresser ces mot; en pleurant : « Sic stulti estis. ut cum spiritu cœperitis, nunc carne consummemini! Tanta pa-si estis sine causa (4). » Combien d'infortunés et d'infortunées, qui couraient avec la plus grande ferveur dans le chemin de la vie spirituelle, ont fini par sentir brûler dans leur âme, des flammes bien différentes de celles de l'amour divin, et p*ar se perdre éternellement! Et cela, parce que le prêtre passait chaque jour des heures entières au confessionnal, à entendre quelques femmes, toujours les mêmes. Mais, supposez que ce malheur n'arrive pas, n'est-ce pas déjà un grand mai que, pour faire plaisir à quelques femmes, le curé et quelquefois le Prélat négligent de remplir des devoirs d'une importance souveraine? Accoutumez les femmes à parler peu en confession; parlez peu avec elles. Insistez davantage sur la contrition ; et pour l'entourer de plus de garanties, pour offrir une matière certaine à l'absolution, faites leur accuser un péché grave de la vie passée. Combien de confessions sont nulles, dit S. Liguori, parce que les confesseurs négligent ce point.

Avoir peu de relations avec- elles. Oui, en dehors de la

(1) Galat. ni, 3.

Page 1